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Poésie

Posts Tagged ‘insensible’

Etre (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019


 


 

Clint Newsham  ltered

Être, sous quelque forme que ce soit, qu’est-ce ?
Ma coquille à moi n’est pas insensible

(Walt Whitman)

Illustration: Clint Newsham

 

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LES SONGES DE L’INANIMÉ (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
LES SONGES DE L’INANIMÉ

Le vagabond des millions d’années
l’Inanimé
s’efforce Il monte il trébuche à travers
le va-et-vient l’affiche lumineuse
des nuits et des jours.

ll s’approche il monte, l »Inanimé, le vagabond,
il heurte de son bâton
les bords du chemin éboulé
ll peine il gémit il s’efforce
d’être un jour ce qu’il rêve,
de prendre vie.,
de troquer l’insensible contre la douleur
d’échanger l’innombrable
contre l’unique,
contre un destin.

Futur empereur future idole
le caillou vagabond
limé couturé par l’embrun
veut gravir les degrés prendre figure
faire éclore sur sa face camuse
une bête qui brame
un philosophe qui bougonne
un saint qui se tait
un dieu qui souffre et qui meurt

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans la terre torride… (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



 

Diego Dayer blanc

Dans la terre torride, une plante exotique
Penchante, résignée : éclos hors de saison
Deux boutons fléchissaient, d’un air grave et mystique ;
La sève n’était plus pour elle qu’un poison.

Et je sentais pourtant de la fleur accablée
S’évaporer l’effluve âcre d’un parfum lourd,
Mes artères battaient, ma poitrine troublée
Haletait, mon regard se voilait, j’étais sourd.

Dans la chambre, autre fleur, une femme très pâle,
Les mains lasses, la tête appuyée aux coussins :
Elle s’abandonnait : un insensible râle
Soulevait tristement la langueur de ses seins.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Diego Dayer

 

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Voyez-vous cet œuf ? (Denis Diderot)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2018




    
À votre avis, qu’est-ce autre chose
qu’un pinson, un rossignol, un musicien, un homme ?
Et quelle autre différence trouvez-vous
entre le serin et la serinette ?

Voyez-vous cet œuf ?

C’est avec cela qu’on renverse
toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre.

Qu’est-ce que cet œuf ?

Une masse insensible avant que le germe y soit introduit ;
et après que le germe y est introduit, qu’est-ce encore ?

Une masse insensible, car ce germe n’est lui-même
qu’un fluide inerte et grossier.

Comment cette masse passera-t-elle à une autre organisation,
à la sensibilité, à la vie ?
Qu’y produira la chaleur le mouvement ?
Quels seront les effets successifs du mouvement ?

Au lieu de me répondre, asseyez-vous,
et suivons-les de l’œil de moment en moment.

D’abord c’est un point qui oscille,
un filet qui s’étend et qui se colore ;
de la chair qui se forme ;
un bec, des bouts d’ailes, des yeux, des pattes qui paraissent ;
une matière jaunâtre qui se dévide et produit des intestins ;
c’est un animal.

Cet animal se meut, s’agite, crie ;
j’entends ses cris à travers la coque ;
il se couvre de duvet ; il voit.
La pesanteur de sa tête, qui oscille,
porte sans cesse son bec
contre la paroi intérieure de sa prison ;

la voilà brisée ; il en sort,
il marche, il vole, il s’irrite, il fuit,
il approche, il se plaint, il souffre,
il aime, il désire, il jouit ;
il a toutes vos affections ;
toutes vos actions,
il les fait.

Prétendrez-vous, avec Descartes,
que c’est une pure machine imitative ?
Mais les petits enfants se moqueront de vous,
et les philosophes vous répliqueront
que si c’est là une machine, vous en êtes une autre.

Si vous avouez qu’entre l’animal et vous
il n’y a de différence que dans l’organisation,
vous montrerez du sens et de la raison, vous serez de bonne foi ;
mais on en conclura contre vous qu’avec une matière inerte,
disposée d’une certaine manière, imprégnée d’une autre matière inerte,
de la chaleur et du mouvement,
on obtient de la sensibilité, de la vie,
de la mémoire, de la conscience, des passions, de la pensée.

Il ne vous reste qu’un de ces deux partis à prendre ;
c’est d’imaginer dans la masse inerte de l’œuf un élément caché
qui en attendait le développement pour manifester sa présence,
ou de supposer que cet élément imperceptible
s’y est insinué à travers la coque dans un instant déterminé du développement.

Mais qu’est-ce que cet élément ?
Occupait-il de l’espace, ou n’en occupait-il point ?
Comment est-il venu, ou s’est-il échappé, sans se mouvoir ?
Où était-il ?
Que faisait-il là ou ailleurs ?
A-t-il été créé à l’instant du besoin ?
Existait-il ?
Attendait-il un domicile ?
Était-il homogène ou hétérogène à ce domicile ?

Homogène, il était matériel ;
hétérogène, on ne conçoit ni son inertie avant le développement,
ni son énergie dans l’animal développé.

Écoutez-vous,
et vous aurez pitié de vous-même ;
vous sentirez que, pour ne pas admettre une supposition simple
qui explique tout, la sensibilité,
propriété générale de la matière, ou produit de l’organisation,
vous renoncez au sens commun,
et vous précipitez dans un abîme de mystères,
de contradictions et d’absurdités.

(Denis Diderot)

 

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Ivresse rimbaldienne (Nimrod)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018




    
Ivresse rimbaldienne

Un bleu outremer guette au fond de mon oeil son écho.
Toujours je le préférai aux joies réverbérantes.
Il m’offre à toute heure du jour l’ivresse des solitudes.
je suis l’empailleur de l’espoir ici-bas, son tombeau incomparable !

