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Poésie

Posts Tagged ‘insulter’

Un siècle (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Un siècle, j’attendrais la seconde où nos corps
Insulteront le ciel de leurs soifs confondues.
Si j’épuise une vie à guetter ta venue,
L’espace d’un baiser me donnera la mort.

(François Mauriac)

 

 

 

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SOUVENT J’OUBLIAIS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2019




    
SOUVENT J’OUBLIAIS

Souvent j’oubliais le sens des actes les plus simples.

Par exemple, devant l’employé du métro qui poinçonne les billets :
« Bonjour! ça va? » disais-je en lui tendant la main et en soulevant mon chapeau.
Mais l’autre hausse les épaules : « Vous fichez pas du monde! Vot’ billet! »

Un soir, rentrant chez moi, j’ai comme un vague souvenir
qu’il me faut crier quelque chose dans l’allée de l’immeuble.
Mais quoi? Misère, je ne le sais plus, je l’ai oublié.
Je murmure d’abord « Bonne nuit! » puis, élevant peu à peu la voix :
« L’addition!… Un hareng de la Baltique, un!… Les jeux sont faits!… Waterloo!… Vade retro… »
La concierge, furieuse, se lève en papillotes et m’insulte.

Je prends congé de mes amis Z… qui habitent au septième étage, sans ascenseur.
On m’accompagne sur le seuil de l’appartement.
Soudain, apercevant l’escalier, je suis pris de panique et pense, dans un éclair :
« C’est quelque chose qui sert à monter, non à descendre! » je ne vois plus les marches,
mais l’espace vertical qu’elles découpent de haut en bas :
une falaise abrupte, une faille, un précipice affreux!

Affolé, étourdi par le vertige, je crie : « Non! Non! Retenez-moi! »
Je supplie mes amis de me garder chez eux pour la nuit. En vain.
Pas de pitié : on me pousse, en plaisantant, vers l’abîme.
Mais moi, hurlant comme un homme qu’on assassine, je résiste,
je m’arc-boute, — finalement je cède, perds l’équilibre,
manque la première marche, tombe et me casse une jambe.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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SUR MON LIT DE MALADE (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




SUR MON LIT DE MALADE

Dans la pure lumière de l’aube qui point
je vis l’Univers ceint de la Couronne de Paix.
De leur tête inclinée les arbres lui donnaient leur bénédiction.
Solidement établie au coeur de l’Univers, la Paix
se garde elle-même à travers les luttes et la douleur au long des âges.
Dans ce monde tourmenté, elle se manifeste chaque jour, à l’aube et au crépuscule.

O Poète, héraut du Bien,
tu as sûrement reçu son invitation.
Si, ignorant son appel,
tu deviens le porte-parole du désespoir,
l’émissaire de la difformité,
si tu joues faux sur une harpe cassée,
défigurant l’éternelle vérité de l’Univers,
alors pourquoi as-tu été mis au monde ?
Dans les rizières pourquoi laisse-t-on les chardons prospérer,
pour insulter la faim de l’Homme ?

Si le malade considère la maladie comme l’ultime vérité,
mieux vaut mourir en silence.
Le poète dans l’Homme devrait-il ne devenir qu’objet de disgrâce
en suivant les sentiers d’une imagination sans pudeur,
et mettant un masque éhonté
devrait-il ternir l’éclat de la figure humaine ?

(Rabindranath Tagore)

Illustration: Alex Alemany

 

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LA COLOMBE POIGNARDEE (Jules Lefèvre-Deumier)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018



 

colombe poignardée

LA COLOMBE POIGNARDEE

Il existe un oiseau, dont le pâle plumage,
Des forêts du tropique étonne la gaieté ;
Seul sur son arbre en deuil, les pleurs de son ramage
Font gémir de la nuit le silence attristé.

Le chœur ailé des airs, loin de lui rendre hommage,
Insulte, en le fuyant, à sa fatalité ;
Lui-même se fuirait, en voyant son image
Poignardé de naissance, il naît ensanglanté.

Et le poète aussi, merveilleuse victime,
Qui mêle de son sang dans tout ce qu’il anime,
Arrive dans ce monde, un glaive dans le cœur ;

Et l’on n’a point encore inventé de baptême,
Qui puisse en effacer le stigmate vainqueur :
Cette tache de mort, c’est son âme elle-même.

