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Poésie

Posts Tagged ‘interrogation’

INTERROGATION (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



 

Aristide Maillol  -Dina à la robe rouge, 1940

INTERROGATION

Ne remarques-tu donc pas comme mes lèvres tremblent ?
Ne peux-tu lire dans mes traits pâlis
Ni sentir dans mon sourire la souffrance et la feinte
Quand mes regards t’enveloppent et te cherchent ?

N’aspires-tu pas à vivre ? Ne veux-tu pas
Un bras vigoureux pour t’entraîner
Hors de ce marécage de jours déserts et vides
Sur lesquels errent de blafardes lumières ?

Ai-je donc mal compris tes insondables yeux ?
N’y ai-je pas vu quelque souhait secrètement étinceler ?
Ton regard humide ne cache-t-il pas une porte qui conduise
Vers ton âme ? Tes désirs endormis, tels d’immobiles roses
Sur un flot ténébreux, sont-ils donc comme ton babillage ?
Des mots, des mots, dépourvus d’âme…

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Aristide Maillol

 

 

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Cygnes (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2020




    
Cygnes

Quand Un fit l’amour avec Zéro
Les sphères embrassèrent les tores
Et les nombres premiers s’avancèrent
Tendant leurs mains vers les frais sycomores
Et les fractions continues blessées à mort
Dans le torrent des décimales muettes se couchèrent

Quand B fit l’amour avec A
Les paragraphes s’embrassèrent
Les virgules s’avancèrent
Tendant leur cou par-dessus les ponts de fer
Et l’alphabet blessé za mort
S’évanouit dans les bras d’une interrogation muette

(Raymond Queneau)

 

Recueil: L’instant fatal
Traduction:
Editions: Gallimard

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QUI? (Leiser Aichenrand)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2019




    
QUI?

Toi
Avec l’horloge des étoiles
Pour toute la durée des siècles
Réglée
À l’heure de Dieu.

Qui nous a
Envahis
Avec les sables du naufrage
– Instants épars
Du ciel muet ?

Qui provoqua
Au ciel de chaque époque
L’éclipse
De notre sang ?

Au fer rouge qui marqua
L’essor de notre parole
Sur les ailes de marbre
De la mort?

Sous les pelles des ténèbres
Toutes les horloges du silence
Ponctuent en battant
Notre interrogation.

(Leiser Aichenrand)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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CONJUGAISONS ET INTERROGATIONS II (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2019



Illustration: Ryszard Miłek
    
CONJUGAISONS ET INTERROGATIONS II

Nous restons où nous sommes
Nous restons où nous sommes arrivés.

Pourtant nous ne restons pas là où nous sommes
Nous ne restons pas où nous sommes arrivés.

Là où nous sommes tantôt nous restons, tantôt non.
Là où nous ne sommes pas arrivés, tantôt nous restons
tantôt nous ne restons pas (nous partons).

Là où nous sommes venus il se peut
Que nous restions il se peut que nous ne restions pas.

Là où tu es venu, resteras-tu ?
Ne cesseras-tu de partir, au lieu d’arriver, de rester ?
Ne finiras-tu pas d’arriver
et tantôt de rester et tantôt de partir ?

Toi qui restes, penses-tu ne jamais partir ?
Toi qui pars, saurais-tu, pourrais-tu rester ou revenir ?
Est-il possible à la fois de rester de partir,
de ne pas rester de ne pas partir ?

Tout est dissemblable tout se ressemble
ce qui part ce qui reste
ce qui est ce qui n’est pas
Ce que l’on dit a trop de sens n’a pas de sens.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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CONJUGAISONS ET INTERROGATIONS I (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2019



Illustration: Edvard Munch
    
CONJUGAISONS ET INTERROGATIONS I

J’irai je n’irai pas j’irai je n’irai pas
Je reviendrai Est-ce que je reviendrai ?
Je reviendrai je ne reviendrai pas
Pourtant je partirai (serais-je déjà parti ?)
Parti reviendrai-je ?
Et si je partais ? Et si je ne partais pas ? Et si je ne revenais pas ?

