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Posts Tagged ‘intrépide’

Ce soir mon coeur fait chanter des anges qui se souviennent (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



Ce soir mon coeur fait chanter
des anges qui se souviennent…
Une voix, presque mienne,
par trop de silence tentée,

monte et se décide
ne plus revenir;
tendre et intrépide,
à quoi va-t-elle s’unir?

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Calirezo

 

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Le papillon malade (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Le papillon malade

Apologue

Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,
Un papillon dans sa vieillesse
(Il avait du printemps goûté les plus beaux jours)
Voyait d’un oeil chagrin la tendre hardiesse
Des amants nouveau-nés, dont le rapide essor
Effleurait les boutons qu’humectait la rosée.
Soulevant un matin le débile ressort
De son aile à demi-brisée :

 » Tout a changé, dit-il, tout se fane. Autrefois
L’univers n’avait point cet aspect qui m’afflige.
Oui, la nature se néglige ;
Aussi pour la chanter l’oiseau n’a plus de voix.
Les papillons passés avaient bien plus de charmes !
Toutes les fleurs tombaient sous nos brûlantes armes !
Touchés par le soleil, nos légers vêtements
Semblaient brodés de diamants !
Je ne vois plus rien sur la terre
Qui ressemble à mon beau matin !
J’ai froid. Tout, jusqu’aux fleurs, prend une teinte austère,
Et je n’ai plus de goût aux restes du festin !
Ce gazon si charmant, ce duvet des prairies,
Où mon vol fatigué descendait vers le soir,
Où Chloé, qui n’est plus, vint chanter et s’asseoir,
N’offre plus qu’un vert pâle et des couleurs flétries !
L’air me soutient à peine à travers les brouillards
Qui voilent le soleil de mes longues journées ;
Mes heures, sans amour, se changent en années :
Hélas ! Que je plains les vieillards !

 » Je voudrais, cependant, que mon expérience
Servît à tous ces fils de l’air.
Sous des bosquets flétris j’ai puisé ma science,
J’ai défini la vie, enfants : c’est un éclair !
Frêles triomphateurs, vos ailes intrépides
S’arrêteront un jour avec étonnement :
Plus de larcins alors, plus de baisers avides ;
Les roses subiront un affreux changement.

 » Je croyais comme vous qu’une flamme immortelle
Coulait dans les parfums créés pour me nourrir,
Qu’une fleur était toujours belle,
Et que rien ne devait mourir.
Mais le temps m’a parlé ; sa sévère éloquence
A détendu mon vol et glacé mes penchants :
Le coteau me fatigue et je me traîne aux champs ;
Enfin, je vois la mort où votre inconséquence
Poursuit la volupté. Je n’ai plus de désir,
Car on dit que l’amour est un bonheur coupable :
Hélas ! D’y succomber je ne suis plus capable,
Et je suis tout honteux d’avoir eu du plaisir.  »

Près du sybarite invalide,
Un papillon naissait dans toute sa beauté :
Cette plainte l’étonne ; il rêve, il est tenté
De rentrer dans sa chrysalide.

 » Quoi ! Dit-il, ce ciel pur, ce soleil généreux,
Qui me transforme et qui me fait éclore,
Mon berceau transparent qu’il chauffe et qu’il colore,
Tous ces biens me rendront coupable et malheureux !
Mais un instinct si doux m’attire dans la vie !
Un souffle si puissant m’appelle autour des fleurs !
Là-bas, ces coteaux verts, ces brillantes couleurs
Font naître tant d’espoir, tant d’amour, tant d’envie !
Oh ! Tais-toi, pauvre sage, ou pauvre ingrat, tais-toi !
Tu nous défends les fleurs encor penché sur elles.
Dors, si tu n’aimes plus ; mais les cieux sont à moi :
J’éclos pour m’envoler, et je risque mes ailes !  »

(Marceline Desbordes-Valmore)

 

 

 

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Pourquoi mes yeux ont-ils donc tant besoin de voir la mer au loin ? (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Pourquoi mes yeux ont-ils donc tant besoin
de voir la mer au loin ?
Ou rien que l’eau
d’un fleuve
pour y sentir leur racine
Peut-être est-ce d’avoir tant désiré le bleu
de l’eau là-bas
que mes yeux sont clairs
et de tant aimer la mer
que mes peines
sont devenues intrépides et salées
et qu’elles ont
le vol à pic des mouettes
et le cri acide
des oiseaux marins

***

Porque sera que meus olhos tanto necessitam
de ver mar ao longe?
Ou pelo menos a agua
de um rio
para aî cheirar sua raiz
Se calhar foi por tanto apetecer o azul
da agua ao longe
que meus olhos sâo claros
e por tanto amar o mar
que meus desgostos
se tornaram destemidos e salgados
e têm
o voo a pique das gaivotas
e o grito acido
dos passaros marinhos

(Teresa Rita Lopes)


Illustration

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Les Espaces Infinis (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2017



Je reviens d’un séjour effrayant; n’y va pas!
Que jamais ta pensée, anxieuse, intrépide,
N’aille scruter le bleu du ciel, distrait et vide,
Et presser l’infini d’un douloureux compas!

Ne tends jamais l’oreille aux musiques des sphères,
N’arrête pas tes yeux sur ces coursiers brûlants:
Rien n’est pour les humains dans la haute atmosphère,
Crois-en mon noir vertige et mon corps pantelant!

[…]

– Puisque rien de l’espace, hélas! ne te concerne,
Puisque tout se refuse à l’anxieux appel,
Laisse la vaste mer bercer l’algue et le sel,
Et l’étoile entr’ouvrir sa brillante citerne,

Abaisse tes regards, interdis à tes yeux
Le coupable désir de chercher, de connaître,
Puisqu’il te faut mourir comme il t’a fallu naître,
Résigne-toi, pauvre âme, et guéris-toi des cieux…

(Anna de Noailles)

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Armor (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2016



Pour me conduire au Raz, j’avais pris à Trogor
Un berger chevelu comme un ancien Évhage ;
Et nous foulions, humant son arôme sauvage,
L’âpre terre kymrique où croît le genêt d’or.

Le couchant rougissait et nous marchions encor,
Lorsque le souffle amer me fouetta le visage ;
Et l’homme, par-delà le morne paysage
Étendant un long bras, me dit : Senèz Ar-Mor !

Et je vis, me dressant sur la bruyère rose,
L’Océan qui, splendide et monstrueux, arrose
Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir ;

Et mon coeur savoura, devant l’horizon vide
Que reculait vers l’Ouest l’ombre immense du soir,
L’ivresse de l’espace et du vent intrépide.

(José-Maria de Hérédia)

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La Mer!… Ma vie!… Oh! la fleurir de beaux départs! (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 18 février 2016



La Mer!… Ma vie!… Oh! la fleurir de beaux départs!
Faire voguer là-bas d’épiques entreprises
Et l’intrépide aller vers des Terres Promises
Avec au coeur, comme un soleil qui flambe, l’Art!

(Charles Vildrac)

Illustration: Audrey Arfi

 

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