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Poésie

Posts Tagged ‘inquiet’

Les difficultés essentielles (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



 

Monsieur mes ses chaussettes
Monsieur les lui retire.

Monsieur met sa culotte
Monsieur la lui déchire.

Monsieur met sa chemise
Monsieur met ses bretelles
Monsieur met son veston
Monsieur met ses chaussures:
au fur et à mesures
Monsieur les fait valser.

Quand Monsieur se promène
Monsieur reste au logis

quand Monsieur est ici
Monsieur n’est jamais là

quand Monsieur fait l’amour
Monsieur fait pénitence

s’il prononce un discours
il garde le silence,

s’il part pour la forêt
c’est qu’il s’installe en ville,

lorsqu’il reste tranquille
c’est qu’il est inquiet

il dort quand il s’éveille
il pleure quand il rit

au lever du soleil
voici venir la nuit;

Vrai! c’est vertigineux
de le voir coup sur coup
tantôt seul tantôt deux
levé couché levé
debout assis debout!

Il ôte son chapeau
il remet son chapeau
chapeau pas de chapeau
pas de chapeau chapeau
et jamais de repos.

(Jean Tardieu)

 

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Vers où ? (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021




    
Vers où ?

Esprits inquiets, jetés par un vent de folie
dans le noir tourbillon des jours indifférents,
vers qui va notre cri,
jusqu’où vaguent nos corps errants
promis depuis toujours aux feux de l’agonie,
papillons affolés voltigeant dans la nuit ?

(Claude Vigée)

Recueil:
Traduction:
Editions:

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YGGDRASIL (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



    
YGGDRASIL*

Je suis né d’un songe de la terre
rêvant qu’elle s’unissait au ciel.

J’ai grandi dans l’ombre inquiète de racines
toujours assoiffées d’obscur.

Et j’ai fleuri dans l’allégresse de la sève
et l’offertoire des frondaisons.

Je suis l’axe du monde,
vivant défi des temps carbonifères.

L’alliance de l’ombre et de l’éclair,
le tremplin des orages,

l’esprit des sources
et des souffles.

Je suis le sommeil et l’éveil,
le silence et la symphonie.
Je suis l’oratoire des astres,
et mes feuillages s’impatientent
des apocalypses à venir.

J’abrite en mes branches
l’aspic et l’alouette,
l’ogre et l’océanide,
le singe et la sylphide,
le ver et la vestale.

J’abrite l’hier des fauves,
les présent des oiseaux
et le demain des hommes.

J’abrite le nid des anges
et les couvées du ciel.

Je suis l’axe du monde.

        
*Yggdrasil est le nom donné par les anciens Germains
au Frêne cosmique qui reliait le ciel et la terre.
Il abritait en ses racines les divinités du destin,
en ses branches toute l’humanité
et en son sommeil le palais des dieux.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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LES OIES INQUIETES (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020



Illustration: Christiane Marette
    
LES OIES INQUIETES

Les oies qui traînent dans le bourg
Ainsi que des commères grasses
Colportant les potins du jour,
En troupeaux inquiets s’amassent.
Un gros jars qui marche devant
Allonge le cou dans la brume
Et frissonne au souffle du vent
De Noël qui gonfle ses plumes…

Noël ! Noël !
Est-ce au ciel
Neige folle
Qui dégringole,
Ou fin duvet d’oie
Qui vole.

Leur petit œil rond hébété
A beau s’ouvrir sans trop comprendre
Sur la très blanche immensité
D’où le bon Noël va descendre,
A la tournure du ciel froid,
Aux allures des gens qui causent,
Les oies sentent, pleines d’effroi,
Qu’il doit se passer quelque chose.

Les flocons pâles de Noël
– Papillons de l’Hiver qui trône –
Comme des présages cruels
S’agitent devant leur bec jaune,
Et, sous leur plume, un frisson court
Qui, jusque dans leur chair se coule.
L’heure n’est guère aux calembours,
Mais les oies ont la chair de poule.

Crrr !… De grands cris montent parmi
L’aube de Noël qui rougeoie
Comme une Saint-Barthélemy
Ensanglantée du sang des oies ;
Et, maintenant qu’aux poulaillers
Les hommes ont fini leurs crimes,
Les femmes sur leurs devanciers
Dépouillent les corps des victimes.

(Gaston Couté)

 

 

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CHENGDU (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020




    
CHENGDU

Les nuages qui survolent les montagnes de Jade
ressemblent aux changements de l’histoire
– Du Fu –

Les fleurs s’épanouissaient de manière charmante
aux alentours tout était vert
paisible et rêveur
tels les pandas dans les arbres.

La poésie résonnait en langues
que l’on pouvait ou non comprendre.
Les chinois récitaient leurs poèmes à gorge déployée
annonçant Le changement ?

