Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘interpréter’

Ardoise (Michèle Voltaire Marcelin)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



 Haiti_old_woman

Ardoise

l’enfance fut verte et douce
inondée de soleil
la mer se fondait au ciel
à seize ans je voulus mourir par amour
on mit mon coeur à l’asile avec les fous
puis je vis passer des soldats
qui arrachèrent l’espoir et le mirent en prison
vers les trente ans on me perça le coeur
la balle ne fit qu’un trou
pour rire on me laissa la vie
je devins pierre au bord des routes
un enfant m’apporta la beauté de son rire
et l’eau claire de ses jours
je devins papillon
les fleurs étaient belles dans l’été
j’ai vécu la moitié de mes jours
lettre gardée dans un tiroir
femme chandelle fourmi rouge
rêve qui interprète le soir
quand j’ai quitté cet illusoire espace
je n’ai gardé que peu de chose
des poèmes, quelques visages
et l’ombre de mon ciel d’enfance

(Michèle Voltaire Marcelin)

Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2018



 

madeleine

Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et le drame de mon coucher n’existait plus pour moi,
quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé.
Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai.

Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblaient avoir été moulées dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques.
Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé
où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine.

Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis,
attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi.
Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause.
Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire,
de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse: ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi.

J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.
D’où avait pu me venir cette puissante joie ?

Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature.
D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ?

Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde.
Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer.
Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi.

Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment,
avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter
et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact, à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif.

Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité.
Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ;
quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien.

Chercher ? pas seulement : créer.
Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.

(Marcel Proust)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

LE FRUIT PROVISOIRE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



 

Michael Whelan d_XL

LE FRUIT PROVISOIRE

Paroles interprétant nos brumes
Interrogeant nos déserts
Jours en charpies
Mots en tessons raclant nos terriers

Quel chant soudain vous échappe
Disloque vos mailles
Surplombe vos pages tressées ?

Partout la graine imagine
Et le printemps s’accorde à ce qui le détruit

Partout se recompose le fruit provisoire
La fleur sans détours habite parmi les bruits.

(Andrée Chedid)

Illustration: Michael Whelan

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Lectures transatlantiques (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2016


condor

Ramper avec le serpent
se glisser parmi les lignes
rugir avec la panthère
interpréter moindre signe
se prélasser dans les sables
se conjuguer dans les herbes
fleurir de toute sa peau

Plonger avec le dauphin
naviguer de phrase en phrase
goûter le sel dans les voiles
aspirer dans le grand vent
la guérison des malaises
interroger l’horizon
sur la piste d’Atlandides

Se sentir pousser des ailes
adapter masques et rôles
planer avec le condor
se faufiler dans les ruines
caresser des chevelures
brûler dans tous les héros
s’éveiller s’émerveiller

(Michel Butor)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Je m’écris (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2016



Je m’écris

J’interprète une page de vie
J’en use comme plaque de cuivre
Je la grène de plaisirs
Je la crible d’années
Je la saisis en verte saison
Je la racle de nuit d’hiver
Je la ronge en creux d’angoisses
Je m’y taille espace libre
Je l’attaque en matière noire
Je progresse d’épreuves en épreuves
Je la creuse en vaines morsures
Je la burine d’émotions
Je l’entame
Pour nier le temps
Je m’écris pour durer

(Andrée Chedid)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La plaque sensible (André Hardellet)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



 

La plaque sensible n’interprète pas,
elle donne à voir avec une objectivité qui me bouleverse ;
elle frappe au coeur un réel devenu presque légendaire et qu’elle transfigure,
aussi humble soit-il, par sa charge de temps accumulé…

(André Hardellet)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :