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Poésie

Posts Tagged ‘instantané’

L’école des Beaux-Arts (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017



Dans une boîte de paille tressée
Le père choisit une petite boule de papier
Et il la jette
Dans la cuvette
Devant ses enfants intrigués
Surgit alors
Multicolore
La grande fleur japonaise
Le nénuphar instantané
Et les enfants se taisent
Emerveillés
Jamais plus tard dans leur souvenir
Cette fleur ne pourra se faner
Cette fleur subite
Faite pour eux
A la minute
Devant eux.

(Jacques Prévert)

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Instantané (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2016




Instantané

Un ciel bleuté comme du lait.

Une voix de même couleur sur la terre.

Dans la ville aux maisons de chaux
une femme chante parmi les siestes.

Au-dessus d’elle pend un chapelet de bombes
arrêté pour toujours dans notre regard.

Pour toujours
à sa rencontre
s’élève cette voix qui s’arrêtera dans une seconde
parmi les figues caillées du sang.

(Marie-Claire Bancquart)

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DEUX CHOSES QUI SONT PEUT-ÊTRE UNE (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2016



DEUX CHOSES QUI SONT PEUT-ÊTRE UNE

Premièrement, la manière dont nous lisons un visage.
La reconnaissance presque instantanée, d’une partition.
Pas seulement les traits, mais leur configuration soudaine
de lumière et d’ombre, de mouvement et d’immobilité.
La marionnette de l’identité articulée par les fils de la mémoire.
Une lecture ardente qui court pour ne pas tomber.
Qui peuple de présences un vide.

Et deuxièmement, l’écriture d’un poème.
Ici il s’agit de sortir des présences de la blancheur
pour faire chanter les espaces, les saturer de sens et de couleurs.
Et au lieu d’une course il y a un ralenti, un étalement
jusqu’aux limites de l’évidence.
Une lecture comme à rebours.

Mais n’est-ce pas toujours le même livre, celui des rêves,
où nous créons au fur et à mesure notre lecture, le vrai imaginaire ?

(Heather Dohollau)

Illustration: Octavio Ocampo

 

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Fleur d’étranger (Bernard Flucha)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2015




Fleur d’étranger

J’habite le village en lacets de ma mémoire
les rideaux tirés sur mes fenêtres
l’antre melliflue d’un corps à portée d’odeur profonde

J’habite la levée d’un voile
qu’une main buissonnière me tend au-delà de ses ponts

J’habite le coeur au vagabond de quelques traits humides
le reflet alizé d’un souffle de bitume
une arche
un instantané de porte

J’habite une photographie du puzzle de mes saisons
une étoile rouge nimbée de rais et de lumière naine
une embrasure de feu

J’habite un instant de pluie

J’habite le village enlacé de ta mémoire

(Bernard Flucha)

Poète découvert chez Lara ici


Illustration: René Magritte

 

 

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INSTANTANÉ CÉLESTE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2015



Grande Ourse

INSTANTANÉ CÉLESTE

Un train d’étoiles déraille
Sur ses parallaxes d’or

Et les étoiles s’égaillent
Dans le ciel où vont les morts :

L’une tombe, l’autre blesse
Les chevaux de Diomède.

Il n’y a que la Grande Ourse
Qui bougonne dans son coin.

Et le ciel est plein de foin !
Le train se fige en sa course

(Maurice Fombeure)

 

 

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INTERVALLE (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2015




INTERVALLE

Architectures instantanées
sur une pause suspendues,
apparitions non appelées
ni pensées, formes de vent,
insubstantielles comme du temps
et comme du temps dissipées.

Faites de temps, elles ne sont pas le temps;
elles sont la fente, l’interstice,
le vertige bref du entre
où s’ouvre la fleur diaphane :
haute sur la tige d’un reflet
elle s’évanouit pendant qu’elle tourne.

Jamais touchées, clartés
vues avec les yeux fermés :
la naissance transparente
et la chute cristalline
dans cet instant de cet instant,
interminable encore.

Derrière la fenêtre : terrasses
désolées et nuages rapides.
Le jour s’éteint, la ville
s’allume, proche et lointaine.
Heure sans poids. Je respire
l’instant vide, éternel.

(Octavio Paz)

 

 

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