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Poésie

Posts Tagged ‘insistance’

ATTENTE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019




    
ATTENTE

Tu restes toujours présent
À la lisière de mes chants,
Mes mélodies sont à Tes pieds
Sans que je puisse T’atteindre.
Le vent supplie avec insistance :
« Ne laisse pas ton rafiot amarré ! »
Gouverne vite pour parvenir
Au centre de mon cœur.

Avec Toi le jeu de mes chants
Est un jeu venant de loin,
Sa flûte émet des notes chagrines
Tout le long du jour.
T’emparant de ma flûte donc, quand voudras-tu
La remplir de Ton souffle,
Dans la dense obscurité
Par une nuit joyeuse et muette ?

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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L’offense que tu m’as faite en rêve (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Kristoffer Zetterstrand whiteCloud

L’offense que tu m’as faite
en rêve, me fait toujours de l’ombre
— comme un nuage immobile —
dans le jour, sans fin.

Ah ! Quelle triste
insistance ; quelle bataille
immense, suffocante, inextinguible,
en je ne sais quoi de moi ! On dirait
que lutte mon secret, en mon inconscience,
avec ton mystère ;
qu’une moitié de moi, enterrée, lutte
avec cette moitié de toi qui voles !

***

La ofensa que me has hecho
en el sueño, me sigue echando sombra
—como una nube estacionada—
en el día, sin fin.

¡Ay, qué insistencia
tan triste; qué batalla
inmensa, sofocante, inestinguible,
en no sé qué de mí! Parece
que mi secreto lucha, en mi inconsciencia,
con tu misterio;
lque medio yo, enterrado, lucha
con media tú que vuelas!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Kristoffer Zetterstrand

 

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Pareil au désir (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2019




    
Pareil au désir
l’insistance de la mer
encore et encore.

***

Zoals verlangen
het aandringen van de zee
steeds weer en opnieuw

***

Just like the longing
the urging of the sea waves
unremittingly

***

Como deseo
una y otra y otra vez
el mar insiste

***

Come il desiderio
l’insistenza del mare
implacabile

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: Gouttes de rosée Cent haïkus
Traduction: Français Elisabeth Gerlache / Néerlandais l’original / Espagnol Rafael Carcelén / Anglais Stanley H. Barkan / Italien Silvia Pio / Japonais Taeko Uemura – Mariko Sumikura
Editions: POINT et Boeken Plan(P0ésie INTernationale)

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NI L’UN NI L’AUTRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018




    
NI L’UN NI L’AUTRE

Quoi dire, quoi penser ? Le jour
par son insistance à paraître,
avouons-le, avouons-le,
fatigue ses meilleurs amis.

La nuit par contre, sournoise,
à tous nos instants se mélange,
elle bat sous nos paupières
elle rampe autour des objets :
inquiétante ! inquiétante !

Quant à cette chose sans nom
qui n’est ni le jour ni la nuit,
baissez la voix je vous le conseille
mieux vaut n’en point parler ici !

(Jean Tardieu)

 

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Mon amour, avant de t’aimer je n’avais rien (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Mon amour, avant de t’aimer je n’avais rien :
j’hésitai à travers les choses et les rues :
rien ne parlait pour moi et rien n’avait de nom :
le monde appartenait à l’attente de l’air.

Je connus alors les salons couleur de cendre,
je connus des tunnels habités par la lune,
et les hangars cruels où l’on prenait congé,
et sur le sable l’insistance des questions.

Tout n’était plus que vide, et que mort et silence,
chute dans l’abandon et tout était déchu,
inaliénablement tout était aliéné,

tout appartenait aux autres et à personne,
jusqu’à ce que ta beauté et ta pauvreté
ne donnent cet automne empli de leurs cadeaux.

***

Antes de amarte, amor, nada era mío :
vacilé por las calles y las cosas :
nada contaba ni tenía nombre :
el mundo era del aire que esperaba.

Yo conocí salones cenicientos,
túneles habitados por la luna,
hangares crueles que se despedían,
preguntas que insistían en la arena.

Todo estaba vacío, muerte y mudo,
caído, abandonado y decaído,
todo era inalienablemente ajeno,

todo era de los otros y de nadie,
hasta que tu belleza y tu pobreza
llenaron el otoño de regalos.

(Pablo Neruda)

Illustration: Rafal Olbinski

 

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Penser (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Penser est une insistance incompréhensible,
quelque chose comme allonger le parfum de la rose
ou creuser des trous de lumière
dans un flanc de ténèbres.

Et c’est aussi faire passer quelque chose
dans une manœuvre insensée
d’un bateau imperturbablement coulé
à une navigation sans bateau.

Penser, c’est persister
dans une solitude sans retour.

***

Pensar es una incomprensible insistencia,
algo así como alargar el perfume de la rosa
o perforar agujeros de luz
en un costado de tiniebla.

