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Poésie

Posts Tagged ‘invasion’

UNE invasion de paroles (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
UNE invasion de paroles
tente d’assiéger le silence,
mais, comme toujours, échoue.

Elle essaie alors de coincer les choses
qui habitent le silence,
mais n’y arrive pas davantage.
Elle va finalement encercler les paroles
qui cohabitent avec le silence,
alors se produit l’imprévu :
le silence se convertit en paroles
pour mieux protéger les paroles
qui cohabitent avec lui.

Et pendant que l’invasion des autres paroles
se dissipe comme un souffle furtif,
l’insolite s’accomplit :
les paroles qui restent
ressemblent alors beaucoup plus au silence
qu’aux autres paroles.

(pour René Char)

***

UNA invasión de palabras
trata de acorralar al silencio,
pero, como siempre, fracasa.

Intenta luego arrinconar a las cosas
que habitan et silencio,
pero tampoco lo consigue.
Y va por fin a cercar a las palabras
que conviven con el silencio,
pero entonces se produce lo imprevisto :
et silencio se convierte en palabra
para proteger mejor a las palabras
que conviven con él.

Y mientras la invasión de las otras palabras
se desvanece como un soplo furtivo,
se completa lo insólito
las palabras que quedan
se asemejan ahora mucho mas al silencio
que a las otras palabras.

(para René Char)

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Pourquoi j’écris ? (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018




    
Pourquoi j’écris ?
Pourquoi je sanglote au petit matin
Pourquoi soudain ce goût de chant du cygne
Cette écume verte accumulée dans la gorge

Mon coeur est absurde comme un masque dans la pluie
La frayeur l’assimile à la mer
Mon corps est une invasion de tambours dans le silence de la nuit

Pourquoi ces nuits comme une oasis pour sorcières
Pourquoi cette conjuration d’absences
Cet enlèvement de la fille du vent

Dans la nuit m’entoure une loge exterminatrice
je t’appelle et tu ne viens pas

Je t’aime et tu ne viens pas
Pourquoi tu es venu comme l’éclair
et tu m’as laissée seule dans le dévasté

Si tu écoutais mon bruit de cellule minuscule
peuplée d’agonisants
mon halètement d’asphyxiée

Si soudain tu me voyais à la lisière du réveil,
chanteuse médusée à la cime de son étonnement
Si tu me voyais attachée à ton visage

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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La mémoire se fixe sur la douceur des peaux (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 

Illustration: Adèle Verger
    
— Fourbe est l’oubli des morts
qu’on a aimés vivants,
cruelle, l’illusion qu’aimer
se passerait des corps,

Montre-toi dans la lumière crue,
laisse-toi toucher, caresser, lécher,
laisse-moi t’enlacer à te couper le souffle,
laisse-toi envahir, conquérir, détenir,
laisse-moi m’égarer, me perdre
en cette invasion lente,

La mémoire se fixe sur la douceur des peaux,
la force des silences, les seuls mots incarnés,
alimente l’image des moments finis,
de l’humide fusion de nos corps épuisés ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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Qu’une lecture s’ouvre (Serge Sautreau)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017



Illustration
    
Qu’une lecture s’ouvre,
et le lecteur disparaît.
Evasion, expérience, invasion: personne.
Seulement l’écoute.

(Serge Sautreau)

 

Recueil: Abalochas
Editions: Pierre Bordas et fils

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CHANT DE TUAN MAC CAIRILL (Poésie Irlandaise)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



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CHANT DE TUAN MAC CAIRILL

Cinq invasions furent en Irlande,
personne n’y vint avant le déluge,
après le déluge, personne n’y vint
avant trois cent douze ans.
Partholon, fils de Sera, vint en Irlande,
en exil avec vingt-quatre hommes,
avec chacun leur femme.

Puis vint Nemed, fils d’Agnoman
qui prit la terre d’Irlande.
Son père était frère du mien.
Je le voyais du haut des rochers
mais je ne voulus pas me montrer.
J’avais de grands cheveux, de grands ongles,
j’étais gris, décrépit et nu,
dans la misère et la souffrance.
Un soir je me suis endormi et je me suis réveillé sous la forme d’un cerf.

