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Posts Tagged ‘intelligence’

Le but de l’instruction (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2019



    
Le but de l’instruction est la fin de l’instruction, c’est-à-dire l’invention.
L’invention est le seul acte intellectuel vrai, la seule action d’intelligence.

Le reste ?
Copie, tricherie, reproduction, paresse, convention, bataille, sommeil.
Seule éveille la découverte.

L’invention seule prouve qu’on pense vraiment la chose qu’on pense,
quelle que soit la chose.

Je pense donc j’invente, j’invente donc je pense :
seule preuve qu’un savant travaille ou qu’un écrivain écrit.

(Michel Serres)

 

Recueil: Le Tiers-Instruit
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les yeux d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2019



 

Fernand Khnopff_tête-de-femme theswedishparrot.com

Les yeux d’Amaranthe

Beaux yeux que j’aime tant, hé quelle est votre essence,
Car l’on vous pense feux à mon embrasement,
Puis l’on vous juge cieux par votre mouvement,
Mais non, vous êtes Dieux selon votre puissance.

Ces yeux n’ont que des feux toujours en influence,
Comme s’ils n’étaient faits que de cet élément :
Mais ces yeux étant dieux, leur branlant règlement
N’a que leur volonté pour toute intelligence.

Feux germains et gémeaux qui me donnez le jour,
Tandis que vous luirez dedans le ciel d’amour,
En tout temps et tout lieu je veux cueillir la rose.

Et quoi que le Démon avec ses appareils,
De rage et de noirceur à mes beaux jours oppose,
Je ne crains point l’éclipse avecque deux soleils.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Fernand Khnopff

 

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OBSCURCISSEMENT (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2019



Illustration: Abanindranath Tagore   
    
OBSCURCISSEMENT

Une sombre appréhension servant de linceul
Enveloppe le monde,
En son centre demeure par-delà l’appréhension
Une ferme conviction.

Au milieu d’un orage de mots et la poussière de débats
L’ intelligence aveuglée tâtonne désespérément,
La conviction reste inébranlable, au fond,
Sans une ombre de peur.

Des centaines d’épreuves sur le chemin de la vie
Errent en un tourbillon,
Tandis qu’au centre règne la paix imperturbable
Sous l’ombre d’un arbre immortel.

Des flèches empoisonnées fusent sans relâche —
La censure, la perte, la mort et la séparation —
Éternelle, la Joie reste calme dans sa transe :
Elle ne connaît nulle destruction.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt dièse tantôt bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: La Différence

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Frère je dis ma prière (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019



Frère je dis ma prière
pour avoir l’égal derrière
recevant de ton courroux
le même nombre de coups
que je rends égalitaire.

Déchire la peau des mots
c’est le dedans qu’il nous faut
très juste inégalité :
fanfare et fraternité.

Ce n’est ici qu’un passage
on prend si vite de l’âge
fleurs égales inégales
pourquoi tant d’égalité ?

Très inégales naissances
vers les destins inégaux
inégale intelligence
des mieux doués à l’idiot
pour une mort très égale
on vient et l’on part tout nu
puisqu’ainsi Dieu l’a voulu.

(Georges Libbrecht)

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Le vallon (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Samsung

Le vallon

Mon coeur, lassé de tout, même de l’espérance,
N’ira plus de ses voeux importuner le sort ;
Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d’un jour pour attendre la mort.

Voici l’étroit sentier de l’obscure vallée :
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.

Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
Tracent en serpentant les contours du vallon ;
Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

La source de mes jours comme eux s’est écoulée ;
Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :
Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
N’aura pas réfléchi les clartés d’un beau jour.

La fraîcheur de leurs lits, l’ombre qui les couronne,
M’enchaînent tout le jour sur les bords des ruisseaux,
Comme un enfant bercé par un chant monotone,
Mon âme s’assoupit au murmure des eaux.

Ah ! c’est là qu’entouré d’un rempart de verdure,
D’un horizon borné qui suffit à mes yeux,
J’aime à fixer mes pas, et, seul dans la nature,
A n’entendre que l’onde, à ne voir que les cieux.

J’ai trop vu, trop senti, trop aimé dans ma vie ;
Je viens chercher vivant le calme du Léthé.
Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l’on oublie :
L’oubli seul désormais est ma félicité.

Mon coeur est en repos, mon âme est en silence ;
Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un son éloigné qu’affaiblit la distance,
A l’oreille incertaine apporté par le vent.

