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Quel fut l’instant de cette source entière? (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



 

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La lumière a un âge.
La nuit n’en a pas.
Mais quel fut l’instant de cette source entière?

(René Char)

 

 

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L’lNTIME ABSOLU (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019



    
L’lNTIME ABSOLU
Antaratama

L’objet de mon désir que je poursuivais
divaguant
n’était que peu de chose.
J’arpentais le désert —
ce qu’y cherchait mon coeur altéré
n’était ni or ni diamant,
rien qu’un peu d’eau au creux des mains
rien qu’une ombre sous les palmes d’une source
pour un instant.
Ce rien réconcilie la mort et la vie,
ce rien délasse la fatigue du chemin.

Au marché où l’air n’est que bruit
et poussière
entendre quelques notes d’un chant
est entre tout rarissime et pourtant
ce n’est que peu de chose.

C’est comme une averse éphémère
au passage imprévu d’un nuage
qu’attend la terre aride
en fin de baishakha brûlant,
comme une douce main qui réveille
d’un cauchemar suffocant.

C’est si peu de chose et pourtant
que son manque m’accable
et mon coeur inconsolable
le recherche éperdument.

Il était d’impossibles rêves
que je poursuivis et fis miens
mais que je désertai
en passant.

Le trésor qu’on ne sent que sourdre
dans ses veines,
qui fait la trame des songes,
qui siège au coeur du mouvement,
qui ne laisse d’épigraphe
ni de gloire ni de mémoire
sur écriteau de pierre ;

dans l’étoile du soir de phâlguna
s’inscrit son histoire,
son langage seule ma flûte le connaît —
ce don au tréfonds de ma vie fusionné
qui fut au-delà de mon espérance,
pour qui je ne bâtis aucune maison,
qui hors pesanteur reste dérobé à la vision,

c’est sa douleur qui emplit
mon être tout entier
c’est sa nostalgie
qui fait mon univers.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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ORAISON (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2019




    
ORAISON
Dhyâna

Hier je suis revenu sans vous dire mot.

J’ai mis fin pour toujours
au duel entre espoir et désolation,
aux griefs accablants des envies excédées.

Au sombre ciel d’absence il fait soir.
Je vous contemple
vous tiens dans l’infini
dans l’absolu.

Le cours du monde n’est plus,
ni soleil ni lune
ni astre ni planète aucune ;
l’air se tient coi, nul tracé d’arbres
à l’horizon ne se dessine.

Point de gens ni de chuchotements,
le bruit des pas du temps aboli
arrêté l’instant inachevé
dont je ne compte pas les fragments.

N’est plus ni jour ni obscurité —
ni moi ni attache vous liant à moi.
Il n’y a ni plaisir ni peine ni crainte,
tout désir se trouve éteint —
une quiétude se sent
dans le silence du ciel.

Tout est en vous recueilli,
en vous solitaire —
dans mon esprit sans moi ne se profile
que l’intime vision de vous.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’écrin vert
Traduction: Saraju Gita Banerjee
Editions: Gallimard

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Cogito III (Jean Lescure)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



Cogito III

Les jeunes pousses que j’oppose
par mes travaux à la poussière
un seul instant qu’elles soient fières
de connaître la mort des roses.

(Jean Lescure)


Illustration

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AUXILIAIRES (René Char)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



AUXILIAIRES

Ceux qu’il faut attacher sur terre
Pour satisfaire la beauté,
Familiers autant qu’inconnus,
A l’image de la tempête,
Qu’attendent-ils les uns des autres?
Un nuage soudain les chasse.
Il suffit qu’ils aient existé
Au même instant qu’une mouette.

(René Char)

Illustration

 

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L’infini microcosme (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



    

L’infini microcosme

Nuit et jour infinis dans une effusion du Temps,
Un seul aperçu au milieu,
Une soirée agréable, un courant d’air,
L’ivresse d’union entre obscurité tamisée et lumière :
Juste à son coeur un jasmin simple et minuscule
Un soupçon de parfum avec une goutte de sourire
A peine accessibles ses toutes petites lèvres
Continue à s’épanouir dans la joie
Avant même sa chute dans la joie.
Au fond de cet aperçu l’Infini tout entier
Devient jasmin en lisière d’une forêt.
L’Infini se manifeste au coeur de l’instant.
Au passage du temps se détache la fleur,
L’Infini rentre en lui-même.

***

Infinity, Miniscule

Infinite day and night in an effusion of Time,
Only one glimpse in its midst,
A lovely evening, a breeze,
The drunkenness of union between soft darkness and light:
Right at its core merely a tiny jasmine,
A shade of perfume with a drop of smile
Hardly approachable its tiny lips
Keeps on blossoming out of its joy
Before it falls even out of its joy.
Entire Infinity within that glimpse
Becomes a jasmine by the side of a forest.
Infinity manifests at the heart of the moment.
With the passing of the moment falls the flower,
Infinity returns within itself.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Méditation (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



Illustration
    
Méditation

A chaque instant, toute ma pensée
Te célèbre,
Dans la solitude par-delà le monde,
Je Te fais fête,
Tu es là, m’ayant dépouillé de
ma vie, de ma mort.

