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Poésie

Posts Tagged ‘interdire’

MYSTÈRE DU MONDE (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Danilo Ricciardi
    
MYSTÈRE DU MONDE

Découvert – c’est couvert au-delà de soi,
Il n’est point de nudité,
La nudité est masquée,
Chaque nudité sous une peau se dissimule,
Sur chaque peau, la protégeant, naît une pellicule
Pour interdire au sauvage dehors
D’assaillir l’intérieur.
Pas un frôlement
Pas même un léger souffle,
Rien
Le rien lui-même est un danger.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LAISSE-MOI ME TAIRE (Hirsh Glik)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2019



Illustration: Françoise Salmon
    
LAISSE-MOI ME TAIRE

Laisse-moi, laisse-moi me taire,
Que cessent les mots.
Laisse-moi dire une prière
Tout bas, les yeux clos.
Nul ne peut, ni gardes en armes
Grille ou barbelés,
Nul ne peut interdire aux larmes
Tout bas de couler.

Pareils aux arbres de silence,
Vent, ne nous évite,
Mais qu’avec toi nos voeux s’élancent
Vers d’autres zéniths.
Va ton chemin, brise légère,
Va sans trop flâner
Pour porter à ma vieille mère
Mes tendres pensées.

Parmi les yeux de millions d’êtres,
Ceux de ma maman,
Tu sauras bien les reconnaître :
Ils sont différents.
Nul vent ne sèche la rosée
À ses yeux brûlants,
Elle pleure, martyrisée,
Son fils, dans un camp.

Va vite, vent, je lui envoie
Un signe d’amour,
Que ses yeux malades revoient
Son fils, de retour.
Et le vent murmure : est-ce un rire
Ou, secret, un pleur ?
De ma fin déjà, veut-il dire
Qu’ici sonne l’heure ?

Écoute encore, vent, écoute,
Au coeur un sanglot.
Mais le vent a fui sur la route
Et plus un écho.
Maintenant laisse-moi me taire,
Que cessent les mots.
Laisse-moi dire une prière,
Tout bas, les yeux clos.

(Hirsh Glik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les violettes (Yaba)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2019



Au-delà du mur
qui en interdit l’accès
voyez les violettes

(Yaba)

Illustration: Jean-Louis Dupuy

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LE MARCHEUR (Yves Martin)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



 

Eugeniusz Zak - Tutt'Art@ (3) [1280x768]

LE MARCHEUR
VOUS NE ME VOLEREZ PAS

Vous ne me volerez pas mon plaisir.
Vous pouvez m’interdire vos femmes, croiser vos filles,
M’abandonner comme une portée de chats,
Me faire payer des prix exorbitants vos zincs.

Vos douches ne me vendangeront pas.
Vous me masquerez l’écolière, l’odeur de myrrhe des pupitres,
Vous cacherez ses cahiers de peur que je les érige.
Vous voulez des murs nets.

Vous ne m’empêcherez pas de prendre de biais, la nuit,
De jouer avec vos chambres, de vouloir nerveux vos livres.
J’ouvre les fenêtres d’une maison que j’ai voulu déserte,
Dingue de chèvrefeuille, légère, vénéneuse comme un ange.

(Yves Martin)

Illustration: Eugeniusz Zak 

 

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LE FRÉMISSEMENT EST EN RETARD (Leonardi Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2019



    

LE FRÉMISSEMENT EST EN RETARD

Le frémissement de la chevelure dense
et fraîche devant la fenêtre
est en retard — le nuage
se déplace d’un millimètre —
il interdit à ces envols
de nous ombrager.
ta voix par ricochet.

***

RITARDA IL FREMITO

Ritarda il fremito della chioma
fitta e fresca davanti
alla finestra — la nuvola
si sposta di un millimetro
—vieta a questi volidi oscurarci.

(Leonardi Sinisgalli)

 

Recueil: Oubliettes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: Atelier La Feugraie

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La voix intérieure (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




    
La voix intérieure

ma voix intérieure
ne conseille rien
n’interdit rien

elle ne dit ni oui
ni non

elle est peu audible
presque inarticulée

même en se penchant très profond
on n’entend que des syllabes
dénuées de sens

j’essaie de ne pas l’étouffer
j’ai des égards pour elle

je feins de la tenir pour égale
de la prendre au sérieux

parfois même
j’essaie de lui parler
—tu sais hier j’ai refusé
je n’ai jamais fait cela
je ne vais pas commencer

—glou — glou
– alors tu crois
que j’ai bien fait

– gua – guo – gui

c’est bien qu on soit d’accord

– ma – a

– repose-toi maintenant
nous reparlerons demain

elle ne me sert à rien
je pourrais l’oublier

je n’ai pas d’espoir
un peu de peine
quand elle repose
enveloppée de pitié
respire avec effort
ouvre la bouche
tente de soulever
sa tête sans force

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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La mort (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018




    
Comment la mort me surprendrait-elle ?
Elle est mienne, n’est que mienne.
Je la nourris moi-même, en vivant.

*

Il ne devrait pas y avoir de mot pour la mort,
que nous ne connaissons pas, qui n’existe pas.

*

Ne pas dire après la mort.
La mort interdit tout après.
Fixer cet étrange ensuite.

*

Le mourant ne prolonge par sa route ailleurs.
C’est sa route même, et tout l’espace derrière lui,
qui, dans l’instant s’effondre.

*

Mort, on franchit l’obstacle en le devenant.
Absorbant – absorbé.

*

Mourir est difficile.
Et pourtant, tous y parviennent.

*

C’est la sortie de ce monde qui est arrachement, agonie.
L’entrée dans le néant
ne peut qu’être inapparente et douce.

(Roger Munier)

 

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SILENCE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Stéphane Pencréac’h
    
SILENCE

Il s’étale, effrayant: c’est la mer murmurante,
C’est un champ infini de toutes parts neigeux.
C’est la Mort déguisée attrapant mes cheveux,
Chagrine et qui fait peur. La Mort caracolante.

Je dépose à ses pieds mon âme pantelante.
Mon coeur bat-il encor? Je l’écoute, anxieux.
Musique monotone… et pourtant — justes cieux ! —
J’aime l’entendre vivre au sein de ma tourmente.

Je marche, dirait-on, sur un frêle terrain.
Quand le sol se défait sous mon pied incertain,
Je prétends résister comme fou qui s’éveille.

Puis je baisse la tête au comble de l’émoi.
Car la vase, déjà, vient boucher mon oreille.
Interdit, je me rends. Qu’adviendra-t-il de moi?

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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O musc parsemé (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018



Illustration: Alexandre Cabanel
    
O musc parsemé, soleil du matin,
rameau de saule, blanche gazelle du désert,
Je n’ai pas d’autre espoir que celui de te plaire,
et de tout autre espoir je m’interdis l’accès.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Il m’est interdit de m’arrêter (Jacques Dupin)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2018



Illustration: Alberto Giacometti
    
Il m’est interdit de m’arrêter pour voir. Comme si
j’étais condamné à voir en marchant. En parlant. À voir
ce dont je parle et à parler justement parce que je ne vois
pas. Donc à donner à voir ce que je ne vois pas, ce qu’il
m’est interdit de voir. Et que le langage en se déployant
heurte et découvre. La cécité signifie l’obligation d’in
verser les termes et de poser la marche, la parole, avant
le regard. Marcher dans la nuit, parler sous la rumeur,
pour que le rayon du jour naissant fuse et réplique à
mon pas, désigne la branche, et détache le fruit.

(Jacques Dupin)

 

Recueil: Le corps clairvoyant
Traduction:
Editions: Gallimard

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