D’ici je vois la vie, à travers un nuage,
S’évanouir pour moi dans l’ombre du passé ;
L’amour seul est resté, comme une grande image
Survit seule au réveil dans un songe effacé.

Repose-toi, mon âme, en ce dernier asile,
Ainsi qu’un voyageur qui, le coeur plein d’espoir,
S’assied, avant d’entrer, aux portes de la ville,
Et respire un moment l’air embaumé du soir.

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière ;
L’homme par ce chemin ne repasse jamais ;
Comme lui, respirons au bout de la carrière
Ce calme avant-coureur de l’éternelle paix.

Tes jours, sombres et courts comme les jours d’automne,
Déclinent comme l’ombre au penchant des coteaux ;
L’amitié te trahit, la pitié t’abandonne,
Et seule, tu descends le sentier des tombeaux.

Mais la nature est là qui t’invite et qui t’aime ;
Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.

De lumière et d’ombrage elle t’entoure encore :
Détache ton amour des faux biens que tu perds ;
Adore ici l’écho qu’adorait Pythagore,
Prête avec lui l’oreille aux célestes concerts.

Suis le jour dans le ciel, suis l’ombre sur la terre ;
Dans les plaines de l’air vole avec l’aquilon ;
Avec le doux rayon de l’astre du mystère
Glisse à travers les bois dans l’ombre du vallon.

Dieu, pour le concevoir, a fait l’intelligence :
Sous la nature enfin découvre son auteur !
Une voix à l’esprit parle dans son silence :
Qui n’a pas entendu cette voix dans son coeur ?

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Maurice Gabriel Malézieux

 

 

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Nageurs (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018




    
Nageurs dans les eaux troubles
du néant, nous avons cherché la vie
au fond des océans.

Nous avons trouvé de l’intelligence aux bêtes
et cette intelligence nous a fait peur.
Presque autant que nos monologues intérieurs
et les idoles aux grands yeux vides.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps

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MON ORGUE DE BARBARIE (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2018



MON ORGUE DE BARBARIE

Table de mortalité
égalité inégale
égale inégalité
égalité des crotales
des épines et pétales
même nid pour les oiseaux
égalité des semences
égalité des robots
le temps également beau
pour les égales vacances.

Sur la Terre-Paradis
les casernes bien égales
à tous le même fusil
pour mourir la même balle
même solde et grade égal

toute femme générale
et tous les mâles aussi
mais qui va commander, qui,
les très égales batailles
pour une paix très égale ?
Frère je dis ma prière
pour avoir l’égal derrière
recevant de ton courroux
le même nombre de coups
que je rends égalitaire.

Déchire la peau des mots
c’est le dedans qu’il nous faut
très juste inégalité :
fanfare et fraternité.
Ce n’est ici qu’un passage
on prend si vite de l’âge
fleurs égales inégales
pourquoi tant d’égalité ?

Très inégales naissances
vers les destins inégaux
inégale intelligence
des mieux doués à l’idiot
pour une mort très égale
on vient et l’on part tout nu
puisqu’ainsi Dieu l’a voulu.

(Géo Libbrecht)

 

 

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La pensée profonde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2018



Illustration: Greg Spalenka
    
la pensée profonde
passe par le sens ancien de l’intelligence :
lire à l’intérieur des choses

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Tant de vie vécue (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



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Tant de vie vécue
pour cette seule flamme
tant de chemin parcouru
pour cet unique point —
l’intelligence tremble
à l’approche de l’être nu

***

So much life lived
for this one flame
so much travelling
for this one point—
theintelligence trembles
at the approach of naked being

(Kenneth White)

Illustration

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Le meilleur moment des amours (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



 

Le meilleur moment des amours
N’est pas quand on a dit : « Je t’aime. »
Il est dans le silence même
À demi rompu tous les jours ;

Il est dans les intelligences
Promptes et furtives des cœurs ;
Il est dans les feintes rigueurs
Et les secrètes indulgences ;

Il est dans le frisson du bras
Où se pose la main qui tremble,
Dans la page qu’on tourne ensemble
Et que pourtant on ne lit pas.

Heure unique où la bouche close
Par sa pudeur seule en dit tant ;
Où le cœur s’ouvre en éclatant
Tout bas, comme un bouton de rose ;

Où le parfum seul des cheveux
Parait une faveur conquise !
Heure de la tendresse exquise
Où les respects sont des aveux.

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Raymond Peynet

 

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