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Poésie

Posts Tagged ‘insolite’

UNE invasion de paroles (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
UNE invasion de paroles
tente d’assiéger le silence,
mais, comme toujours, échoue.

Elle essaie alors de coincer les choses
qui habitent le silence,
mais n’y arrive pas davantage.
Elle va finalement encercler les paroles
qui cohabitent avec le silence,
alors se produit l’imprévu :
le silence se convertit en paroles
pour mieux protéger les paroles
qui cohabitent avec lui.

Et pendant que l’invasion des autres paroles
se dissipe comme un souffle furtif,
l’insolite s’accomplit :
les paroles qui restent
ressemblent alors beaucoup plus au silence
qu’aux autres paroles.

(pour René Char)

***

UNA invasión de palabras
trata de acorralar al silencio,
pero, como siempre, fracasa.

Intenta luego arrinconar a las cosas
que habitan et silencio,
pero tampoco lo consigue.
Y va por fin a cercar a las palabras
que conviven con el silencio,
pero entonces se produce lo imprevisto :
et silencio se convierte en palabra
para proteger mejor a las palabras
que conviven con él.

Y mientras la invasión de las otras palabras
se desvanece como un soplo furtivo,
se completa lo insólito
las palabras que quedan
se asemejan ahora mucho mas al silencio
que a las otras palabras.

(para René Char)

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Tu vas par la montagne ainsi que vient la brise (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



Tu vas par la montagne ainsi que vient la brise
ou le brusque courant qui descend de la neige
et ta palpitante chevelure confirme
les ornements altiers du soleil dans les feuilles.

Tout l’éclat du Caucase est tombé sur ton corps
comme dans un interminable petit vase
où l’eau changerait de chant et de vêtement
à chaque mouvement du fleuve transparent.

Par les montagnes le vieux chemin des guerriers
et en bas furieuse brille comme une épée
l’eau, entre des murailles de mains minérales,

jusqu’à ce que tu reçoives soudain des bois
le bouquet ou l’éclair de quelques fleurs d’azur
et l’insolite flèche d’un parfum sauvage.

***

Por las montañas vas como viene la brisa
o la corriente brusca que baja de la nieve
o bien tu cabellera palpitante confirma
los altos ornamentos del sol en la espesura.

Toda la luz del Cáucaso cae sobre tu cuerpo
como en una pequeña vasija interminable
en que el agua se cambia de vestido y de canto
a cada movimiento transparente del río.

Por los montes el viejo camino de guerreros
y abajo enfurecida brilla como una espada
el agua entre murallas de manos minerales,

hasta que tú recibes de los bosques de pronto
el ramo o el relámpago de unas flores azules
y la insólita flecha de un aroma salvaje.

(Pablo Neruda)

Illustration: Fabienne Contat

 

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J’AI CHERCHÉ DANS CETTE VILLE (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



    

J’AI CHERCHÉ DANS CETTE VILLE

J’ai cherché dans cette ville une rue parfaite
pour son silence et la splendeur de ses pierres,

dans cette rue, la maison la plus simple, habitée
d’un peuple calme et désinvolte

d’artisans, d’ombres, d’oiseaux de nuit.

Une femme oppose au mur laiteux de ma chambre
le miel de ses jeunes épaules.

Insolite dans le grand deuil de son immense chevelure,
bougeant parfois comme une voile,
caressant la fenêtre, un livre,
un couteau
de ses doigts légers comme plume,

intouchable, intouchée,

elle occupe armée le mince territoire où je vaque.

L’ai-je vraiment élue ?
M’a-t-elle vraiment choisi ?
Une autre ne saurait-elle aussi bien, aussi mal, ouvrir et
fermer tour à tour mes yeux qui cherchent un miroir ?

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Corps, que sais-tu de moi (José Ángel)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Corps, que sais-tu de moi
pour ainsi me fixer
dans la mélancolie du soir,
tu me scrutes, tu penses, bouges
la tête où perdure l’insolite
l’air
de ce qui fut notre jeunesse.

Et maintenant
que la traversée s’annonce longue et qu’il n’est
rien, semblerait-il, à quoi nous ne fussions morts,
corps nu, dis-moi,
que sais-tu de moi pour ainsi me fixer
au bord obscur et effacé de cette mer.

***

Qué sabes, cuerpo, tú de mí
que así me miras
en esta tarde melancólica,
me escrutas, piensas, mueves
la cabeza donde insólito dura
el aire
de aquella nuestra juventud.

Y ahora
que la navegación se anuncia larga y nada
parecería haber que no hubiéramos muerto,
desnudo cuerpo, dime,
qué sabes tú de mí que así me miras
en la borrada orilla oscura de este mar.

***

What do you know, body, of me
that you look at me so
on this melancholy afternoon,
scrutinize me, think, move
your head where strangely remains
the air
of that our youth.

And now
that the navigation promises to be a long one and nothing
would seem as if we had not died,
naked body, tell me,
what do you know of me that you look at me so
on the erased dark shore of this sea.