Je ne trouve guère Tes rives
De même que je ne trouve rien de pareil
À cet amour que je porte en moi-même.
Tel le soleil parvenu au zénith,
Tout l’élan de mon coeur
Semblable à un oeil figé pour un instant
S’arrête en contemplation.

Regard insondable, immense, sans passions,
Ne connaît nulle limite :
Tu es pareil au ciel généreux,
Je ressemble à cet océan sans borne,
Où vient déferler parmi nous deux
La pleine lune béatifique.

De jour, de nuit, Tu es pacifique,
Tandis que je suis agité sans cesse,
Inassouvi, vagabond :
Plus je contemple, à chaque horizon,
Toi et moi, ne faisons qu’un.

***

Meditation

Ceaselessly with all my heart
I remember You,
In the solitude beyond the world
I accost You,
Having robbed me of my life and death
You are there.

I find you shoreless,
My love, too, is matchless
That I carry within myself.
My whole heart
Like the sun at the peak of rising
Keeps on gazing like an eye
Momentarily dead.

Unfathomable, endless, a vagabond vision
Admits no barrier.
As if you were this generous sky,
As if I were this shoreless ocean,
In the midst of it rejoices the moonbeam of joy.

You are ever serene night and day,
Restless I am relentless,
Agitated, irresistible :
As far as I perceive from ho rizon to horizon,
You and I are one.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Le poème c’est l’instant de ta présence (Alirezâ Rôshan)7

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2019



 

Toshiyuki Enoki  x740u03458

le poème c’est l’instant de ta présence
lorsque tu pars
il s’écrit

(Alirezâ Rôshan)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Toshiyuki Enoki

 

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Loin de moi cet amour (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



Illustration
    
Loin de moi cet amour qui ne connaît point de mesure;
car, pareil au vin écumant qui a rompu ses vaisseaux,
il court à sa perte en un instant.

Envoie-moi l’amour, frais et pur comme la pluie,
qui bénit la terre altérée et remplit les jarres d’argile de la maison.

Envoie-moi l’amour qui voudrait s’abîmer jusqu’au fond de l’être,
et de là jaillir en une sève invisible, à travers les branches de l’arbre de vie,
donnant le jour aux fruits et aux fleurs.

Envoie-moi l’amour
qui retient le coeur
dans une plénitude de paix.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: La corbeille de fruits
Traduction: Hélène du Pasquier
Editions: Gallimard

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À TU ET À TOI (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




Illustration: Josephine Wall
    
À TU ET À TOI

Toi qui n’es rien ni personne
toi
je t’appelle sans te nommer
car tu n’es pas le dieu
ni le masque scellé sur les choses,
mais les choses elles-mêmes
et davantage encore : leur cendre, leur fumée.

Toi
qui es tout,
qui n’es plus, qui n’es pas :
peut-être seulement
l’ombre de l’homme
qui grandit sur la paroi de la montagne
le soir.

Toi qui te dérobes et fuis
d’arbre en arbre
sous le portique interminable
d’une aurore condamnée
d’avance.

Toi
que j’appelle en vain
au combat de la parole
à travers d’innombrables murmures
je tends l’oreille
et ne distingue rien.

Toi qui gardes le silence
toujours
et moi qui parle encore
avant de devenir sourd et aveugle
immobile muet
(ce qui est dit : la mort),
Je vais hors de moi-même en tâtonnant
cherchant ce qui peut me répondre,
«toi »,
peut-être simplement
le souffle de ma bouche
formant ce mot.

Toi
je te connais je te redoute
tu es la pierre et l’asphalte
les arbres menacés
les bêtes condamnées
les hommes torturés.

Tu
es le jour et la nuit
le grondement d’avions invisibles
pluie et brume
les cités satellites
perspectives démentes
les gazomètres les tas d’ordures
les ruines les cimetières
les solitudes glacées je ne sais où.

Tu
grognes dans les rumeurs épaisses
des autos des camions des gares
dans le hurlement des sirènes
l’alerte du travail
les bombes pour les familles.

Tu
es un amas de couleurs
où le rouge se perd devient grisaille
tu es le monceau des instants
accumulés dans l’innommable,
la boue et la poussière,
Tu ne ressembles à personne
mais tout compose ta figure.

Tout :
le piétinement des armées
la masse immense de la douleur
tout ce qui pour naître et renaître
s’accouple à l’agonie,
même les prés délicieux
les forêts frissonnantes
la folie du soleil l’éphémère clarté
le roulement du tonnerre les torrents.
tout
cela ne fait qu’un seul être
qui m’engloutit : je vais du même pas
que les fourmis sur le sable.

Toi
je te vois je t’entends
je souffre de ton poids sur rues épaules
tu es tout : le visible.
l’invisible.
connaissance inconnue
et sans nom.
Faut-il parler aux murs ?
Aux vivants qui n’écoutent pas
A qui m’adresserai-je
sinon à un sourd
comme moi ?

Tu
es ce que je sais,
que j’ai su et oublié,
que je connais pourtant mieux que moi-même,
de ce côté où je cherche la voie
le vide où tout recommence.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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