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Mais tourne le dos, ma pensée ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019



 

Mais tourne le dos, ma pensée !
Viens ; les bois sont d’aube empourprés ;
Sois de la fête ; la rosée
T’a promise à la fleur des prés.

Quitte Paris pour la feuillée.
Une haleine heureuse est dans l’air ;
La vaste joie est réveillée ;
Quelqu’un rit dans le grand ciel clair.

Viens sous l’arbre aux voix étouffées,
Viens dans les taillis pleins d’amour
Où la nuit vont danser les fées
Et les paysannes le jour.

Viens, on t’attend dans la nature.
Les martinets sont revenus ;
L’eau veut te conter l’aventure
Des bas ôtés et des pieds nus.

C’est la grande orgie ingénue
Des nids, des ruisseaux, des forêts,
Des rochers, des fleurs, de la nue ;
La rose a dit que tu viendrais.

Quitte Paris. La plaine est verte ;
Le ciel, cherché des yeux en pleurs,
Au bord de sa fenêtre ouverte
Met avril, ce vase de fleurs.

L’aube a voulu, l’aube superbe,
Que pour toi le champ s’animât.
L’insecte est au bout du brin d’herbe
Comme un matelot au grand mât.

Que t’importe Fouché de Nantes
Et le prince de Bénévent !
Les belles mouches bourdonnantes
Emplissent l’azur et le vent.

Je ne comprends plus tes murmures
Et je me déclare content
Puisque voilà les fraises mûres
Et que l’iris sort de l’étang.

***

Fuyons avec celle que j’aime.
Paris trouble l’amour. Fuyons.
Perdons-nous dans l’oubli suprême
Des feuillages et des rayons.

Les bois sont sacrés ; sur leurs cimes
Resplendit le joyeux été ;
Et les forêts sont des abîmes
D’allégresse et de liberté.

Toujours les coeurs les plus moroses
Et les cerveaux les plus boudeurs
Ont vu le bon côté des choses
S’éclairer dans les profondeurs.

Tout reluit ; le matin rougeoie ;
L’eau brille ; on court dans le ravin ;
La gaieté monte sur la joie
Comme la mousse sur le vin.

La tendresse sort des corolles ;
Le rosier a l’air d’un amant.
Comme on éclate en choses folles,
Et comme on parle innocemment !

O fraîcheur du rire ! ombre pure !
Mystérieux apaisement !
Dans l’immense lueur obscure
On s’emplit d’éblouissement.

Adieu les vains soucis funèbres !
On ne se souvient que du beau.
Si toute la vie est ténèbres,
Toute la nature est flambeau.

Qu’ailleurs la bassesse soit grande,
Que l’homme soit vil et bourbeux,
J’en souris, pourvu que j’entende
Une clochette au cou des boeufs.

ll est bien certain que les sources,
Les arbres pleins de doux ébats,
Les champs, sont les seules ressources
Que l’âme humaine ait ici-bas.

O solitude, tu m’accueilles
Et tu m’instruis sous le ciel bleu ;
Un petit oiseau sous les feuilles,
Chantant, suffit à prouver Dieu.

(Victor Hugo)

Illustration: Chantal Dufour

 

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Paresseux morose (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Paresseux morose
j’ai laissé passer
l’étoile et la rose
sans les regarder.

L’école des jours
instruit ses enfants :
« aimons-nous toujours,
mentons-nous souvent,

qui naît doit grandir
dans la déraison,
au mal du désir
pas de guérison ».

— Comprendre m’ennuie,
ces ruses, ces traits !
Le jeu de la vie
me trouve distrait.

A telle sagesse
je n’ai point de part,
je prends, je délaisse
au gré du hasard.

Derrière le voile
des métamorphoses
est-il une étoile,
est-il une rose?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dansemuse (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019


muse.

Il s’en faut d’une parole
Qu’elle ait l’âme comme avant
Elle court où les jours volent
Elle est née avec le vent

Ses lèvres chantent pour elle
Tous les oiseaux du couchant
Brûlent ensemble leurs ailes
A ce qui luit dans ses chants

Les heures suivent son ombre
Elle les voit dans les fleurs
Ne devinant qu’à leur nombre
Qu’elle était tout dans leur coeur

Elle est grise et se dit folle
Et danse à fermer les yeux
Un coeur bat dans ses paroles
Nul ne sait où sont ces cieux

Comme un astre dans ses branches
Sa candeur étreint les soirs
Dont elle est la rose blanche
Il faut l’aimer pour la voir

