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Poésie

Posts Tagged ‘injustice’

OUTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
OUTRE

Seul le long de ce chemin
qui n’a ni commencement ni fin
ce n’est plus la peine de sourire
et surtout de rire aux éclats

comme ce tigre qui n’ose ni mordre ni caresser
Seul tout seul
comme un grand comme un petit
à la poursuite des nuages

et de cette nuit qui n’a ni commencement ni fin
Tout seul pour l’abandon quotidien
et la lutte contre les rêves
et les cauchemars du jour et de la nuit
qu’on invente pour mieux souffrir
alors qu’il faudrait pouvoir oublier
tout oublier tout sauf la joie

Seul contre l’injustice
l’ennui et tout le reste
la vérité l’heure du réveil
alors qu’il est temps enfin
de savoir et de connaître
le jour qui déjà se lève

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Paysage Suburbain (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 27 janvier 2020




    
Paysage Suburbain

Les feuillages murmurent au vent de doux secrets et le chat fronce les sourcils devant l’injustice ambiante.
Entre ton visage et le mien il y a la nudité des sentiments et le fin réseau des regards entremêlés.
Depuis que tu es au centre de mon univers, je ne connais plus ni le froid du manque ni la brûlure du désespoir.
L’arbre en forme de flamme danse dans la tiédeur de l’automne, et renverse les pétales du soleil sur la terre mauve.

(Marie-Anne Bruch)

 

Recueil: Revue Cabaret, numéro 31
Traduction:
Editions: Alain Crozier

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Lenteur qui butine (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019


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Lenteur qui butine,
éparse lenteur,
lenteur qui s’obstine,
tiède contre moi.
Etres que nous chérissons,
nous vous aimons dans le meilleur
comme dans l’injustice de vous-mêmes,
hasardeusement, tels de cahotants papillons.

(René Char)

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Hasardeusement, tels de cahotants papillons (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019


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Lenteur qui butine,
éparse lenteur,
lenteur qui s’obstine,
tiède contre moi.
Etres que nous chérissons,
nous vous aimons dans le meilleur
comme dans l’injustice de vous-mêmes,
hasardeusement,
tels de cahotants papillons.

(René Char)

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La mort (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



 

Illustration: Rudolf Schäfer
    
Ainsi Dieu, en vouant la chair à souffrir,
fait de la vie même une injustice.

Il y a dans cette vocation à la souffrance,une injustice terrible,
qui n’est qu’un écho de ce qui est sur cette terre,

la plus dure des injustices:
la mort.

(Marie Noël)

 

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Je veux donner à ce dernier (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018




    
Quel maître, aujourd’hui, oserait dire cette parole du Seigneur?
J’entends les cris, l’émeute…

Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi.
Injustice… Injustice.

(Marie Noël)

 

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J’avais grand besoin (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 7 septembre 2018



Illustration: Pablo Picasso    
    
« Aujourd’hui, après déjeuner, j’avais très mal.
Je suis allée marcher loin dans la campagne.
Au retour, sur la route, j’ai rencontrée une femme.
Je la connaissais à peine. Je ne savais pas son nom. »

Mais la femme, elle, reconnaît le poète, dont elle a une photo chez elle, découpée dans un journal.
Elle dit à Marie Noël:  » Je vous regarde… je vous respecte… », et aussi ce cri de femme blessée par l’injustice des hommes:
« Mademoiselle, il ne faut pas croire ce que les gens vous disent de moi. »

« Elle me prend la main, la presse fort, approche du mien son visage abîmé, boursouflé et rouge.
Je devine ce qu’elle voudrait… je l’embrasse sur les deux joues.
Elle pleure. Je pleure aussi.
Elle m’a fait beaucoup de bien, la pauvre Soulotte!
J’avais grand besoin d’elle à ce moment-là. »

(Marie Noël)

 

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Moi Jean (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



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Hommage aux anges
[3]

Moi Jean, vis. Je test ;
que si quelqu’un ajoute

Dieu lui ajoutera les plaies,
mais dit celui qui est assis sur le trône,

je ferai tout nouveau.
Moi Jean, vis. Je testifie,

mais je ferai tout nouveau,
dit Celui des sept étoiles,

Lui des soixante-dix-fois-sept
injustices passionnées, amères,

Lui des soixante-dix-fois-sept
guerres amères, sans fin.

***

I John saw. I testify;
if any man shall add

God shall add unto him the plagues,
but he that sat upon the throne said,

I make all things new.
I John saw. I testify,

but I make all things new,
said He of the seven stars,

he of the seventy-times-seven
passionate, bitter wrongs,

He of the seventy-times-seven
bitter, unending wars.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Il en fut comme d’un crépuscule (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



 

Christophe Hohler

Il en fut comme
d’un crépuscule immense d’or allègre,
qui se serait, soudain, éteint tout entier
en un nuage de cendre.

— Il m’en resta cette tristesse
des désirs brûlants, quand ils doivent
s’enfermer dans la geôle
de la vérité quotidienne ; ce chagrin
des jardins aux couleurs idéales
qu’efface une lumière sale de pétrole —.

Et je ne m’y résignais pas.
Je le pleurai ; je l’obligeai. Je vis la ridicule
injustice de cette candide fraternité
de l’homme et de la vie,
de la mort et de l’homme.

Et me voici, vivant ridicule, attendant,
mort ridicule, la mort!

***

Fue lo mismo
que un crepúsculo inmenso de oro alegre,
que, de repente, se apagara todo,
en un nublado de ceniza.

—Me dejó esa tristeza
de los afanes grandes, cuando tienen
que encerrarse en la jaula
de la verdad diara; ese pesar
de los jardines de colores ideales,
que borra una luz sucia de petróleo—.

Yo no me resignaba.
Le lloré; le obligué. Vi la ridícula
sinrazón de esta cándida hermandad
de hombre y vida,
de muerte y hombre.

¡Yaqui estoy, vivo ridículo, esperando,
muerto ridículo, a la muerte!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Christophe Hohler

 

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Son fils et lui (Norge)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Son fils et lui

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Mais son fils était un bel homme
Doux qui avait débuté comme
Charpentier, puis, vers les trente ans,
S’était mis à prêcher les gens.

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Mais son fils, je le vois encore
Raisonnant, redressant les torts,
Et suivi de quelques nomades,
Guérissant partout les malades.

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Mais son fils acquit un prestige
Merveilleux dû à ses prodiges
De tendresse et de vérité.
On l’aimait, rien qu’à l’écouter.

Non, lui, je ne l’ai pas connu.

D’ailleurs, il s’intéressait peu
A ce fils assez malchanceux
Qui se rendit antipathique
A tous les pouvoirs politiques.

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Et pourtant, son fils l’adorait.
I1 disait : moi, ce que j’espère
Et qu’à tous je souhaiterais
C’est d’aller vivre chez mon père.

Non, lui, je ne l’ai pas connu.

I1 ne fit absolument rien
Pour sauver ce fils, un vrai saint
Qui fut jugé par injustice
Et mourut dans d’affreux supplices.

Mais lui, je ne l’ai pas connu.

(Norge)

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