Je fus jeune et mon esprit se réjouit.
J’ai revêtu encore un autre aspect,
un poil rude et gris.
Quand j’eus pris cette forme animale,
je devins chef des troupeaux d’Irlande.
De grandes troupes de cerfs couraient autour de moi
quelques chemins que j’allasse.
Telle fut ma vie au temps de Nemed.

Or j’étais sur le seuil de mon antre,
le souvenir m’en est resté,
je sais que changea l’aspect de mon corps
et je pris un sanglier.
Alors je fis des vers sur cette merveille :

Aujourd’hui je suis sanglier,
je suis roi, fort et victorieux.
Autrefois dans les assemblées,
mon chant était agréable,
il plaisait aux jeunes et jolies femmes,
mon char était beau et majestueux,
ma voix avait des sons graves et doux,
j’étais rapide dans les combats,
j’avais un visage charmant,
aujourd’hui je suis un noir sanglier.

Puis j’atteignis encore la vieillesse,
j’avais l’esprit triste, je ne pouvais
faire ce que je faisais autrefois.
J’habitais de sombres cavernes,
des rochers perdus, j’étais seul.
Je suis rentré dans ma demeure
me souvenant de mes formes antérieures
et j’ai jeûné pendant trois jours.
Au bout de trois jours je n’avais plus de force.
Je fus changé en un grand vautour,
en un énorme aigle de la mer.
Mon esprit fut de nouveau joyeux,
je fus capable de tout faire,
je devins chercheur et actif,
je parcourus toute l’Irlande
et je sus ce qui s’y passait.
Alors je chantai ces vers :

Vautour aujourd’hui,
j’étais sanglier autrefois.
Je vécus d’abord dans la troupe des cochons,
me voici maintenant dans celle des oiseaux.

J’ai gardé cette forme de vautour
jusqu’à ce que j’allasse en un trou d’arbre
au bord d’une rivière où je jeûnai neuf jours.
Le sommeil m’a alourdi,
j’ai été changé en saumon.
Alors je fus en la rivière.
J’y fus bien, j’y fus actif et heureux.
Je savais bien nager.
et j’échappai longtemps à tous les périls.

Mais un pêcheur me prit et me porta
à la femme de Cairill, roi de ce pays,
je m’en souviens très bien.
L’homme me mit sur le gril,
la femme eut envie de moi
et me dévora en entier.
Et je fus en son ventre.
Je me souviens du temps où j’étais
dans le ventre de la femme de Cairill,
je me souviens aussi qu’après cela
je commençais à parler comme les hommes.
Je savais tout ce qui fut en Irlande,
je fus prophète, on me donna un nom :
on m’appella Tuan fils de Cairill.

Leabhar na hUidhre.

(Poésie Irlandaise)

Illustration

 

 

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Je propose à chacun, l’ouverture des trappes intérieures (Francis Ponge)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2016


 


 Béatrice Hunckler fractalsmandalas_1501037_Mandala_S_Fleur_barococo

Je propose à chacun, l’ouverture des trappes intérieures,
un voyage dans l’épaisseur des choses, une invasion de qualités, une révolution,
ou une subversion comparable à celle qu’opère la charrue ou la pelle,
lorsque, tout à coup et pour la première fois,
sont mises à jour des millions de parcelles,
de paillettes, de racines, de vers et de petites bêtes
jusqu’alors enfouies

(Francis Ponge)

Illustration: Béatrice Hunckler

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TGV 3 (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2015



TGV 3

la nuit vient lente et grise un virus en air
le regard cherche à sentir son invasion
une fumée trois maisons un trait de neige
comment voir la pénétration de l’image
son reflux quand les mots la jettent dehors
mais rien et rien et rien un rond de lumière
quelques formes à peine vues dans la vitesse
langue balayée par la ventée du temps
le noir a déjà imbibé tout l’espace
chaque chose ainsi réduite à sa fumée
la solitude s’étend sur la fenêtre

(Bernard Noël)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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Moi je saurai bien me sauver (Daniil Harms)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2015



Moi je saurai bien me sauver
des cinq sens
et de l’invasion des signes
géométriques.

(Daniil Harms)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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