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Posts Tagged ‘innombrable’

Je suis le jumeau des êtres que j’aime (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2020




    
Je suis le jumeau des êtres que j’aime
Leur double en nature la meilleure preuve
De leur vérité je sauve la face

De ceux que j’ai choisis pour me justifier
Ils sont très nombreux ils sont innombrables
Ils vont par les rues pour eux et pour moi

Ils portent mon nom je porte le leur
Nous sommes les fruits semblables d’un arbre
Plus grand que nature et que toutes les preuves

(Paul Eluard)

 

Recueil: Poésie ininterrompue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Brûler (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



 

Brûler, en esprit, tous ces livres, tous ces mots
— toutes ces innombrables, subtiles, profondes,
mortelles pensées. Pour s’ouvrir à la pluie qui
tombe, traversée de moucherons, d’insectes, à
ce pays gris et vert; aux espèces diverses d’arbres,
de vert; à un craquement dans les pierres du
mur ou le bois de la porte.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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Sainte-Sophie (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2020



De l’érable les pattes dentées
Parmi les angles arrondis prennent un bain,
Les papillons à la peau mouchetée
Évoquent les motifs d’un papier peint.
Il y a des mosquées en vie,
Je viens d’en déchiffrer l’énigme, et il se peut
Que nous soyons une Sainte-Sophie
Avec une innombrable multitude d’yeux.

(Ossip Mandelstam)

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La Veuve (Jules Jouy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
La Veuve

La Veuve, auprès d’une prison,
Dans un hangar sombre demeure.
Elle ne sort de sa maison
Que lorsqu’il faut qu’un bandit meure.
Dans sa voiture de gala
Qu’accompagne la populace
Elle se rend, non loin de là,
Et, triste, descend sur la place.

Avec des airs d’enterrement,
Qu’il gèle, qu’il vente ou qu’il pleuve,
Elle s’habille lentement,
La Veuve.

Les témoins, le prêtre et la loi
Voyez, tout est prêt pour la noce ;
Chaque objet trouve son emploi :
Ce fourgon noir, c’est le carrosse.
Tous les accessoires y sont :
Les deux chevaux pour le voyage
Et le grand panier plein de son :
La corbeille de mariage.

Alors, tendant ses longs bras roux,
Bichonnée, ayant fait peau neuve,
Elle attend son nouvel époux,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

Voici venir le prétendu
Sous le porche de la Roquette.
Appelant le mâle attendu,
La Veuve, à lui s’offre, coquette.
Tandis que la foule, autour d’eux,
Regarde frissonnante et pâle,
Dans un accouplement hideux,
L’homme cracher son dernier râle.

Car les amants, claquant du bec,
Tués dès la première épreuve,
Ne couchent qu’une fois avec
La Veuve.

Tranquille, sous l’œil du badaud,
Comme, en son boudoir, une fille,
La Veuve se lave à grande eau,
Se dévêt et se démaquille.
Impassible, au milieu des cris,
Elle retourne dans son bouge,
De ses innombrables maris
Elle porte le deuil en rouge.

Dans sa voiture se hissant,
Goule horrible que l’homme abreuve,
Elle rentre cuver son sang,
La Veuve.

(Jules Jouy)

 

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Une rose (René Char)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2019



 

rose  20090523_132703_

Une rose pour qu’il pleuve.
Au terme d’innombrables années,
c’est ton souhait.

(René Char)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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LES SONGES DE L’INANIMÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LES SONGES DE L’INANIMÉ

Le vagabond des millions d’années
l’Inanimé
s’efforce Il monte il trébuche à travers
le va-et-vient l’affiche lumineuse
des nuits et des jours.

ll s’approche il monte, l »Inanimé, le vagabond,
il heurte de son bâton
les bords du chemin éboulé
ll peine il gémit il s’efforce
d’être un jour ce qu’il rêve,
de prendre vie.,
de troquer l’insensible contre la douleur
d’échanger l’innombrable
contre l’unique,
contre un destin.

Futur empereur future idole
le caillou vagabond
limé couturé par l’embrun
veut gravir les degrés prendre figure
faire éclore sur sa face camuse
une bête qui brame
un philosophe qui bougonne
un saint qui se tait
un dieu qui souffre et qui meurt

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Été: être pour quelques jours le contemporain des roses (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Été: être pour quelques jours
le contemporain des roses;
respirer ce qui flotte autour
de leurs âmes écloses.

Faire de chacune qui se meurt
une confidente,
et survivre à cette soeur
en d’autres roses absente.

*

Seule, ô abondante fleur,
tu crées ton propre espace;
tu te mires dans une glace
d’odeur.

Ton parfum entoure comme d’autres pétales.
ton innombrable calice.
Je te retiens, tu t’étales –
prodigieuse actrice.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration

 

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L’aveugle (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
L’aveugle

J’ai vu tes filles,
Dieu des armées
Et tout de suite j’ai aimé leurs yeux de brume
J’ai aimé leur chevelure de fougère nocturne
Et l’odeur de la menthe des ruisseaux à leurs tempes

J’ai respiré tes filles, ô Éternel
J’ai bu les gouttes de sueur à leur aisselle
La poussière de l’été à leur cou
J’ai bu leurs larmes à leurs paupières

J’ai mangé tes filles, Dieu jaloux
J’ai tenu la pointe de leurs seins entre mes lèvres
J’ai tenu leur pulpe entre mes dents
J’ai pressé ma bouche sur leur bouche noire et sur leur bouche blanche
J’ai happé le serpent charnu de leur langue avec ma langue

Maintenant je suis vieux et je suis aveugle, Dieu vainqueur
Je n’ai plus ma force d’arbre et mes mains tremblent
Que me reste-t-il de tes filles innombrables ?
Que me reste-t-il de leur rire sous mes doigts morts?

Le calviniste

(Jacques Chessex)

 

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Si peu semblable à moi-même (Paul-Alexis Robic)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Si peu semblable à moi-même
Quand je me vois à distance
Dans l’eau morte d’un poème
Qui fut beau fleuve vivant
Ou bien lorsque m’apparaît
Le jeune homme qui rêvait
Dans le soir triste des villes
D’appareillages et d’îles ;
Si peu semblable, ô destin,
Routes de songes, exils,
Ferveurs, tant de paysages,
Tant de ciels, tant de visages
Et le même voyageur
Mais qui ne reconnaît pas
Toujours le bruit de son pas
Et s’égare en trébuchant
Par les longs chemins du Temps
Eboulés dans sa mémoire,
Si peu semblable, ô miroir
Innombrable du poème !
Et pourtant cet homme-là,
C’est le même homme, le même.
Surtout, ne le cherchez pas.

(Paul-Alexis Robic)

Illustration

 

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Mondes innombrables ! (Camille Flammarion)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018



    

Mondes innombrables ! Nous rêvons à eux.
Qui nous dit que leurs habitants inconnus ne songent pas à nous, eux aussi,
et que l’espace n’est pas travers par des vols de pensées
comme il l’est par les effluves de la gravitation universelle et de la lumière?

N’existe-t-il pas, entre les humanités célestes,
dont la Terre n’est qu’un modeste hameau,
une immense solidarité,
à peine pressentie par nos sens imparfaits

(Camille Flammarion)

 

Recueil: Astronomie des dames
Traduction:
Editions:

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