Fascinants la danse et le show,
mais le poète restait prudent
méditant et inquiet
de l’avenir du temps.

(Poème écrit pour le Festival International de Poésie de Chengdu, Chine 2019)

***

CHENGDU

Flying clouds over the Jade Mountains
Are like the changes of history
– Du Fu

Flowers were blooming so gaily,
and all around was green
peaceful and dreamingly
like the pandas in the trees.

Poetry echoed in tongues
One could or couldn’t understand.
Chinese poems were shouted,
announcing The Change?

The dance and the show were fascinating.
But the poet remained thoughtful,
meditating and questioning
the future of Time.

***

成 都


玉垒浮云变古今
——杜甫


花朵如此欢快地绽放,
周围绿草茵茵
宁静而梦幻
就像熊猫在树上


诗歌语言中回响
你能或不能理解
中国诗歌被吼叫
在宣告“改变”?


舞蹈和表演很迷人
但诗人仍然在沉思
在冥想和怀疑
时间的未来。

***

Λουλούδια

Χαρούμενα π’ ανθίζουν τα λουλούδια
με πράσινο ένα γύρο
σαν τ’ όνειρο αθώο
σαν πάνδας μες στα δέντρα

Ποίηση που ηχεί σε γλώσσες
που δεν καταλαβαίνεις.
Κινέζικα ποιήματα ακούστηκαν
που ανακοίνωναν την Αλλαγή

Χορός και χιόνι γιόρταζαν
μα σκεπτικός ο ποιητής
ρωτά και διαλογίζεται
χρόνο μελλοντικό.

***

CHENGDU

De wolken die over het Jadegebergte voorbijtrekken
zijn zoals de veranderingen van de geschiedenis
Du Fu

De bloemen bloeiden zo liefelijk
en overal rond was het groen
vredig en dromerig
zoals de panda’s in de bomen.

Poëzie weerklonk in talen
die men al dan niet begrijpen kon
De Chinezen reciteerden hun gedichten luidkeels,
verkondigend De Verandering?

Fascinerend de dans en de show,
maar de dichter bleef bedachtzaam
mediterend en bezorgd
over toekomst van de tijd.

***

CHENGDU

Las nubes que pasan sobre las montañas de jade
son como los cambios de la historia
Du Fu

Las flores germinaban alegremente
y todo alrededor era verde
pacífico y soñador
como los pandas en los árboles.

La poesía resonaba en los idiomas
que uno podía entender o no
Gritaban sus poemas los chinos
¿anunciando El Cambio?

Fascinante fue el baile y el espectáculo,
pero el poeta permaneció pensativo,
meditando y cuestionando
el futuro del tiempo.

***

CHENGDU

Fliegende Wolken über den Jadebergen
Sind wie die Veränderungen der Geschichte.
– Du Fu

Die Blumen blühten so heiter,
und überall herum war grün.
friedlich und verträumt
wie die Pandas in den Bäumen.

Die Poesie erklang in Sprachen
die man entweder oder nicht verstehen konnte.
Die Chinesen deklamierten ihre Gedichte lärmend/laut,
verkündigend Die Veränderung?

Faszinierend der Tanz und die Schau,
aber der Dichter blieb nachdenklich,
meditieren und besorgt
über die Zukunft der Zeit.

***

CHENGDU

Flying clouds over the Jade Mountains
Are like the changes of history
– Du Fu

Flowers were blooming so gaily,
and all around was green
peaceful and dreamingly
like the pandas in the trees.

Poetry echoed in tongues
one couldn’t understand.
Chinese poems were shouted,
announcing The Change?

The dance and the show were fascinating.
But the poet remained thoughtful,
meditating and questioning
the future of Time.

***

CHENGDU

Le nuvole che volano sopra le montagne di Giada
sono come i cambiamenti della storia
– Du Fu

Con tale gioia sbocciavano i fiori,
e tutto intorno era verde
nella pace nel sogno
come i panda sugli alberi.

Eco di poesia sulle lingue
che nessuno poteva capire.
poesie erano gridate in cinese,
annunciando il Cambiamento?

Lo spettacolo e la danza erano affascinanti.
ma il poeta rimase pensieroso,
meditabondo e perplesso
sul futuro del Tempo.

***

CHENGDU

As nuvens que passam sobre as montanhas de jade
são como as mudanças da história
Du Fu

As flores germinavam alegremente
e tudo ao redor era verde
pacífico e sonhador
como os pandas nas árvores.

A poesia ressoava nos idiomas
que cada um podia entender ou não
gritavam os chineses os seus poemas
anunciando A MUDANÇA?

Fascinante foi o baile e o espetáculo
mas o poeta permaneceu pensativo,
meditando e questionando
o futuro do tempo.

