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Poésie

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Oublier une lettre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
Oublier une lettre
en écrivant un mot,
c’est ouvrir une porte
où il n’y en avait pas.

Et même s’il est facile de la murer,
la place où il y avait une porte
ne sera plus jamais pareille
et une rafale de sens oublié
continuera à passer à l’intérieur du mot.

Une omission, l’erreur,
crée quelquefois une brèche
dans le mur déterminant
qui apprivoise le regard.

***

Olvidar una letra
al escribir un palabra
es abrir una puerta
donde no había ninguna.

Y aunque es fácil tapiarla,
el lugar donde bubo una puerta
ya nunca sera el mismo
y adentro de la palabra
seguirá pasando una ráfaga de sentido olvidado.

Una omisión , el error,
crea a veces una brecha
en el rotundo muro
que domestica a la mirada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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NOUS AVONS PERDU LES MOTS (José Àngel Valente)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2019



Illustration: Alexandre Seon
    
NOUS AVONS PERDU LES MOTS

Nous avons perdu les mots
sur le rivage de la mer,
nous avons perdu les mots
par lesquels commencent les chants.

Nous sommes revenus à l’intérieur des terres,
nous avons perdu la vérité,
nous avons perdu les mots
et le chanteur et le chant.

***

PERDIMOS LAS PALABRAS

Perdimos las palabras
a la orilla del mar,
perdimos las palabras
de empezar a cantar.

volvimos tierra adentro,
perdimos la verdad,
perdimos las palabras
y el cantor y el cantar

***

ABBIAMO PERDUTO LE PAROLE

Abbiamo perduto le parole
sulla riva del mare,
abbiamo perduto le parole
per iniziare a cantare.

Siamo ritornati nell’entroterra,
abbiamo perduto la verità,
abbiamo perduto le parole
e il cantante e la canzone.

***

CUVINTELE PIERDUTE

Cuvintele pierdut-am
și astfel, la țărm de mare,
pierdut a fost cu ele
versul de început.

Spre lumea dinlăuntru
pierdut-am și adevărul,
cuvinte risipite, iar cântărețul
rămas-a fără cânt.

***

PERDEMOS AS PALAVRAS

Perdemos as palavras
à beira do mar,
perdemos as palavras
começo do cantar.

Viemos para terra,
perdemos a verdade,
perdemos palavras
cantor e cantar.

***

WIR VERLOREN DIE WORTE

Wir verloren die Worte
am Ufer des Meeres,
Wir verloren die Worte
um den Gesang anzustimmen.

Landeinwärts kehrten wir zurück
wir verloren die Wahrheit,
wir verloren die Worte
und den Sänger und das Singen.

***

WE LOST THE WORDS

We lost the words
at the shore of the sea,
we lost the words
to start to sing.

We returned inland,
we lost the truth,
we lost the words
and the singer and singing.

***

WIJ VERLOREN DE WOORDEN

Wij verloren de woorden
aan de oever van de zee,
wij verloren de woorden
waarmee het zingen begint.

Landinwaarts keerden wij terug,
wij verloren de waarheid,
wij verloren de woorden
en de zanger en het zingen.

(José Àngel Valente)

 

Recueil: ITHACA 581
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol original / Italien Luca Benassi / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Allemand Wolfgang Klinck / Anglais Germain Droogenbroodt / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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D’un abîme à un autre abîme (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Miguel Chevalier
    
D’un abîme à un autre abîme.
Ainsi avons-nous vécu.
Et lorsque c’était le tour de l’interlude
d’une zone de l’air,
où il est facile de respirer et de se soutenir,
nos regrettions sans vouloir l’abîme
qui nous nourrissait du rien.

Du fond de l’être gravit un sortilège
pour demander, lorsque la mort arrive,
que tout soit un abîme, non une autre direction.

Il nous y poussera peut-être des ailes.

A l’intérieur d’un abîme en est toujours un autre.
Et à défaut de différence il y aura distance.
Il ne nous reste qu’à trouver et à être
la distance à l’intérieur de l’abîme.

***

De un abismo a otro abismo.
Así hemos vivido.
Y cuando nos tocaba el interludio
de una zona de aire,
donde es fácil respirar y sostenerse,
añorábamos sin querer el abismo,
que nos ha amamantado con la nada.

Desde el fondo del ser trepa un ensalmo
para pedir, cuando llegue la muerte,
que todo sea un abismo, no otro rumbo.

Tal vez en él nos crezcan alas.

Adentro de un abismo siempre hay otro.
Ysi no hay diferencia habrá distancia.
Sólo nos falta hallar y ser tan solo
la distancia de adentro del abismo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Il n’y a pas de saut dans le vide (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019




    
Il n’y a pas de saut dans le vide.

Même si les anges n’existent pas pour nous soutenir
ni non plus des traverses de la pensée,
ni des relativisations ou des absolus
qui puissent nous retenir par les bras.

Il faut par avance gagner le vide,
le coloniser avec nos abandons
comme s’il était un territoire dépouillé
ou une nouvelle liberté jamais exercée.
Et cultiver à l’intérieur ses fragments flottants
qui s’entremêlent aux choses
pour leur apprendre à ne pas être.
Et presque sans le savoir
arriver à aimer le vide.
Ce qui est aimé nous soutient,
même si cela nous pousse vers l’abîme.