L’enfance est un passeport égaré le long des routes
Indélicates. Elles desservent des foules des forêts
Abruptes et bourrues, insensibles à la patience des nuages.

Où s’en sont allées mes jeunes années ? Le temps les frictionne
De son amour universel. J’en appelle à l’ordre luciférien
Sans perdre de vue ni la douceur des nuées
Ni la beauté des ombres dociles errantes

Il ne tient qu’à moi de leur tourner le dos.
De chiffrer leurs mêlées leurs aises sur le plancher des vaches.
Le bonheur un brin paresseux suit sa pente.

(Nimrod)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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LE SONGE (Evariste Parny)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



 

Tamara de Lempicka _la_belle_rafala_en_vert1

LE SONGE

Le sommeil a touché ses yeux ;
Sous des pavots délicieux
Ils se ferment, et son coeur veille.
A l’erreur ses sens sont livrés.
Sur son visage par degrés
La rose devient plus vermeille ;
Sa main semble éloigner quelqu’un :
Sur le duvet elle s’agite ;
Son sein impatient palpite
Et repousse un voile importun.
Enfin, plus calme et plus paisible,
Elle retombe mollement,
Et de sa bouche lentement
S’échappe un murmure insensible.
Ce murmure plein de douceur
Ressemble au souffle de Zéphyre,
Quand il passe de fleur en fleur ;
C’est la volupté qui soupire.
Oui, ce sont les gémissements
D’une vierge de quatorze ans,
Qui dans un songe involontaire
Voit une bouche téméraire
Effleurer ses appas naissants
Et qui dans ses bras caressants
Presse un époux imaginaire.

Le sommeil doit être charmant,
Justine, avec un tel mensonge ;
Mais plus heureux encor l’amant
Qui peut causer un pareil songe !

(Evariste Parny)

Illustration: Tamara de Lempicka

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LA FAUSSE MORTE (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

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LA FAUSSE MORTE

Humblement, tendrement, sur le tombeau charmant,
Sur l’insensible monument,
Que d’ombres, d’abandons, et d’amour prodiguée,
Forme ta grâce fatiguée,
Je meurs, je meurs sur toi, je tombe et je m’abats,

Mais à peine abattu sur le sépulcre bas,
Dont la close étendue aux cendres me convie,
Cette morte apparente, en qui revient la vie,
Frémit, rouvre les yeux, m’illumine et me mord,
Et m’arrache toujours une nouvelle mort
Plus précieuse que la vie.

(Paul Valéry)

Illustration: Brad Kunkle

 

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Cette nuit (Lord Byron)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



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Cette nuit je rêvai vives ces heures;
En vérité, cette pure apparence,
Dans sa fantaisie, m’était plus courtoise,
Que si je m’enflammais pour d’autres coeurs,
Pour d’autres yeux n’atteignant ta brillance
Dans le réel sauvage de l’extase.

Ne me rappelle pas, ne me redis
Ces heures qui, pour toujours en allées,
Restituent encore un rêve qui plaît,
Jusqu’à ce que nous soyons, dans l’oubli,
Insensibles tels la pierre effritée
Disant que nous ne serons plus jamais.

(Lord Byron)

Illustration: Adrian Borda

 

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ORDINAIRE D’UN BAGNE (Axel Toursky)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

ORDINAIRE D’UN BAGNE

Autrefois l’homme conversait
avec des bêtes fabuleuses,
regardait en face les dieux
et les mythes étaient dociles.

L’or et la foudre lui parlaient
un langage compréhensible.
L’odeur du sol après la pluie
ne l’emplissait pas de luxure.

La nourriture, les présages,
se partageaient les animaux,
et la mort se rangeait au nombre
des exigences domestiques.

Mais maintenant si le vent souffle
ou si les ombres de la rue
ne sont pas celles attendues
par la mémoire quotidienne,

Si les portes battent sans bruit
sur d’invisibles visiteurs,
ce sont des imaginations
insensibles à la tendresse
qui nous entourent et nous pressent
et nous condamnent sur les murs.

(Axel Toursky)

Illustration: Roger Vandersteene

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Où sont ses pieds rosés aux chevilles d’ivoire? (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Où sont ses pieds rosés aux chevilles d’ivoire?
Sa hanche au grand contour, les globes de ses seins ?
Son crâne a-t-il encor cette crinière noire
Que l’orgie autrefois couronnait de raisins ?

Et son ventre, son dos ? Oh ! que sont devenues
Surtout, par les hasards de l’insensible azur,
Ces épaules cold-cream? et ces lèvres charnues
Où mes dents mordillaient comme dans un fruit mûr?

Et ces cuisses que j’ai fait craquer dans les miennes?
Et ce col délicat, ce menton et ce nez,
Ces yeux d’enfer pareils à ceux des Bohémiennes
Et ses pâles doigts fins aux ongles carminés ?

Il n’y a que l’échange universel des choses,
Rien n’est seul, rien ne naît, rien n’est anéanti,
Et pour les longs baisers de ses métamorphoses,
Ce qui fut mon épouse au hasard est parti!

Parti pour les sillons, les forêts et les sentes,
Les mûres des chemins, les prés verts, les troupeaux,
Les vagabonds hâlés, les moissons d’or mouvantes,
Et les grands nénuphars où pondent les crapauds,

Parti pour les cités et leurs arbres phtisiques,
Les miasmes de leurs nuits où flambe le gaz cru,
Les bouges, les salons, les halles, les boutiques,
Et la maigre catin et le boursier ventru.

Parti… fleurir peut-être un vieux mur de clôture
Par-dessus qui, dans l’ombre et les chansons des nids,
Deux voisins s’ennuyant en villégiature
Échangeront un soir des serments infinis !

(Jules Laforgue)


Illustration: Niklaus Manuel Deutsch

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