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LA BLANCHEUR (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2021




    
LA BLANCHEUR

Elle a connu les visages et la beauté nuptiale.
Elle a mûri dans l’espace, construit le sens
mystérieux et connu le cri
de la nuit. La main inscrit les signes
dans la pierre, et l’ocre et la cendre
s’exhalent dans le silence, s’effacent dans la blancheur.
Elle ne sait pas et elle sait, car elle est devenue le centre
où elle respire : poisson, colombe, serpent.
Le songe s’est fait espace et son flanc
retient le soleil sous la voûte des arbres.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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JAMAIS LE SENTIER (Gabrielle Marquet)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2021



Jamais le sentier
qu’inscrit au sol
l’homme qui marche
n’est droit

D’instinct
sans qu’il en décide
il le trace ondulé
souple comme la pensée
les caresses.

(Gabrielle Marquet)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Maman a planté des arbres (Tekachand)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2021



    

Maman a planté des arbres

Maman souhaitait
Que j’aille dans une bonne école
Que je quitte le village
Que j’aille à l’école du canton
Un jour m’ayant pris avec elle Maman partit
Pour la toute nouvelle école ouverte dans le canton
« Tu connais bien l’agriculture?»
Demanda le professeur de mathématiques, calculateur
« Oui, dans la pépinière avec la binette… »
« Plante ici aussi quelques arbres
Nous ferons l’inscription.»
Le même jour enthousiasmée
Maman s’est attelée
À creuser des trous profonds jusqu’à la taille
Le long du mur de l’école
Pendant plusieurs jours Maman
A planté des arbres avec assiduité
Comme si elle m’implantait à l’école
«Maintenant que tous les arbres sont plantés
Inscrivez-le»
Dit un jour Maman
« Le principal refuse»
Répondit le Monsieur Gupta des mathématiques
Ce fut comme un choc pour Maman
Comme si toute la végétation avait pris feu
Le temps a passé
Aujourd’hui ces plantes sont devenues des arbres
Ondulant dans la brise avec insouciance
Moi aussi en les voyant je me déploie
Ainsi que Maman l’avait voulu
Pareil aux arbres je deviens.

(Tekachand)

 

Recueil: Pour une poignée de ciel Poèmes au nom des femmes dalit (Intouchable)
Traduction: Traduit du Hindi par Jiliane Cardey
Editions: Bruno Doucey

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L’amandier sous la lune (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021




    
L’amandier sous la lune

La semence nocturne a mûri dans ma tête,
dans mon nom j’ai scellé l’inconnu sans visage.
Croyant saisir le fruit, l’insecte, l’arc-en-ciel,
et sucer dans le roc l’huile vierge ou le miel,
j’ai glissé vers la nuit sur le miroir des sons :
l’écureuil encagé tourne seul sur sa roue,
au fond du puits rit le silence
où l’abîme s’ébroue.

Sur l’infime épaisseur des mots nous patinons
à reculons depuis l’enfance;
nous chantons, nous dansons
vers l’infini sans regard et sans nom.
A peine un éclair sur la glace,
dans une poésie est inscrite la trace
de l’oiseau qui raya la fragile surface.

***

(Claude Vigée)

Recueil: Anthologie
Traduction: Traduit en langue corénne par Madame Holl Han Kaa
Editions: Revue Arts et Littérature de Corée

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Tu m’as désossée… (Paula Tavares)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2020



Illustration: Marie-Guillemine Benoist
    
Tu m’as désossée…

Tu m’as désossée
soigneusement
m’inscrivant
dans ton univers
comme une blessure
une prothèse parfaite
maudite nécessaire
tu as détourné mes veines
pour qu’elles se vident
dans les tiennes
irrémédiablement
en toi un demi-poumon respire
l’autre, que je sache
existe à peine

Aujourd’hui je me suis levée tôt
j’ai enduit de tacula* et d’eau froide
mon corps enflammé
je ne battrai pas le beurre
je ne mettrai pas la ceinture
j’IRAI
vers le sud sauter l’enclos

* Tacula: poudre rouge utilisée comme cosmétique.

(Paula Tavares)

Traduit du portugais par Michel Laban,
in Poésie d’Afrique au sud du Sahara, Actes Sud/Unesco,1995.

 

Recueil: 120 nuances d’Afrique
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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DANS MON AME IL Y A… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2020




    
DANS MON AME IL Y A…

Dans mon âme il y a des rires et des pleurs
Et des diables aussi, sans doute, et puis des anges.
Et si le paradis ne fut jamais qu’un songe,
Il est sûr que l’enfer est inscrit dans mon sang
Comme au fond de la terre attendent les volcans,
Eux que n’ont pas éteints les glaciers des années.
Bouillonnant de passion, la lave, en jaillissant,
De sa bouche de feu, mord les hauteurs du vent.

(Mihai Beniuc)

 

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Traces, empreintes (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2019




    
Traces, empreintes –
seraient-elles des poèmes
que les calames du vent
inscrivent sur le sable!

(Adonis)

 

Recueil: Toucher la lumière
Traduction: Anne Wade Minkowski
Editions: Imprimerie Nationale

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AUTANT SE TAIRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019




    
AUTANT SE TAIRE

Autant se taire
Faut-il se taire
ou inscrire sur le bleu du ciel
ces nuages de souvenirs
que la mémoire a déjà chassés
Tout est prêt pour l’oubli
qu’on appelle l’éternité
ou la seconde insaisissable
Tout pour le silence
et ce grand vide du sommeil
alors que les rêves vous accusent
et que le remords devient un compagnon
Le moment est-il venu
de refuser ce qui est inévitable
et d’accepter tant de temps perdu
contempler ses mains vides
comme si elles n’étaient que des sabliers
Passe le sable passe le temps
passent les secondes et les années

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Solitude (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Solitude

On m’a jeté tant de pierres,
Que plus aucune ne m’effraie,
Le piège s’est fait haute tour,
Haute parmi les hautes tours.
Je remercie ceux qui l’ont construite,
Qu’ils cessent de s’inquiéter, de s’attrister.
De tous les côtés je vois l’aube plus tôt.
Et le dernier rayon du soleil triomphe ici.
Souvent dans les fenêtres de mes chambres
Entrent les vents des mers du nord,
Et le pigeon mange dans mes mains du grain…
Cette page que je n’ai pas finie,
La main brune de la Muse,
Divinement calme et légère,
Y inscrira le dernier mot.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Pierre Puvis de Chavannes

 

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Mastiquer la solitude (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Illustration: Odilon Redon
    
Mastiquer la solitude,
ouvrir un autre regard dans le regard,
inscrire un autre point dans le silence,
entrer plus, entrer plus,
rompre la limite.

Peu importe s’il n’y a rien.
Seul importe d’être plus.

Ou mastiquer la solitude,
effacer tout regard dans le regard,
gratter le point du silence,
sortir plus, sortir plus,
rompre la limite.

Peu importe s’il n’y a rien.
Seul importe d’être moins.

L’être plus de l’être moins.

Le plus du moins que le rien.

***

Masticar la soledad,
abrir otra mirada en la mirada,
poner otro punto en el silencio,
entrar más, entrar más,
romper el límite.

No importa si no hay nada.
Sólo importa ser más.

O masticar la soledad,
borrar toda mirada en la mirada,
raspar el punto del silencio,
salir más, salir más,
romper el límite.

No importa si no hay nada.
Solo importa ser menos.

El ser más del ser menos.

El más del menos que la nada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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