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Poésie

Posts Tagged ‘inquiète’

Tous les chemins ramènent au même lieu (Amina saïd)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2019



tous les chemins
ramènent au même lieu
le voyage est cheval d’illusion

les braises du monde
noircissent son pas démesuré

elles brûlent
nos langues inquiètes

en lui-même
le poème se cherche

il est cette eau noire
qui nous éblouit

lorsque nous lui restituons
une lointaine lueur d’étoile

(Amina saïd)

Illustration: Erich Heckel

 

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SONNET A MADAME S. DE F. (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



 

Cayetano de Arquer 0_n

SONNET A MADAME S. DE F.

A travers la forêt des spontanéités.
Écartant les taillis, courant par les clairières.
Et cherchant dans l’émoi des soifs aventurières
L’oubli des paradis pour un instant quittés,

Inquiète, cheveux flottants, yeux agités,
Vous allez et cueillez des plantes singulières,
Pour parfumer l’air fade et pour cacher les pierres
De la prison terrestre où nous sommes jetés.

Et puis, quand vous avez groupé les fleurs coupées.
Vous vous ressouvenez de l’idéal lointain.
Et leur éclat, devant ce souvenir, s’éteint.

Alors l’ennui vous prend.
Vos mains inoccupées
Brisent les pâles fleurs et les jettent au vent.
Et vous recommencez ainsi, le jour suivant.

(Charles Cros)

Illustration: Cayetano de Arquer

 

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Marine (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017



 

Ana Cruz _Under the waves

Marine

Les poissons ont de si jolies têtes
qu’on est obligé de les déplacer fréquemment
à cause des ravages qu’ils font dans le cœur des méduses
Les cœurs des méduses ravagés vont s’échouer dans les ports
sous forme de pétroliers ou de charbonniers
Les méduses elles-mêmes ne sont jamais repêchées
un nouveau cœur leur pousse bien plus grand que le premier
bien plus beau et bien plus vert et bien plus dur
car les méduses ne veulent plus aimer les poissons aux nageoires coupantes et
aux ouïes blanches
elles ne veulent plus aimer que le centre de gravité de chaque chose
dans le ciel et sur la terre
Les requins eux ne s’ennuient pas
avec de la toile à matelas
ils fabriquent de jolis draps
pour les noyés astucieux
qui sont accourus vers eux
en mâchant de la verveine
pour se parfumer les veines
non les requins ne s’ennuient pas
ils ont aussi de jolies têtes
pour ravager le cœur des méduses inquiètes

(Raymond Queneau)

Illustration: Ana Cruz

 

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Etrangers l’un à l’autre (Ismaïl Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



Etrangers l’un à l’autre

L’un à l’autre depuis longtemps étrangers,
entre nous tout a été dit;
comme des pierres qui ont cessé de rouler,
chacun a arrangé sa propre vie.

Nul chemin, aucun sentier
ne nous relie plus nulle part,
comme au Moyen Age ces villes retranchées
derrière tours, douves et remparts.

La nuit, pourtant, quand mon cerveau lassé
condamne portes et fenêtres,
tu sais, pour t’y glisser,
un passage que tu es seule à connaître.

Longeant ses circonvolutions
comme les allées d’un jardin,
tu entres dans mes rêves par effraction
et m’adresses en riant des signes de la main.

Quand dans le ciel les étoiles commencent
à pâlir, soudain inquiète,
à pas rapides tu t’éloignes en silence
par ce chemin que tu es seule à connaître.

Au jour la vie reprend, immuable;
l’un comme l’autre, chacun de son côté,
reste muré dans sa froideur imprenable
comme au Moyen Age les villes fortifiées.

(Ismaïl Kadaré)


Illustration: Pieter Bruegel l’Ancien

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A deux beaux yeux (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



A deux beaux yeux

Vous avez un regard singulier et charmant;
Comme la lune au fond du lac qui la reflète,
Votre prunelle, où brille une humide paillette,
Au coin de vos doux yeux roule languissamment;

Ils semblent avoir pris ses feux au diamant;
Ils sont de plus belle eau qu’une perle parfaite,
Et vos grands cils émus, de leur aile inquiète,
Ne voilent qu’à demi leur vif rayonnement.

Mille petits amours, à leur miroir de flamme,
Se viennent regarder et s’y trouvent plus beaux,
Et les désirs y vont rallumer leurs flambeaux.

Ils sont si transparents, qu’ils laissent voir votre âme,
Comme une fleur céleste au calice idéal
Que l’on apercevrait à travers un cristal.

(Théophile Gautier)

Illustration: Dina Shubin

 

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Je ne sais pourquoi (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher,
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

Mouette à l’essor mélancolique,
Elle suit la vague, ma pensée,
À tous les vents du ciel balancée,
Et biaisant quand la marée oblique,
Mouette à l’essor mélancolique.

Ivre de soleil
Et de liberté,
Un instinct la guide à travers cette immensité.
La brise d’été
Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiède demi-sommeil.

Parfois si tristement elle crie
Qu’elle alarme au loin le pilote,
Puis au gré du vent se livre et flotte
Et plonge, et l’aile toute meurtrie
Revole, et puis si tristement crie !

Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D’une aile inquiète et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m’est cher,
D’une aile d’effroi
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

(Verlaine)

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Ne reste-t-il que cette vapeur d’exil? (Georges Jean)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



Soleil dans la brume
Inquiète blessure

Les temps sont-ils venus
D’un ordre qui s’efface

Aux mains des songes
Ne reste-t-il
Que cette vapeur d’exil?

(Georges Jean)

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Chanson du serpent a lunes (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016



Ce qui siffle est bien plus
vivant qu’un sifflet.

Ce qui rampe est bien plus
souple qu’une tige.

Cette nuit est comme une main
dont les doigts seraient brûlants,

dont la paume est un toit
où tu erres, inquiète.

Ce qui passe est bien plus
angoissant que le vent.

La terre ignore la terre
et le coureur essoufflé

s’écroule au bord du ciel.

(Edmond Jabès)

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Sans t’avoir jamais vue (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2016


 


 

Albert Ritzberger young-woman-at-the-brook

Hélène

Je t’atteindrai Hélène
À travers les prairies
À travers les matins de gel et de lumière
Sous la peau des vergers
Dans la cage de pierre
Où ton épaule fait son nid

Tu es de tous les jours
L’inquiète la dormante
Sur mes yeux
Tes deux mains sont des barques errantes
À ce front transparent
On reconnaît l’été
Et lorsqu’il me suffit de savoir ton passé
Les herbes les gibiers les fleuves me répondent

Sans t’avoir jamais vue
Je t’appelais déjà
Chaque feuille en tombant
Me rappelait ton pas
La vague qui s’ouvrait
Recréait ton visage
Et tu étais l’auberge
Aux portes des villages

(René Guy Cadou)

Illustration: Albert Ritzberger

 

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Je suis seul sur l’océan (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2016




Je suis seul sur l’océan
Et je monte à une échelle
Toute droite sur les flots
Me passant parfois les mains
Sur l’inquiète figure
Pour m’assurer que c’est moi
Qui monte, que c’est toujours moi. […].
Je tombe ah ! je suis tombé
Je deviens de l’eau qui bouge
Puis de l’eau qui a bougé,
Ne cherchez plus le poète,
Ni même le naufragé.

(Jules Supervielle)

Illustration

 

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