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Poésie

Posts Tagged ‘insipide’

Levant les yeux (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Kazuya Akimoto
    
Levant les yeux

Qu’après une jouissance insipide
Humiliée, amère et sans lumière
Je me ressaisisse et me reprenne,
Me redonne un peu d’estime.
Je suis un fleuve
Avec des vagues qui cherchent les rives,
L’ombre des buissons sur le sable,
La chaleur des rayons du soleil,
Ne serait-ce qu’une seule fois.

Mais mon chemin est sans pitié.
Sa pente me pousse vers la mer.
Grande, sublime mer !
Je ne connais pas d’autre souhait
Que de m’engloutir en me répandant
Dans la plus infinie des mers.

Comment un désir
De saluer des rives plus douces
Peut-il me retenir
Tant que du sens ultime
Je connais l’existence !

***

Aufblickend

Daß ich nach schalem Genusse,
Erniedrigt, bitter und lichtlos
Mich fasse und in mich greife,
Macht mich noch wert.
Ich bin ein Strom
Mit Wellen, die Ufer suchen,
Schattende Büsche im Sand,
Wärmende Strahlen von Sonne,
Wenn auch für einmal nur.

Mein Weg aber ist ohne Erbarmen.
Sein Fall drückt mich zum Meer.
Großes, herrliches Meer!
Ich weiß keinen Wunsch auf diesen,
Als strömend mich zu verschütten
In die unendlichste See.

Wie kann ein Begehren,
Süßere Ufer zu grüßen,
Gefangen mich halten,
Wenn ich vom letzten Sinne
Immer noch weiß!

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Mille chagrins et dix mille regrets (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2018



Mille chagrins et dix mille regrets,
Du jeune homme que je suis
Accaparent le coeur.
Rêve brisé,
Dans l’hôtel solitaire, je me réveille de mon ivresse.
La nuit est longue et insipide.
Hélas! cet amour partagé sur l’oreiller
Pour tous les deux aujourd’hui est fini.
Orphelin,
Je n’ai plus que mes insomnies
Et suis de plus en plus affaibli.

Mon mal empire,
Mais que faire ?
Je n’y peux rien,
Si je suis déprimé.
Seul et perdu dans mes pensées,
Souvent je pleure.
Je ne sais pourquoi ces choses me reviennent,
Pourquoi je ne puis les chasser de ma tête.
Finalement,
Je vous le demande,
Que faut-il faire ?

(Liu Yong)


Illustration: Bernard Buffet

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Sur tout ce que tu vois (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



&

Illustration: Françoise Naudet
nbsp;   
— Sur tout ce que tu vois, sur tout ce que tu dis,
sur tout ce qu’on te dit, sur tout ce que tu aimes,
tu ajoutes, insipide épice à effet acide,
un écho du doute que ta raison libère,

Est-ce pour cela que l’aube te rend triste,
que tu te protèges de l’éclat du soleil,
qu’un ciel sans nuages te fait craindre la pluie,
que la nuit tombée le serait pour toujours ?

Le doute n’est pas frère de l’incertitude,
elle doit être accueillie, il faut le mettre en doute ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Roger était tout heureux (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017




    
Roger était tout heureux d’être devenu
dans l’estime de sa jeune femme le mari-qui-cachait-dieu.

Je suis passé aujourd’hui au bord du champ de tournesols dont la vue l’inspirait.
La sécheresse courbait la tête des admirables, des insipides fleurs.

C’est à quelques pas de là que son sang a coulé,
au pied d’un vieux mûrier,
sourd de toute l’épaisseur de son écorce.

(René Char)

 

Recueil: Feuillets d’Hypnos
Traduction:
Editions: Gallimard

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BAISERS (M. Tristan)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2017



Illustration: Constantin Brancusi
    
BAISERS

Quand deux objets également
Soupirent d’une mesme envie,
Comme l’Amour en est la vie
Les baisers en sont l’aliment;

Il faut donc en faire des chaînes
Qui durent autant que les peines
Que je souffre loin de ses yeux;
Amour, qui les baisers aymes sur toutes choses,
Fait une couronne de roses.
Pour donner à celuy qui baisera le mieux.

La Mâne fraîche du matin
N’a point une douceur pareille.
N’y l’esprit que cherche l’abeille
Sur la buglose et sur le tin ;

Le meilleur sucre qui s’amasse
Et que l’Art sçait réduire en glace
N’a point ces appas ravissans ;
Et mesme le Nectar sembleroit insipide
Au prix de ce baiser humide.
Dont tu viens de troubler l’office de mes sens.

(M. Tristan)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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BAISERS (René Le Pays)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration
    
BAISERS

Quand deux objets également
Soupirent d’une même envie,
Comme l’Amour en est la vie
Les baisers en sont l’aliment ;
Il faut donc en faire des chaînes
Qui durent autant que les peines
Que je souffre loin de ses yeux ;

Amour, qui les baisers aimes sur toutes choses,
Fais une couronne de roses.
Pour donner à celui qui baisera le mieux.
La manne fraîche du matin
N’a point une douceur pareille,
Ni l’esprit que cherche l’abeille
Sur la buglose et sur le tin ;

Le meilleur sucre qui s’amasse
Et que l’Art sait réduire en glace
N’a point ces appas ravissants ;
Et même le Nectar semblerait insipide
Au prix de ce baiser humide,
Dont tu viens de troubler l’office de mes sens

(René Le Pays)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Trois images d’une révolte (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Trois images d’une révolte

Le poète s’insurgea
Contre les mots insipides
Sa langue se cabra
Força l’imaginaire
Rafla les fruits du verbe
Absorba suc et sèves
S’attacha au noyau

En tumulte d’amour
En tempête d’infini
L’enfant échappa
Aux refrains et aux cendres
De tant de rêves fourbus
Il ameuta son coeur
Interpella son âme
Pour traverser les murs
Qui verrouillaient la vie

Indomptable
La vie
Si le désir fermente
D’un savoir
D’un poème
D’une image
D’un récit

Désirable
La vie
Si l’ardeur caracole
Toujours à l’avant
Toujours inasservi.

(Andrée Chedid)


Illustration

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POURVOYEUR ET POURVUS (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2016



POURVOYEUR ET POURVUS

A la corne de ce toit
Qui résume tout comme un autre
L’insipide leçon de choses
Qu’il faut recopier chaque jour

La loque blanche a remplacé la loque noire
Sans que j’aie vu personne s’en mêler

Quel pourvoyeur est attendu
Je ne le verrai pas bon plus

Ils doivent profiter sans doute
Des rares instants où mes yeux se ferment
Exténués de maintenir debout
Dans son désordre qui est l’ordre même
Cet amas de lumière d’air et de matière
Dont chaque fibre contient
La totalité de l’univers et du temps.

(Jean Rousselot)

 

 

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