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Poésie

Posts Tagged ‘intuition’

À l’instant où meurt un homme (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



À l’instant où meurt un homme,
Ses portraits se métamorphosent.
Les yeux regardent autrement, les lèvres
Sourient d’un autre sourire.
Je l’ai remarqué au retour
De l’enterrement d’un poète.
Et depuis, je l’ai vérifié souvent,
Et mon intuition est confirmée.

(Anna Akhmatova)

 

 

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AUBE (Salah Stétié)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Anne Yvonne Gilbert  2

AUBE

L’intuition dit verdure
Mais l’arbre où le saisir ?
Vidé de sa substance absent du ciel et pierres
Ni vallée ni rivière à douceur avant voix
vers lui à disparaître
Au coin du paysage, qu’il emporte ses noix !
Liant en lui et déliant désert et souffle

Mais rien que presque étoile à rayons et rayures

L’intuition est assise avec ses jeunes filles
Anxieuses étonnées sous sa première feuille
Ouvertes endormies
Enfin – rien – mais – lui – s’ébroue

Il faut l’écrire avec ses oiseaux dans la mort

(Salah Stétié)

Illustration: Anne Yvonne Gilbert

 

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Encore plus loin (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



Illustration: Salvador Dali
    
Encore plus loin

Encore plus loin
que la route qui mène nulle part

(Stanislas Rodanski)

Tout entre
en résonance
chez les mordus d’éternité

insurgés plein soleil
toujours prompts au rebond
pied au plancher

ceux-là sont semblables
à des capteurs de particules
soufflées par les vents solaires

ne sommes-nous plus
que des pianos désaccordés
disent-ils

n’avons-nous plus rien
à faire entendre
aurions-nous égaré le verbe

capable
de faire résonner
notre la souverain

écoutons vraiment
écoutons
au plus chaviré

écoutons
ce bleu ardent
la plus ancienne lumière du monde

arpentant ses pistes enflammées
nous pouvons tout délaisser
nous retrouvons notre espace

notre souffle
notre centre
le centre des centres

celui qui se laisse porter
emporter par l’ardeur
est un archange de l’énergie

aimanté
sans fin par l’oeil
de la cible

il enlace les angles morts
glisse en bulle d’éternité
entre deux vies

calligraphiant une poésie ultrasensible
qui défie toute gravité
à l’écoute du chant

au fond des impasses
ou des neurones
il danse à chaque respiration

il sait le secret cher à Michaux
d’une pente
qui dévale vers le haut

bouche d’ombre
en souffle continu
frère d’embuscade

tourbillon somnambule
il retrace l’histoire de la lumière
à travers les espaces-temps

empli tout entier
d’un oui qu’il offre
à perte de coeur

il ne fait qu’un avec le mystère
et sa dimension frémissante
il vibre et vibre encore

une confiance étrange
nous vient soudain
étrange autant qu’illimitée

qui traverse le chant
à l’écoute de l’intuition fusante
à l’écoute du bleu ardent

comment laisser flotter les choses
en rebelle éveillé
comment se redonner de l’espace

comment retrouver cet art
si parfait
du contrôle des accidents

l’absolue justesse
du tempo de l’univers
le continuum de l’énergie

dix mille photons
lancés il y a cinq millions d’années
par quelque géante gazeuse

percutent à l’instant
notre rétine
larmes à ciel ouvert

se dessine
devant nos yeux éblouis
une perle de pur enthousiasme

plus démesurée
plus abyssale même
que le désespoir

sortons du labyrinthe
chevauchons le bleu ardent
captons l’alexandrin du big bang

(Zéno Bianu)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le réel « total » (Lorand Gaspar)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



Le réel « total », le seul réel véritable,
n’est accessible qu’à l’intuition poétique
(les grands philosophes, les grands mystiques et quelques grands scientifiques sont des poètes),
qui par une approche sans cesse renouvelée,
par des chemins si différents jette, dans ses meilleurs moments,
une lumière instantanée,
inexplicable sur ce qui n’a pas de visage…

(Lorand Gaspar)
Découvert chez Lara ici

Illustration: Mustapha Merchaoui

 

 

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Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis,
moi dont ne NON évoqua tout ceci,
qui me reniant fit apparaître l’Autre;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de la liberté,
communément les actions désintéressées,
petit jeu articulaire.

L’ignorance me recouvre,
moi dont le NON contempla toute existence,
connut l’Autre, vit la sagesse;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’intuition,
communément cinq sens, fissures limitées.