***

CHENGDU

Norii plutesc deasupra munților de jad
asemeni trecătoarelor schimbări istorice
– Du Fu

Creșteau voioase florile
și-n jurul lor era totul de-un verde
la fel de pașnic și de visător
ca urșii panda tolăniți pe ramuri.

Vibrau în aer poezii
pe limbi neînțelese.
Chineze vorbe, oare prevesteau
Schimbarea presupusă?

Pașii și jocul fascinant
poetului nu-i alungară tulburarea,
rămase meditând îngrijorat,
la mersul vremurilor viitoare.

***

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 604
Traduction: Français Germain Droogenbroodt Elisabeth Gerlache / Anglais Germain Droogenbroodt / Chinois William Zhou / Grec Manolis Aligizakis / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Espagnol Rafael Carcelén / Allemand Wolfgang Klinck / Anglais Stanley Barkan / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Hébreu Dorit Wiseman / Indi Jyotirmaya Thakur /
Editions: POINT

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Le perroquet se promène (Luis Mizón)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



 

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Le perroquet se promène
inquiet
à la fenêtre

Récitant excessif
le vent exaspère le paysage…

(Luis Mizón)

Illustration

 

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Le Guet (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2020


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Sur le fin taillis des ramilles
à contre-jour du ciel d’hiver
longtemps l’oiseau en silhouette
noire surveillait l’horizon.

Te voyait-il à ta lucarne
vieil homme incertain de lui-même
entre lassitude et bonheur
d’un oeil inquiet le contemplant?

De l’oiseau corneille ou corbeau
guetteur à la cime des branches,
du rêveur perdu dans la neige
de l’âge et des pensées frileuses

lequel des deux inventait l’autre
lequel à la vie démentielle,
somptueuse, éparse en l’univers,
serait messager du futur?

(Georges-Emmanuel Clancier)

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Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles! (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2020



Je t’aime, ô mon amour ! ô toi qui me ressembles!
Pauvre coeur inquiet qu’aucun bonheur n’emplit,
Missel enluminé qui s’attriste d’un pli,
Forêt d’où sort la plainte éternelle des trembles !

Je t’aime, ô ma beauté, puisque ton sort est tel
Que tu rêves d’amour en sachant que je t’aime,
Toi qui, pareille à moi, te tourmentes toi-même
En sentant fugitif ce qu’on rêve immortel.

Toi pour qui le présent est une source en fuite
Où, parmi l’eau qui souffre, on se mire un moment,
Tu comprends que je pleure, inconsolablement,
Le passé triste et cher comme un pays qu’on quitte.

Je t’aime, ô mon amour ! ô mon ombre ! ô ma soeur !
Il semble – tant notre âme a la même chimère —
Que nous avons jadis aimé la même mère
Et du même baiser partagé la douceur !

Je t’aime, ô mon amour, parce que l’un et l’autre
L’infini nous sépare ainsi qu’un noir témoin,
Puisque, même enlacés, nous nous sentons si loin
Sans jamais pouvoir faire un seul coeur qui soit nôtre !

Car nous sommes pareils à des miroirs jumeaux
Où tout se mire et luit d’identique manière,
Mais l’ombre de la nuit absorbe la lumière
Et nous nous sentons loin dans l’exil des trumeaux.

O coeur semblable au mien — coeur profond qui m’évoques
Un ciel d’automne, un ciel maladif et changeant
Où fleurit, parmi les nuages voyageant,
Toute une floraison d’étoiles équivoques !

(Georges Rodenbach)

Illustration: Lauri Blank

 

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Ciseleuses de raisins (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2020


On entend marcher sur les chemins.
A chaque grappe
les ciseleuses de raisins
enlèvent les grains abîmés
tressaillantes aux appels
corps inquiet
un jour elles mettent au monde.

(Jean Follain)

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L’IGNORANT (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020



 

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L’IGNORANT

Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance,
Plus j’ai vécu, moins je possède et moins je règne.
Tout ce que j’ai, c’est un espace tour à tour
enneigé ou brillant, mais jamais habité.
Où est le donateur, le guide, le gardien?
Je me tiens dans ma chambre et d’abord je me tais
(le silence entre en serviteur mettre un peu d’ordre),
et j’attends qu’un à un les mensonges s’écartent :
que reste-t-il? que reste-t-il à ce mourant
qui l’empêche si bien de mourir? Quelle force
le fait encor parler entre ses quatre murs?
Pourrais-je le savoir, moi l’ignare et l’inquiet?
Mais je l’entends vraiment qui parle, et sa parole
pénètre avec le jour, encore que bien vague :

«Comme le feu, l’amour n’établit sa clarté
que sur la faute et la beauté des bois en cendres… »

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Alain Auregan

 

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