Une larme la ramène
A la lumière des jours
Où l’homme instruit de ses peines
L’enfant qu’elle est pour toujours

Et dans le vent qui chemine
C’est la nuit blanche des pleurs
Dont la lumière orpheline
A vu le jour dans le coeur

(Joë Bousquet)

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Je ne sais pas danser sur mes Orteils (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2018



Je ne sais pas danser sur mes Orteils —
Nul Homme ne m’a instruite —
Mais maintes fois, en pensée,
Une Jubilation me saisit,

Qui si j’étais Experte en Ballet —
Se traduirait en Cabriole
À faire pâlir une Troupe —
Ou rendre une Étoile, folle,

Et sans avoir de Robe de Tulle —
Ni de Frisottis, sur la Tête,
Ni sautiller pour des Publics — comme un Oiseau —
Une Griffe en l’Air —

Ni lancer mon corps en Boules d’Eider,
Ni rouler sur des roues de neige
Avant d’être hors de vue, dans le son,
Tant la Salle m’acclame —

Ni que l’on sache que je sais l’Art
Dont je parle — à l’aise — Ici —
Ni qu’aucune Affiche ne me vante —
C’est plein comme l’Opéra —

***

I cannot dance opon my Toes —
No Man instructed me —
But oftentimes, among my mind,
A Glee possesseth me,

That had I Ballet Knowledge —
Would put itself abroad
In Pirouette to blanch a Troupe —
Or lay a Prima, mad,

And though I had no Gown of Gauze —
No Ringlet, to my Hair,
Nor hopped for Audiences — like Birds —
One Claw opon the air —

Nor tossed my shape in Eider Balls,
Nor rolled on wheels of snow
Till I was out ofsight, in sound,
The House encore me so —

Nor any know I know the Art
I mention — easy — Here —
Nor any Placard boast me —
It’s full as Opera —

(Emily Dickinson)


Illustration: Edgar Degas

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Tant de coeurs ensevelis (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




Tant de coeurs ensevelis
M’instruisent quand je parle
De ce long pèlerinage
Que l’âme doit cheminer,
Les pieds sanglants,
Elle qui follement perdit celui
Qu’avec sagesse amère elle doit alors chercher.

***

How many buried hearts
Instruct me when I speak
Of that long pilgrimage
The soul must walk
On bleeding feet
Who has in folly lost
One whom in bitter after-wisdom she must seek.

(Kathleen Raine)

Illustration: Brandon Olterman

 

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Mélusine instruisant ses fils (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2018



Illustration
    
Mélusine instruisant ses fils

Quand on joue avec le feu
il est très important
d’être gracieux

Si les arts prennent du temps
seul celui-ci, Messieurs
d’emblée s’entend

Il n’est pas d’atermoiements
Dansez avec le feu
Riez gaiement

Il n’est ni Moins bien ni Mieux
le mot Parfaitement
Régne en ce lieu

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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La leçon de choses (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2017




La leçon de choses

Venez, poussins,
Asseyez-vous
Je vais vous instruire sur l’œuf
Dont tous vous venez, poussins.

L’œuf est rond
Mais pas tout à fait
Il serait plutôt ovoïde
Avec une carapace
Et vous en venez tous, poussins

Il est blanc
Pour votre race
Crème ou même orangé
Avec parfois collé
Un brin de paille
Mais ça,
C’est un supplément

A l’intérieur, il y a

Mais pour y voir
Faut le casser
Et alors d’où – vous poussins – sortiriez ?

(Raymond Queneau)

 

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N’as-tu pas entendu (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2017



N’as-tu pas entendu les accords de la mystérieuse musique ?
Au milieu de la chambre
la harpe de joie est gentiment et doucement jouée.
À quoi bon sortir pour l’entendre ?

Si tu n’as pas goûté le nectar de l’Unique Amour,
à quoi te servirait-il de t’être purifié de toute souillure ?

Le Kazi cherche le sens des versets du Coran et instruit les hommes;
mais si son coeur n’est pas plongé dans l’amour divin,
à quoi lui servira-t-il d’être un maître ?

Le Yogi teint de rouge ses vêtements ;
mais, s’il ne connaît pas la couleur de l’amour,
à quoi lui servira celle de ses vêtements ?

Kabîr dit : « Que je sois dans le temple ou sur le balcon de ma demeure,
dans un camp ou dans un jardin de fleurs, je vous dis en vérité
qu’à tout moment mon Seigneur prend ses délices en moi. »

(Kabîr)

 Illustration: Albena Vatcheva

 

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