(José Ángel)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

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DES CHEVAUX DE CORAIL (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



Des chevaux de corail effondrés sur la mer,
Et cette musique insolite
Charmant un arc-en-ciel que le rêve suscite,
Traduisent ton orgueil amer.

Es-tu l’écorché vif, l’ange chu de l’échelle
De Jacob, après le combat ?
Ta force s’est réduite à cette aile qui bat,
Et t’appartient ce sang qui gèle.

Grande comme un soleil une nocturne main,
Encense la rue où tu passes,
Et, sous ses doigts pourtant si bleus, les maisons lasses
Ferment leur coeur, et ton chemin.

(Jules Tordjman)

Illustration: Marcio Melo

 

 

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COEUR (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018




    
COEUR

Il ne sait pas mon nom
Ce coeur dont je suis l’hôte,
Il ne sait rien de moi
Que des régions sauvages.
Hauts plateaux faits de sang,
Épaisseurs interdites,
Comment vous conquérir
Sans vous donner la mort?
Comment vous remonter,
Rivières de ma nuit
Retournant à vos sources
Rivières sans poissons
Mais brillantes et douces.
Je tourne autour de vous
Et ne puis aborder,
Bruits de plages lointaines,
O courants de ma terre
Vous me chassez au large
Et pourtant je suis vous,
Et je suis vous aussi
Mes violents rivages,
Écumes de ma vie.

Beau visage de femme,
Corps entouré d’espace,
Comment avez-vous fait,
Allant de place en place,
Pour entrer dans cette lie
Où je n’ai pas d’accès
Et qui m’est chaque jour
Plus sourde et insolite,
Pour y poser le pied
Comme en votre demeure,
Pour avancer la main
Comprenant que c’est l’heure
De prendre un livre ou bien
De fermer la croisée.
Vous allez, vous venez,
Vous prenez votre temps
Comme si vous suivaient
Seuls les yeux d’un enfant.

Sous la voûte charnelle
Mon coeur qui se croit seul
S’agite prisonnier
Pour sortir de sa cage.
Si je pouvais un jour
Lui dire sans langage
Que je forme le cercle
Tout autour de sa vie!
Par mes yeux bien ouverts
Faire descendre en lui
La surface du monde
Et tout ce qui dépasse,
Les vagues et les deux,
Les tetes et les yeux!
Ne saurais-je du moins
L’éclairer à demi
D’une mince bougie
Et lui montrer dans l’ombre
Celle qui vit en lui
Sans s’étonner jamais.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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POETE JE REVE POUR VOUS (Jean-Pierre Vallotton)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



Je me vois déjà,
en quelque siècle à venir,
pauvre baladin rescapé,
d’un temps de catastrophes,
ayant pignon sur rue,
parmi les flots bruyants de machines inhumaines –
et l’enseigne de ma petite échoppe,
comprimée tristement entre deux buildings
et fréquentée par quelques rares nostalgiques,
annonçant en lettres bleues
ces mots insolites, frondeurs :

POETE
JE REVE POUR VOUS

(Jean-Pierre Vallotton)

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Coïncidences (Marcel Lecomte)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2016



Il arrive que nous ayons l’occasion d’observer dans la vie quotidienne
des coïncidences plus ou moins touchantes.
Un esprit qui s’en tient à une vue réaliste du monde,
et qui sait observer attentivement, peut en déceler qui valent d’être retenues.
[…]
Tel esprit pensera encore ceci, à savoir que le plus remarquable de tout cela
est que notre vie puisse être effectivement soumise
à de telles coïncidences ou à de tels faits insolites.

(Marcel Lecomte)
Illustration: ArbreaPhotos

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D’insolites marées (Emmanuel Dall’aglio)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2016



D’insolites marées
nous découvrent.

(Emmanuel Dall’aglio)

Illustration: Alex Alemany

 

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Je suis parfois cet homme (Stanislas Rodanski)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2016



Je suis parfois cet homme

Je suis seul
Et j’aime la nuit d’être moi
Les lointains de mes sens
Ont une saveur d’aube ignorée des dieux

Au bout de mes bras
J’ai deux mains ouvertes
Au bout de l’inquiétude d’être au monde
J’ai la certitude d’être au regard des amis

Savez-vous bien ?
Nous sommes à fleur d’eau
À bout de bras levés sur notre aide
La main haute le visage ouvert l’oeil sec
Nous bâtissons une plage mouvante
Sur l’écume silencieuse de la marée humaine

Il y a aussi ces petits bars troublants
Et le songe cultivé de fil en aiguille
Il y a ces petites jeunes filles
Et ces grands yeux de larmes ouverts sur nos secrets
Il y a nos habitudes insolites
Et ce langage facile à parler juste

Et il y a surtout le hasard docile à réveiller
Des merveilles familières.

(Stanislas Rodanski)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 

 

 

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