(Jules Lefèvre-Deumier)

Illustration

 

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Amour caché (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration
    
Amour caché

Comme le tumulte gris sur la mer élève
Un long panache d’écume, merveille
Multiforme de l’eau, qui déjà sur le rivage
Se brise et déjà l’écume nouvelle approche;

Comme les champs s’éveillent au printemps
Éternellement, fidèles sous le sombre
Voilage des nuées, et au soleil froid
Couvrent d’asphodèles la prairie;

Comme le génie sait naître en des corps distincts,
Formes qui se doivent d’attiser l’antique gloire
De son feu, alors que l’humaine scorie
Songe et brûle dans la flamme pour enfin se défaire,

C’est ainsi que toujours tel l’eau, la fleur, la flamme
Tu retournes vers l’ombre, force occulte
De l’autre amour. Le bas-monde t’insulte.
Mais la vie est à toi : jaillis et aime.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Peut-on insulter une fleur ? (Carolyn Carlson)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2017




    
Peut-on insulter une fleur ?
Peut-on ridiculiser une pierre ?
Peut-on calomnier l’herbe ?
Peut-on juger un homme ?

(Carolyn Carlson)

 

Recueil: brins d’herbe
Traduction: Jean-Pierre Siméon
Editions: Actes Sud

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LE CITADIN AUX CHAMPS (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    
LE CITADIN AUX CHAMPS

Abuser du temps qui passe
soustraire l’air d’une souris
piocher dans le beurre en motte
atteindre l’eau d’un coup de scie
piétiner l’or de la crotte
étreindre le blé sans épis
insulter mouche qui trotte
sermonner les pous des brebis
abuser du temps qui passe
voilà tout ce qu’à la campagne
fait le monsieur de Paris

(Raymond Queneau)

 

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Rien ne t’accueille (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration
    
Rien ne t’accueille sur la rive
Qu’un silence humide
Mendiant
Tu ne sais plus à quoi tendre
Ces mains qui hèlent
Ta voix se noue

Parler insulte
Quand tout se tait

Les choses là devant
Ne parlent pas
Ni même l’eau qu’on entend
Ruisseler dans la terre noire
Sous les feuilles
Ni même penchées sur elle
Les bêtes aux yeux fauves

Sans le voir
Elles regardent onduler
Sous cette peau si douce
L’autre visage qu’elles ignorent
Et le ciel tout au fond

Quelques herbes vacillent
Dans le courant
Et si seules
Les fraîches
Et rétives
Dès que ta main les effleure

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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Tambours de fumées (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2017




    
Tambours de fumées, foudre de soupirs.
On avale toujours la boule aux mille pointes de souffrances.

Quand cela finira t-il?

L’ondée tant attendue, l’ondée d’infini,
qui apaisera l’âme, on n’oserait en parler,
il y a des zones si on en parlait, on serait insulté,
attaqué de toutes parts par les désespérées.

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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La bastringue (La Bolduc)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017




    
La bastringue
Messieur, messieur je voudrais danser
Oh la bastringue, pis la bastringue
Messieur, messieur je voudrais danser
La bastringue dans vot’ café

Venez, venez j’vais vous faire danser
La bastringue, pis la bastringue
Venez, venez j’vais vous faire danser
La queue d’votre robe va r’voler

Avec toué je veux pas danser
Ah la bastringue pis la bastringue
Avec toué je veux pas danser
Tu es bien trop excité

Mais dis-moi donc t’es pas gênée
La bastringue, la bastringue
Mais dis-moi donc t’es pas gênée
V’nir m’insulter dans une veillée

T’as pas besoin de te fâcher
Ah la bastringue, pis la bastringue
T’as pas besoin de te fâcher
J’ai faite ça c’est pour t’étriver

Me voilà donc le coeur brisé
La bastringue, et pis la bastringue
Me voilà donc le coeur brisé
D’la peine que tu m’as donnée

Viens dans mes bras mon cher André
Ah la bastringue, pis la bastringue
Viens dans mes bras mon cher André
Viens donc je vas t’embrasser

T’as donc un beau bec sucré
La bastringue, la bastringue
T’as donc un beau bec sucré
Je suis prêt à r’commencer

(La Bolduc)

 

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