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Poésie

Posts Tagged ‘innommé’

Ce point sur la carte (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



Ce point sur la carte
Cette tache noire au centre de l’Europe
cette tache rouge
cette tache de feu cette tache de suie
cette tache de sang cette tache de cendres
pour des millions
un lieu sans nom.
De tous les pays d’Europe
de tous les points de l’horizon
les trains convergeaient
vers l’in-nommé
chargés de millions d’êtres
qui étaient versés là sans savoir où c’était
versés avec leur vie
avec leurs souvenirs
avec leurs petits maux
et leur grand étonnement
avec leur regard qui interrogeait
et qui n’y a vu que du feu,
qui ont brûlé là sans savoir où ils étaient.
Aujourd’hui on sait
Depuis quelques années ont sait
On sait que ce point sur la carte
c’est Auschwitz
On sait cela
Et pour le reste on croit savoir.

(Charlotte Delbo)

 

 

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Il est un pays où pèse l’oubli (Samuel Beckett)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2018



bon bon il est un pays
où l’oubli où pèse l’oubli
doucement sur les mondes innommés
là la tête on la tait la tête est muette
et on sait non on ne sait rien
le chant des bouches mortes meurt
sur la grève il a fait le voyage
il n’y a rien à pleurer

ma solitude je la connais allez je la connais mal
j’ai le temps c’est ce que je me dis j’ai le temps
mais quel temps os affamé le temps du chien
du ciel pâlissant sans cesse mon grain de ciel
du rayon qui grimpe ocellé tremblant
des microns des années ténèbres

Vous voulez que j’aille d’A à B je ne peux pas
je ne peux pas sortir je suis dans un pays sans traces
oui oui c’est une belle chose que vous avez là une bien belle chose
qu’est-ce que c’est ne me posez plus de questions
spirale poussière d’instants qu’est-ce que c’est le même
le calme l’amour la haine le calme le calme

***

all right all right there’s a land
where forgetting where forgetting weighs
gently upon worlds unnamed
there the head we shush it the head is mute
and one knows no but one knows nothing
the song of dead mouths dies
on the shore it has made its voyage
there is nothing to mourn

my loneliness I know it oh well I know it badly
I have the time is what I tell myself I have time
but what time famished bone the time of the dog
of a sky incessantly paling my grain of sky
of the climbing ray ocellate trembling
of microns of years of darkness

you want me to go from A to B I cannot
I cannot come out I’m in a traceless land
yes yes it’s a fine thing you’ve got there a mighty fine thing
what is that ask me no more questions
spiral dust of instants what is this the same
the calm the love the hate the calm the calm

(Samuel Beckett)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Euan Macleod

 

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Poussière (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



 

Olivier Valsecchi

Poussière

Derrière les semelles
vole la poussière
à condition de ne pas battre
l’asphalte des routes goudronnées

dans cette poussière il y a
de quoi rêver
du pollen des fleurs décédées
de la bouse de vache séchée
des éclats amenuisés
de silex ou de calcaire
du bois très très émietté
des feuilles pulvérisées
quelques insectes écrasés
des œufs de bêtes innommées

et tout ça vole vole vole
lorsque c’est un peu remué
et tout ça vole vole vole
vers telle ou telle destinée
projeté à coup de souliers
sur le chemin mal empierré
qui conduit au cimetière

(Raymond Queneau)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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À ma mère (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017



Illustration: Jeannie Lynn Paske
    
À ma mère

La nuit est descendue, elle est grosse de brumes,
La nuit trouble d’hiver, à mon coeur fraternelle.
L’impuissance de la tâche, la quiétude inquiète,
Un manque — de quoi ? — cernent l’esprit perdu.

Comment serrer la trace du mal qui ronge l’âme,
Et, douce amie, quel remède à nos plaies ?
Dans les brumes d’hiver, oomment pourrions-nous
Déceler le pourquoi d’une douleur si grande ?

La raison croirait-elle que du péché d’un autre
Nous devrions porter le lourd fardeau?
Inquiète est la quiétude, et nous ployons
Sous la tâche impuissante, et le manque innommé.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Cette vie (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2017


Cette vie qui se termine en aveugle,
En appel d’une muette, en chair
Hérissée de peines, de peurs, oubliant
Avoir été l’unique sourire au cœur
De l’éternité. Que laissera-t-elle?
Qu’attend-elle Reconnaîtra-t-elle ses pleurs
D’enfant dans l’innommé outre-regard?

(François Cheng)

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Ces mots (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



Illustration: Odilon Redon
    
Ces mots qui révèlent, qui prophétisent,
D’autres qui bousculent, qui bouleversent:
Une parole donc, la nôtre, criblée
D’éclairs, de rafales, ou tamisée
De brises, de chuchotis,
Fondue tout d’un coup dans la résonance,
Où les dires trop humains tentent
De déchiffrer ou de déchirer

L’éternel voile de l’innommé.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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Alors (Edwin Muir)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2016



Alors

Alors il n’y avait ni hommes ni femmes,
La seule chair,
Et des ombres coléreuses sur un mur
Qui de temps en temps lançaient un grognement,
Enfouies dans le limon et la pierre,
Et suintantes comme bois torturé
De grosses gouttes qui ressemblaient et non à du sang.
Et pourtant à chaque goutte, une ombre s’effaçait,
S’évadait du mur.

Il y avait une accalmie
jusqu’à la prochaine goutte,
Au prochain combat qui laissait sa trace sur le mur
Et c’était tout ; le sang était tout.
Si les femmes étaient survenues là, elles auraient pleuré
Pour le pauvre sang, innommé, indésiré,
Blanc comme le Poème oublié.
Le mur était hanté
De muettes présences maternelles dont les soupirs
Battaient contre les ombres et contre le mur
Comme si la furie de la mort elle-même pouvait mourir.

(Edwin Muir)

Illustration

 

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ILE (Herri Gwilherm Kèrourédan)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2015



ILE

c’est le roc innommé
aucun signe sur les cartes
aucun geste contre le jusant
le bras hors du marais

c’est le caillou ponctuel
bloc sur les rides brisées
bloc dans les longues flèches des voix
le sommet des merveilles

l’ombilic mural de la fleur des vents

(Herri Gwilherm Kèrourédan)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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