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Posts Tagged ‘intolérable’

Le suicidaire (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2018



 

Le suicidaire

Il ne restera dans la nuit aucune étoile
Il ne restera pas la nuit.
Je mourrai et avec moi la somme
De l’intolérable univers.
J’effacerai les pyramides, les médailles
Les continents et les visages.
J’effacerai l’accumulation du passé.
De l’histoire, je ferai poussière, poussière la poussière.
Je regarde le dernier crépuscule.
J’écoute le dernier oiseau.
Je lègue le rien à personne.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

 

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VIE PÉTRIFIÉE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



    

VIE PÉTRIFIÉE

L’heure de vision
La fleur de lumière
Les intolérables
Ailes de l’envol

Tout devient fossile
Devient pierre
La coquille fragile
Et l’os massif.

Le sang les nerfs
La trace de la pensée
Qui traverse la nuit
Depuis la source du monde.

Le jeu de la lumière
Sillage du soleil
Est soudain immobile
Comme une rivière gelée

Immobiles soudain
Oiseau, fleur et coquille
Que l’amour a créés,
Que la vie a parfaits,
Pour ainsi perdurer.

***

STILL LIFE

The hour of sight
Flower of light
And unendurable
Wings of fight

Ail turn to fossil
Turn to stone
The delicate shell
And the mighty bone.

The blood the nerves
The trace of thought
That cross the night
From the source of the world.

The play of light
In the wake of the sun
Is suddenly still
Like a frozen stream

Suddenly still
Bird, , flower and shell
That love has created,
Life-shaped and perfected,
So to remain.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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Le drame de la vie (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018



Illustration: Bo Bartlett
    
Le drame de la vie perd chaque jour
de sa gravité, de son sérieux,
de son importance, de sa beauté scénique,

et risque de se transformer
en vulgaire et plate comédie bourgeoise
d’une irritante et intolérable médiocrité.

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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Intolérable jour (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2017



Illustration
    
Intolérable jour.
Changer le sang contre de l’eau.

Les moissons crient le long des routes
où la poussière taille ses aveuglants manteaux,
chair répandue,
pavots vifs des chars.

Le soleil envolé
tire l’eau de nos puits
et les ruisseaux se taisent sous les joncs fascinés.

Le désir est déjà dans la proie convoitée
que la sueur habille
souffle dans les coeurs noirs et le sang plus épais
son espoir d’étincelle.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Alitalia (Gemma Tremblay)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2017



Alitalia

Dieu est si loin que j’en perds la présence
les statues ne bougent plus
ni à Saint-Pierre ni dans Rome
que viennent les larmes
une sécheresse m’habite intolérable

(Gemma Tremblay)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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BELLE MAIN (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



BELLE MAIN

Ce soleil qui gémit dans mon passé
N’a pas franchi le seuil
De ma main de tes mains campagne
Où renaissaient toujours
L’herbe les fleurs des promenades
Les yeux toutes leurs heures
On s’est promis des paradis et des tempêtes
Notre image a gardé nos songes

Ce soleil qui supporte la jeunesse ancienne
Ne vieillit pas il est intolérable
Il me masque l’azur profond comme un tombeau
Qu’il me faut inventer
Passionnément
Avec des mots.

(Paul Eluard)

 

 

 

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J’aime la beauté de tes yeux étincelants (Paule Riversdale)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Marie Laurencin
    
J’aime la beauté de tes yeux étincelants,
Le ton de tes cheveux dorés et chatoyants,
Ton petit nez mutin, ton front de tubéreuse,
Ton profil gracieux, ta sveltesse onduleuse.

La blancheur de tes seins pareils aux monts neigeux
Se dresse fièrement pour provoquer les cieux,
Et tes mains aux longs doigts, savants en caresses,
Laborieusement prodiguent les ivresses.

Le rythme de ta voix me cajole et me plaît,
Ton esprit si divers m’amuse et me distrait.
L’ombre du duvet blond reflété sur tes lèvres
Brûle mon jeune sang d’intolérables fièvres ;

Ta grâce d’amoureuse inlassable pâlit,
Dans l’ardeur de l’alcôve et dans l’ombre du lit,
Ton corps voluptueux sous mes baisers tressaille.
Oh ! les coups de ton cœur dans la belle bataille !

(Paule Riversdale)

 

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Nu couvert (Sheila Cussons)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2016



Nu couvert

Je revêts un brasier
entre le monde et mon sang
il est mien, mien plus que tout
un sans-nom
qui, pour détruire
me détruirait moi :
oh intolérable, tendre, vulnérable chemise de flamme.

(Sheila Cussons)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

Illustration: Bill Viola

 

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La cathédrale de Chartres (Luc Dietrich)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2016




La cathédrale de Chartres

Au bout de la rue était une étendue grise, délavée, dévastée de vent.
Je respirais à grands coups comme au bord de la mer.
La cathédrale se dressa dans le ciel avec une grandeur et une droiture intolérables.

C’est un rocher qui émerge des vagues, frotté de sable et bruni d’algues.
La pierre des tours chante de vent. C’est un rocher couché dans la hauteur.
Des corps décapités s’y multiplient jusqu’au sommet.

C’est un vaisseau frappé par sept naufrages.
Et moi, Dieu merci, je ne sais plus d’où je viens.
Je ne sais pas où je vais, je suis noyé et débarrassé de toute vie.

Je suis un corps que le flux aspire et rejette.
Je vais buter sur les pointes, sous les prophètes,
contre les guerriers, devant les reines aux tresses de cordage.

C’est un grand rocher évidé sur le ciel, et le ciel même glisse dans ses brumes,
mais ce roc humain est une montagne de foi.
Le rocher le plus sûr peut-il retenir le noyé qui s’y cogne ?

(Luc Dietrich)

Illustration: Jean-Baptiste Camille Corot

 

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Le haut du monde (Yves Bonnefoy)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2016


 

Le poids du ciel sur la vitre
se faisait intolérable,
on entendait; disait-on,
craquer l’apparence.
Quelqu’un criait qu’à…
on avait vu « de l’inconnu » en sortir,
et c’étaient des hommes et des femmes
parfaitement beaux et nus,
cependant que le haut du monde,
d’un bleu de plus en plus noir,
basculait et tombait
comme une pierre.

(Yves Bonnefoy)

 

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