Y es también trasbordar algo
en insensata maniobra
desde un barco inconmoviblemente hundido
a una navegación sin barco.

Pensar es insistir
en una soledad sin retorno.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Dixième poésie verticale
Traduction: François-Michel Durazzo
Editions: José Corti

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La Terre est à jamais fermée sous mes pas (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Pablo Picasso
    
La Terre est à jamais fermée sous mes pas
avec autour d’eux le désir insensé des moissons.
Je ne suis en vie que dans la nuit d’une chambre
située à n’importe quel étage du monde.

Des mots que je ne peux, que je ne sais pas dire,
des visages mal remplis par le souvenir que j’en ai
m’abordent avec l’insistance du feu
qui fait se lever et se coucher chaque jour.

Je passerai toute ma vie à chercher
les mots qui ont soudé mon visage au tien.
Mon front à peine haut comme la main
contient le ciel qui tombe de toutes parts.

Le désir est un souffle chaud qui m’accable
et se plaque contre moi comme le vent :
il ne reste pas sous ma peau une goutte de sang
qui ne vienne, mal éclairée, à sa rencontre.

Le désir est en moi, englué dans ma chair,
comme une forêt l’est en pleine terre.
C’est lui qui me force à crier mon chant de vie
quand la mort bat plus fort que mon coeur
et qu’elle est déjà couchée sur moi, front contre front.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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EPITAPHE POUR UN ARBRE (Silvina Ocampo)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2016



EPITAPHE POUR UN ARBRE

J’ai donné l’ombre comme un verre d’eau
en été. Ma sève capturait
l’or des crépuscules, et la pôle
insistance du fleuve sur la colombe.
Si inattentifs furent les regards
qu’aucun homme en ce monde ne parvint
à dénombrer mes feuilles ni mes chants.
Mon absence maintenant tient beaucoup de place;
Un vol incessant d’oiseaux marque
le lieu où je fus, qui sans cesse s’étend.

(Silvina Ocampo)

Illustration: Alexandre Calame

 

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Amour (Philip Larkin)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2016



Amour

Le difficile de l’amour
Est d’être égoïste toujours,
D’avoir la sourde insistance
De bouleverser une existence
Juste pour soi, vaille que vaille.
Quelque culot qu’il y faille.

Puis le côté non égoïste –
Comment peut-on être heureux
En mettant l’autre en premier
Jusqu’à être pis que dernier ?
Ma vie m’appartient.
Autant marcher sur les mains.

Et pourtant, vicieux ou vertueux,
L’amour fait bien des heureux.
Seul le salaud qui se révèle
Égoïste à contresens
Risque qu’on l’envoie paître,
Et il peut aller se faire mettre.

***

The difficult part of love
Is being selfish enough,
Is having the blind persistence
To upset an existence
Just for your own sake.
What cheek it must take.

And then the unselfish side –
How can you be satisfied,
Putting someone else first
So that you come off worst?
My life is for me.
As well ignore gravity.

Still, vicious or virtuous,
Love suits most of us.
Only the bleeder found
Selfish this wrong way round
Is ever wholly rebuffed,
And he can get stuffed.

(Philip Larkin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Robert Doisneau

 

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C’était une voisine que j’avais (Guy de Maupassant)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2016



C’était une voisine que j’avais :
une petite ouvrière, sans doute,
avec une grâce toute parisienne,
une mignonne tête blonde
sous de cheveux bouclés aux tempes ;
cheveux qui semblaient une lumière frisée,
descendaient à l’oreille,
couraient jusqu’à la nuque, dansaient au vent,
puis devenaient, plus bas,
un duvet si fin, si léger, si blond ,
qu’on le voyait à peine,
mais qu’on éprouvait une irrésistible envie
de mettre là une foule de baisers.

Sous l’insistance de mon regard,
elle tourna la tête vers moi,
puis baissa brusquement les yeux,
tandis qu’un pli léger, comme un sourire prêt à naître,
enfonçant un peu le coin de sa bouche,
faisait apparaître aussi là
ce fin duvet soyeux et pâle
que le soleil dorait un peu.

La rivière calme s’élargissait.
Une paix chaude planait dans l’atmosphère,
et un murmure de vie semblait emplir l’espace.
Ma voisine releva les yeux, et, cette fois,
comme je la regardais toujours, elle sourit décidément.

Elle était charmante ainsi,
et dans son regard fuyant mille choses m’apparurent,
mille choses ignorées jusqu’ici.
J’y vis des profondeurs inconnues,
tout le charme des tendresses,
toute la poésie que nous rêvons,
tout le bonheur que nous cherchons sans fin.

Et j’avais un désir fou d’ouvrir les bras,
de l’emporter quelque part pour lui murmurer à l’oreille
la suave musique des paroles d’amour.

(Guy de Maupassant)

Illustration: Mandy Tsung

 

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