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Posts Tagged ‘intraduisible’

COLLOQUE DE SOURDS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
COLLOQUE DE SOURDS

Je sortirai de moi-même. Oui
je partirai. Je porterai secours.
Je me sacrifierai.

Si tu choisis (même le bien,
même la paix) tu engendres le
massacre.

Vois ce visage de femme
Écoute la musique Réjouis-toi
des couleurs !

La mort est dans nos racines ;
sans elle, rien ne vit.

J’aime la vérité. J’irai au bout
du vrai.

Es-tu bien sûr de toi?
Une goutte de mensonge au
fond du verre et toute l’eau est
empoisonnée.

Pourtant j’exerce la parole :
elle est mouvement pur, par elle
je m’envole.

L’univers est sourd, aveugle,
muet. Son silence est intradui-
sible.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Retouche à l’annonce (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



Retouche à l’annonce

les montagnes en robe d’eau se lèvent
dans un attelage d’ailes

un souffle à peine froisse la toile du monde
l’ange intraduisible attend
la vierge aux yeux sans fond

(Daniel Boulanger)


Illustration

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Notre centre de gravité (Jeanne Guesné)

Posted by arbrealettres sur 6 janvier 2017



Notre centre de gravité habituel se trouve dans notre intellect,
donc dans un concept de la réalité,
non dans la réalité qui par nature est intraduisible.
Le concept n’est pas plus le réel que le mot pain n’est le pain réel.

Saisir la réalité de la Vie dans l’intervalle de silence entre deux pensées!
Entrer dans ce trou …
Transformer l’écoulement familier des pensées,
strié parfois par la fulguration d’un silence,
en l’écoulement tranquille d’un silence strié par l’apparition de pensées.
En un mot, inverser le système.
L’évidence m’est révélé dans « l’instant ».
Une citadelle dans laquelle je m’étais enfermée s’écroule;
les briques et les moellons inextricablement confondus
étaient mes jugements, mes opinions, mes croyances,
ma vision sclérosée des êtres et des choses.

A « l’instant, je Vois »,
je ne pense pas, et voir ainsi,
c’est communier avec ce qui EST.

« Sentir » dans un éclair
que je suis un « moment » de la Conscience Universelle.
Elle vit en tous les hommes simultanément,
et c’est en moi-même,
profondément enfouie sous forme humaine qu’elle a créé et qu’elle anime,
que je peux la découvrir et la « Reconnaître »

(Jeanne Guesné)

 

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AURELIA (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2016



30 juillet. L’archipel s’est fait excentrique – aujourd’hui,
pour la première fois depuis des années, l’eau
grouille de méduses, elles progressent avec calme
et avec douceur, elles appartiennent à la même
compagnie maritime: AURELIA, elles dérivent comme
des fleurs après des obsèques en mer, lorsqu’on les
retire de l’eau, elles perdent toute forme comme si
l’on tirait de l’ombre une indicible vérité qui se
formulait en gelée amorphe, elles sont en fait
intraduisibles, elles ne peuvent que rester dans leur élément.

2 août. Quelque chose voudrait être dit, mais les mots
ne suivent pas.
Quelque chose qui ne peut être dit, aphasie,
il n’y a pas de mots, mais peut-être un style…
Il arrive qu’on se réveille la nuit
et qu’on jette très vite quelques mots
sur le papier le plus proche, dans la marge d’un journal
(les mots rayonnent de significations!)
mais le matin : les mêmes mots ne veulent plus rien
dire, des gribouillis, des lapsus.
Ou les fragments du grand style nocturne qui nous
aurait frôlés ?

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Les poèmes inachevés (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2015



Les poèmes inachevés,
les poèmes qu’on abandonne comme une défaite,
laissent leurs images en quelque coin perdu
où peu à peu va se formant, solitaire, un autre poème.

Ainsi naissent les formes dans la nuit,
comme des créatures apparemment rejetées.
Et nul matin ne se lève
pour qu’elles viennent à la lumière.

Les lignes de la germination et de l’attente
dessinent d’intraduisibles hiéroglyphes
sur la peau qui partout sépare
le silence de la parole.

Jusqu’à ce que vienne la conjonction réparatrice
qui couvre de cette peau le nouveau corps
et recueille les anciennes images,
parce que aucune image ne se perd.

(Roberto Juarroz)

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