Elle est partie, elle ! Elle est bien partie Elle ne revient pas.
Est-ce qu’elle reviendra ? Je ne crois pas Je ne crois pas qu’elle revienne
Toi, tu es là Est-ce que tu es là ? Quelquefois tu n’es pas là.
Ils s’en vont, eux. Ils vont ils viennent
Ils partent ils ne partent pas ils reviennent ils ne reviennent plus

Si je partais, est-ce qu’ils reviendraient ?
Si je restais, est-ce qu’ils partiraient ?
Si je pars, est-ce que tu pars ?
Est-ce que nous allons partir ?
Est-ce que nous allons rester ?
Est-ce que nous allons partir ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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INTERROGATION ET NÉGATION (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019



    

INTERROGATION ET NÉGATION

Vous ? Moi ?
Non, personne
personne jamais
non vraiment personne jamais.

Comment ? Ni où,
ni quoi,
ni comment ?

Non vraiment personne jamais
nulle part
rien ni personne
jamais
non jamais
jamais jamais jamais
jamais
non, jamais.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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COMME UN REMORDS (Françoise Coulmin)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration
    
COMME UN REMORDS

Avec des espérances et des envies
des petits gestes
en beaux lieux
étangs et peupleraies
prairies séracs chemins profonds

Des stimuli
pour partager petits secrets et lassitudes
non pas dans la futilité la vilenie
ou l’honneur

Si j’avais su à temps
ne rien voir, rien entendre
rien aimer ne rien dire
dans l’impossibilité de changer les choses

Sans cavale
pour chevaucher rêves et mirages
en ces chemins perdus si difficiles

Ne m’attachant qu’aux mots
et côtoyant tous les doutes oubliés
le bien
le mal

Et maintenant
que mes poussières
mes pourritures
sont en terre ou dissoutes en la mer

Même aux gisants les interrogations demeurent.

(Françoise Coulmin)

In Vibrations en partage, anthologie,
Moments du théâtre d’Aurillac, Fr, 2014.

 

Recueil: FLORILÈGE, 30 ans de poésie : SANS ESPOIR JE CÈDE À L’ESPOIR (SEJCE)
Traduction:
Editions: La feuille de thé

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QUESTION (Hervé Le Tellier)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018




    
QUESTION

Comment faisait-on avant l’invention du point d’interrogation

(Hervé Le Tellier)

 

Recueil: Zindien
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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La poésie n’aurait-elle plus rien à nous dire ? (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2018



Zéno Bianu [800x600]

La poésie n’aurait-elle plus rien à nous dire ?
Ne serait-elle plus le lieu privilégié des interrogations humaines ?
D’Infiniment proche au Désespoir n’existe pas, dix ans ont passé.
Dix ans en prise avec le balancier de la vie.
Dix ans d’écriture.

Des poèmes de bord, comme autant de témoignages d’amitié, d’amour, d’admiration, de deuil.
Des poèmes animés par un pari farouche : transformer le pire en force d’ascension.
Des poèmes pour reprendre souffle et tenir parole.
Des poèmes pour ouvrir un espace aimanté, irriguer le réel dans une époque vouée à l’hypnose.

Transmettre quelque chose d’irremplaçable : une présence ardente au monde, une subversion féerique.
La poésie – ou la riposte de l’émerveillement.

(Zéno Bianu)

 

 

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Nos vies (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018




Illustration: Edouard Drouot
    
Nos vies

Quel repos à l’aventure de vie
si l’étincelle ne ceint plus la terre,
si la pierre ne recèle de
secret
sur les mots d’hier, paisiblement saignés
dans le soir, et l’adieu sur le trottoir?
Silhouette allongeant l’arbre de la main,
ainsi pour élever l’au-revoir
en arme de lumière ; y chante l’antienne,
interrogation sur le point du matin
ou vole des cendres encore chaudes ?

Que vaut la pensée lorsque se joue
la fugue ; la philosophie du soleil
n’éteint pas le feu. Il faut abandonner
le rêve qui ne serait plus qu’un rêve,
car l’étoile seule a droit sur toi.
Homme, ton repos est une fausse note
ton brouillard se lèvera sur l’azur.
Quel usage ferons-nous de nos vies ?
Dériverons-nous sur le chaleil et l’eau ?
car au premier signe il faut guetter
la démesure d’un Absolu possible :

le bonheur parfois s’écrit sur un radeau

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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