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SI JE VEUX UNE RECOMPENSE (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2020



Mihai Beniuc
    
SI JE VEUX UNE RECOMPENSE

Je ne me grise pas de l’idée d’être grand,
Et je croirais plutôt être une apparition
Comme on en voit monter au carrefour des âges
En ce monde, jamais appelées par personne.
Et si ces visions même n’ont pas de voix,
Elles sèment l’inquiétude en toute vie.

Je ne veux guère, au vrai, paraître davantage,
Quand bien même pour le silex je sois briquet
Et, pour les eaux, une suite de cataractes.
Mais je n’ai pas signé de pacte avec le diable
Pour avoir en échange une once de bonheur.
Je vais, au long du temps, calmement, à ma perte.

Si je veux une récompense, qu’elle soit
De laisser après moi le monde plus humain.
Qu’il y ait plus de pain, de livres, de lilas
Et de chaleur dans la maison du démuni,
Et, s’il se peut, je veux, non certes des miracles,
Mais de plus en plus rare la pluie des mensonges

(Mihai Beniuc)

 

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LES EAUX ET LES FORÊTS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2020



Nicholas Hely Hutchinson e488bb [1280x768]

 

LES EAUX ET LES FORÊTS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,
et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

III
Le dimanche peuple les bois d’enfants qui geignent,
de femmes vieillissantes; un garçon sur deux saigne
au genou, et l’on rentre avec des mouchoirs gris,
laissant de vieux papiers près de l’étang… Les cris
s’éloignent avec la lumière. Sous les charmes,
une fille retend sa jupe à chaque alarme,
l’air harassé. Toute douceur, celle de l’air
ou de l’amour, a la cruauté pour revers,
tout beau dimanche a sa rançon, comme les fêtes
ces taches sur la table où le jour nous inquiète.

IV
Toute autre inquiétude est encore futile,
je ne marcherai pas longtemps dans ces forêts,
et la parole n’est ni plus ni moins utile
que ces chatons de saule en terrain de marais :
peu importe qu’ils tombent en poussière s’ils brillent,
bien d’autres marcheront dans ces bois qui mourront,
peu importe que la beauté tombe pourrie,
puisqu’elle semble en la totale soumission.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Nicholas Hely Hutchinson

 

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Tu voudrais savoir (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



indocile jusqu’au soir
ta vie avant le sommeil
se laisse parfois donner
des noms d’herbes
et caresse la peau délivrée

seuls tes yeux
brûlent dans les paupières
et continuent le chemin d’inquiétude
mais jusqu’où

tu voudrais savoir si
quand tu dormiras
ils regarderont sans toi
ta mort

(Jean-François Mathé)


Illustration: Chantal Quinet

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VILLE (David Hofstein)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Sylvie Bartczak
    
VILLE

Ville!
De très loin tu m’as appelé
Avec tes écheveaux de fer,
Je te voyais toujours du haut des monts,
De très loin tu m’as attiré
Avec l’aimant
Des clartés, des miroitements,
Tu m’as leurré
Et tu m’as capturé !
Tu as transpercé
La paix de ma maison champêtre
Avec le sifflement des trains,
Effrité, fracassé,
Avec le tremblement des rails,
Dans les hauteurs toujours se balançait
Toujours s’avançait
L’inquiétude de tes échos ensorcelés,
Ville!
Tu m’as capturé !

Sous mes yeux éblouis
Ton corps de pierre omnipotent
S’étend à présent
Au hasard des champs et des bois,
Avec ses tuyauteries enracinées dans les profondeurs
de la terre,
Les bras écartelés,
Étage sur étage, cour sur cour,
Caisse sur caisse, pièce sur pièce,
Noir par le bas et scintillant dans l’altitude,
Aiguisé par les toits, dentelé par les tours,
De rails reptiliens noué et ceinturé,
Tendu, enchevêtré,
De toiles d’araignées de fer,
Ville !
Tu m’as capturé!