Un vide aimé
ne peut pas nous abandonner.
Et dans un vide non aimé
il n’est même pas possible de sauter.

***

No hay salto al vacío.

Aunque no existan ángeles para sostenernos,
ni tampoco travesaños de pensamiento,
ni relativizaciones o absolutos
que puedan retenernos de los brazos.

Hay que ganar el vacío desde antes,
colonizarlo con nuestros abandonos
como si lisera un despojado territorio
o una nueva libertad nunca ejercida.
Y cultivar adentro sus fragmentos flotantes,
que se entreveran con las cosas
para enseñarles a no ser.
Y casi sin saberlo,
llegar a amar el vacío.
Aquello que se ama nos sostiene,
aunque también nos empuje hacia el abismo.

Un vacío que se ama
no puede abandonarnos.
Y a un vacio que no se lo ama
no es posible ni siquiera saltar.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Écrire un texte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019




    
Écrire un texte
et le laisser abandonné sur la page.

Ne pas le relire,
ni le montrer à quiconque,
ni l’envoyer où que ce soit.
Qu’il reste dans son repos de texte.

Et le laisser qu’il trouve là son lecteur
comme tous les textes le trouvent.

Aussi celui qui est écrit à l’intérieur de nous,
et il nous paraît impossible que quelqu’un puisse lire.

***

Escribir un texto
y dejarlo abandonado en la pagina.

No volver a leerlo,
no mostrarlo a ninguno,
no enviarlo a parte alguna.
Que quede en su reposo de texto.

Y dejar que allí encuentre su lector,
como todos los textos lo encuentran.

También el que llevamos escrito adentro
y nos parece imposible que alguien pueda leer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Qu’y a-t-il derrière les nombres ? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
QU’Y a-t-il derrière les nombres ?
Et qu’y a-t-il devant ?

Toutes les choses se meuvent,
même les pierres et les morts.
Les nombres ne se meuvent pas :
ils cèdent la place à d’autres nombres.

Quel est donc le lieu des nombres ?
Lorsque nous les écrivons sur un papier
nous leur inventons un lieu,
comme ils inventent parfois
un lieu pour nous.

Toutes les choses veulent prendre notre place,
mais les nombres, non.
Ils ressemblent à l’être :
ils ne sont en aucun lieu.

Mais qu’y a-t-il à l’intérieur des nombres ?
Le simulacre de la mesure
et les masques des signes
nous ont fait oublier leur substance.

***

¿QUÉ hay detrás de los nûmeros?
¿Y qué hay delante?

Todas las cosas se mueven,
hasta las piedras y los muertos.
Los números no se mueven:
sólo dejan su lugar a otros números.
¿Pero cual es el lugar de los números?

Cuando los escribimos sobre un papel
les inventamos un lugar,
como ellos nos inventan a veces
un lugar a nosotros.

Todas las cosas quieren reemplazarnos,
pero los números no.
Se parecen al ser:
no están en ningún lugar.

Pero ¿qué hay adentro de los números?
El simulacro de la medida
y las máscaras de los signos
nos han hecho olvidar su sustancia.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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ON frappe à la porte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: George Clair Tooker
    
ON frappe à la porte.
Mais les coups résonnent au revers,
comme si quelqu’un frappait de l’intérieur.

Serait-ce moi qui frappe ?
Peut-être les coups de l’intérieur
veulent-ils couvrir ceux de l’extérieur ?
Ou bien la porte elle-même
a-t-elle appris à être le coup
pour abolir les différences ?

Ce qui importe est que l’on ne distingue plus
entre frapper d’un côté
et frapper de l’autre.

***

LLAMAN a la puerta.
Pero los golpes suenan al revés,
como si alguien golpeara desde adentro.

¿Acaso seré yo quien llama?
¿Quizá los golpes desde adentro
quieren tapar a los de afuera?
¿O tal vez la puerta misma
ha aprendido a ser el golpe
para abolir las diferencias?

Lo que importa es que ya no se distingue
entre llamar desde un lado
y llamar desde el otro.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Ce point de condensation (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration
    
Ce point de condensation intérieur
où l’on serait vraiment.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Dans l’amour (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2019



Illustration: Pascal Renoux
    
Dans l’amour, le corps fond,
porté à fusion par le désir,

et c’est ailleurs que l’on fait l’amour,
dans un double fond du corps,

embrassant l’intérieur du crâne,
touchant l’intérieur de la matière,

sa moelle de feu…
au bord de la métamorphose.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Aujourd’hui je vais vous dire (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2019



aujourd’hui je vais vous dire
c’est la quarantième nuit d’octobre
je vais vous dire la pluie
elle coule coule coule des yeux d’un enfant
elle renifle elle chuinte elle gargouille
la pluie qui mouille l’intérieur de mes os
la pluie qui trie les chants d’oiseaux
dans les trompettes bouchées de mon cerveau
aujourd’hui je vais vous dire

non je ne vous dirai rien

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration

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