Et je dis: Je!
et la haine m’isole,
torturant le NON dans la complexité de ma forme,
moi dont le NON évoqua tout ceci,
vit toutes choses une seule,
la Niée devant le NON s’affirmant,
et qui fit d’elle et de lui l’union;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’amour,
communément des gestes d’épouvante, de joie et de désespoir,
échangés avec l’Autre
par les joints d’une autre armure.

(René Daumal)

 

 

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IL ÉTAIT LA FOI (Martine Hadjedj)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018




IL ÉTAIT LA FOI

Reposant sur le rien
Bâtie sur le néant
Aucun signe au loin
Ni terre sous mes pieds
Sur laquelle s’appuyer
Rien de visible, rien de tangible
Juste une petite voix
Le murmure du silence
Un chemin très étroit
Et si peu fréquenté
Une simple intuition
Qui devient certitude
Juste une graine minuscule
Un grain de sénevé
Fécondé par l’amour
Patient, persévérant,
Qui se transforme en arbre
Tout petit, qui grandit,
Jusqu’à être infini
Des racines bien plantées
Dans le roc, un rocher
Une ferme assurance
Une force immense
Qui déplace des montagnes
Fait fleurir le désert
Sépare les flots
Et calme la tempête
Il était la foi!

(Martine Hadjedj)

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J’admets que l’intuition (René Char)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018



Illustration: Isabelle Plante
    
J’admets que l’intuition raisonne et dicte des ordres
dès l’instant que, porteuse de clefs,
elle n’oublie pas de faire vibrer le trousseau des formes embryonnaires de la poésie
en traversant les hautes cages où dorment les échos,
les avant-prodiges élus qui, au passage, les trempent et les fécondent.

(René Char)

 

Recueil: En trente-trois morceaux et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’art (Herman Melville)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2017



Illustration: Eugène Delacroix
    
L’art

En des moments sereins, heureux, nous rêvons
A nombre de beaux projets inincarnés.
Mais pour donner forme, créer de la vie qui palpite,
Que de choses dissemblables doivent se rencontrer et s’unir
Flamme pour fondre — vent pour geler ;
Patience affligée — énergies joyeuses ;
Humilité — mais orgueil et dédain ;
Intuition et savoir — amour et haine ;
Insolence — respect. Tout cela doit s’unir
Et se fondre avec le coeur mystique de Jacob,
Pour lutter contre l’ange — l’art.

(Herman Melville)

 

Recueil: L’Oeil du Poète Herman Melville
Traduction: Christophe Marchand-Kiss et Charles Cestre
Editions: Textuel

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Le Jardin de la Vieillesse (Marianne Dubois)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017


 

Le Jardin de la Vieillesse

Vieillesse heureuse et infinie
Eclairée de l’intérieur,
Vieillesse glorieuse,
Accomplissement de vie
Dont la mort est la suprême étincelle,
Sois bénie dans ta beauté,
Dans ta douce plénitude.

Lorsque toutes les guerres se sont tues
Au coeur de nous-mêmes,
Lorsque tous les désirs s’effacent
Dans la confiance,
Chaque jour, comme un diamant,
Scintille au soleil du grand âge.
La joie se profile et s’élargit
Au-delà de toute frontière.

Les mondes se mélangent
Et dévoilent leur unité première.
Si le coeur, avec les ans,
Peut grandir plus loin que ses limites
Le courant d’amour qui nous relie
Guérira nos misères
Les croyances qui nous divisent
Pourront se dissoudre
Et cet élan de la conscience nous portera
Vers d’incroyables contrées
La puissance de l’esprit,
Le pouvoir du partage
Régneront peut-être,
Si nous leur donnons
Les ailes de l’intuition
Et le souffle royal d’une audace enflammée.

(Marianne Dubois)

Illustration

 

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Toute création de l’esprit est d’abord «poétique» (Saint-John Perse)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2016



saint-john-perse-2

Toute création de l’esprit est d’abord «poétique» au sens propre du mot;
et dans l’équivalence des formes sensibles et spirituelles,
une même fonction s’exerce, initialement,
pour l’entreprise du savant et pour celle du poète.
De la pensée discursive ou de l’ellipse poétique,
qui va plus loin et de plus loin?

Et de cette nuit originelle où tâtonnent deux aveugles-nés,
l’un équipé de l’outillage scientifique,
l’autre assisté des seules fulgurations de l’intuition,
qui donc plus tôt remonte,
et plus chargé de brève phosphorescence.

La réponse n’importe.
Le mystère est commun.
Et la grande aventure de l’esprit poétique
ne le cède en rien aux ouvertures dramatiques
de la science moderne.

(Saint-John Perse)

Tiré de son discours lors de la remise de son Prix Nobel 1960
Discours intégral ici: http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1960/perse-speech-fr.html

 

 

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