(David Hofstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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COMMENT L’HOMME EST VENU (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020




    
COMMENT L’HOMME EST VENU

L’inquiétude s’en vint, grosse de l’homme,
Et l’inquiétude contempla le sans-espoir,
Le sans-espoir a soupiré devant le doute,
Le doute l’entendit avec perplexité,
La perplexité fut indécise face au qui-sait,
Le qui-sait discuta avec le peut-être,
Et le peut-être interrogea le si-jamais,
Le si-jamais creusa vers le probable,
Le probable en conclut c’est possible,
Le possible montra le vraisemblable,
Le vraisemblable fit un signe au pourquoi-pas,
Le pourquoi-pas se faufila vers le vraiment
Le vraiment chuchota certainement,
Certainement railla l’indubitable,
L’indubitable tempêta le défini,
Le défini frappa du poing: assurément,
Assurément se jeta sur le vrai,
Et le vrai tomba sur le coeur.
C’est ainsi qu’est advenu l’homme,
C’est ainsi qu’a survécu l’homme
Avec toutes sortes de doutes
Toutes vérités jamais sûres.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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POÈME À PROPOS DE POÈMES (Izi Harik)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019



    

POÈME À PROPOS DE POÈMES

Pourquoi diable ai-je appris à chanter des poèmes :
Ne me suffit donc point l’inquiétude du vent?
Ô toi, ma tête, toi qui es si lasse et inquiète,
Viens, je vais te bercer comme on berce un enfant.

Il ne connaissait rien des poèmes, ton père,
Il épelait difficilement l’A.B.C.
Et tu aurais été cordonnier ordinaire
Et simple comme lui, le corps sain et musclé.

Lorsque s’étoufferait le ciel dans ses couleur
Seul le vent bercerait ton âne sur la sente,
Et comme lui tu chanterais à ton labeur
Ne sachant même pas toi-même que tu chantes.

La fatigue serait dans ton corps plus légère
Et tout serait léger dans ta tête à jamais.
Pourquoi as-tu appris à chanter des poèmes
Ô toi ma tête, toi mon enfant inquiet ?

(Izi Harik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Je ne sais pas ou tu commences (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

Albena Vatcheva G

Je ne sais pas où tu commences

Tu portes ma chemise
Et je mets tes colliers.
Je fume tes gitanes,
Tu bois mon café noir.
Tu as mal à mes reins
Et j´ai froid à tes pieds.
Tu passes mes nuits blanches
Et j´ai tes insomnies.

Je ne sais pas où tu commences,
Tu ne sais pas où je finis.

Tu as des cicatrices
Là où je suis blessé.
Tu te perds dans ma barbe,
J´ai tes poignets d´enfant.
Tu viens boire à ma bouche
Et je mange à ta faim.
Tu as mes inquiétudes
Et j´ai tes rêveries.

Je ne sais pas où tu commences,
Tu ne sais pas où je finis.

Tes jambes m´emprisonnent,
Mon ventre te retient.
J´ai ta poitrine ronde,
Tu as mes yeux cernés.
Ton souffle me réchauffe
Et j´étouffe tes cris.
Je me tais quand tu m´aimes,
Tu dors quand je le dis.

(Georges Moustaki)

Illustration: Albena Vatcheva

 

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IDÉAL LA CHANSON (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019




    
IDÉAL LA CHANSON

Toute l’âme dépensée
entre les amis d’un jour,
les désolantes pensées
et les avides amours,

je n’ai plus que cette rose
éclose par habitude,
arme frêle que j’oppose
à la noire inquiétude.

(Henri Thomas)

 

Recueil: Signe de vie
Traduction:
Editions: Gallimard

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Parfois le temps s’arrondit comme une clairière (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019



parfois le temps s’arrondit
comme une clairière
dans le demi-jour inespéré

les nuages vont lentement
au rythme du feuillage
qui se penche et prend la lumière
venue d’on ne sait quelle source

toute cette lenteur vous caresse
endort toute inquiétude
alors que vous êtes perdu
et qu’il n’y a pas de chemin

(Jean-Claude Pirotte)

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