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L’ÉTÉ VIENDRA (Pierre-Bérenger Biscaye)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2018



L’ÉTÉ VIENDRA

L’été viendra, les mots
déjà le disent, et tous
les reposoirs s’écroulent
sous le bleu sans cesse
accentué. L’eau de l’air
ne se boit qu’à distance.
Tu connaîtras (l’innommée
enfin se dévoile) la mer
qui t’invite à mourir.

(Pierre-Bérenger Biscaye)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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LA CHUTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Jacob-Peter Gowi
    
LA CHUTE

C’est la chute, la chute éternelle
d’eau, de pierre, d’oiseaux blessés, le coeur blessé,
la cascade de la délivrance. Les anges tombent
comme des amants de l’azur, séparés,
et meurent de cette même mort qui nous achève tous.

Tombant dix millions d’années, nous nous jetons
dans les bras accueillants du temps;
notre vol nuptial doit finir dans la mort,
délivrance toujours recommencée
tandis que le mystique acharné„ retient son souffle.

La surface aux aguets de la mer vivante
toujours intacte, offre le sourire de l’amour,
là où le sang vivant se noie dans son extase,
régi par la nature qui fait bouger les montagnes,
se croyant délivré quand il est le moins libre.

Allons-nous sombrer, sombrer ensemble dans l’abîme?
Ici, sur le pic, neige et vent nous invitent
à tomber dans leurs gouffres.
La voie est tracée, inconnaissable la fin,
la mer nous emportera là où mènent courants et marées.

***

THE FALL

It is the fall, the eternal fall of water,
of rock, of wounded birds, and the wounded heart,
Me waterfall of freedom. Angels fall
like loyers from the azure, separate,
and die by that saine death that ends us ail.

Falling ten million years, we fling ourselves
again info the inviting arms of time;
our nuptial flight must end again in death
that serves for freedom time and lime again
while the hard labouring mystic holds his breath.

The watching surface of the living sea
ever intact, :miles with the face of love,
where living blood drowns in its ecstasy,
impelled by nature that can mountains move,
feeling most freedom when it least is free.

Shall we go down, shall ive go down together?
here on the mountain top, the wind and snow
urge us to fall, and go the way they go.
The way is clear, the end we shall not know,
the sea will carry us where tides run and currents flow.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Le théier ignore-t-il tout du thé (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2018



peu de choses
mais à leur place
dans un espace nu

l’âme dans un désordre d’eau
dont la puissance pure
invite

mêlés d’amour et confondus
jusqu’à toucher
cette présence ailleurs
faite de nous

maître
puisqu’il faut mourir

ainsi le théier
ignore-t-il tout
du thé

(Werner Lambersy)


Illustration

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Invitée (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2018




    
Invitée à n’aller plus que jusqu’au fond.

(Alejandra Pizarnik)

 

Recueil: Approximations
Traduction: Etienne Dobenesque
Editions: Ypfilon

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Le vent est de passage (André Schmitz)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018




    
Le vent est de passage
(l’inconnu, celui qui surgit
d’une brèche dans l’horizon).

Nous l’invitons à table.
Sa langue de feu fascine les enfants
son habit trouble les robes.

On voit le vin s’agiter dans ses veines.
On sent une folie nouvelle
circuler dans les sangs.

On se parle en toutes sortes de langues.
On ne comprend rien
mais on va peut-être tout savoir.

(André Schmitz)

 

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Au bord du champ (Marie Huot)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



Au bord du champ j’avais dressé une table sommaire pour t’y inviter
Je ne voulais pas forcément manger des bêtes gracieuses
je craignais de garder un peu d’elles au fond de moi
Je l’avais fait pourtant
j’avais mangé leur grâce jusqu’à l’os
Mais je ne voulais pas dire leur nom
car si mon ventre leur était une petite tombe
je craignais que leurs fantômes viennent tourner
chaque nuit devant mes yeux
soufflant à mes oreilles des plaintes ardentes
Avec toi je me sentais prête à dévorer toutes sortes de bêtes
Je l’avais fait
n’en parlons plus

(Marie Huot)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

 

 

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Là-bas, n’est-ce pas un sourire ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




Là-bas, n’est-ce pas un sourire ? Vois, ce qu’il y a là-bas
dans les champs qui débordaient d’abondance,
n’est-ce pas ce que nous-mêmes laissons modestement fleurir
quand nous l’invitons à venir sur notre visage ?

***

Ist dort nicht Lächeln? Siehe, steht dort nicht
in Feldern, die von Fülle übergingen,
was wir zu einem kleinen Aufblühn bringen,
wenn wirs bemühn in unser Angesicht?

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Pins de l’océan (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Illustration: Marc Pfund

    

à Antoine Faivre
Pins de l’océan

Grands vaisseaux charpentés
Pour les vagues du vent
Dans la forêt des mâts
Et des haubans
Vous accueillez
Les fables hauturières

A quels rêves
De long voyage
Nous invite
Votre immobilité ?

Beau peuple terrien
Vous nous accompagnez
Depuis les premiers âges
De vos rumeurs
Et de vos ombres
Est-ce votre amitié
Qui nous enseigne
Contre l’oubli
D’offrir dans la ferveur
De nos paumes levées
Une âme assez rendue
A son mystère ?

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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LE GOINFRE D’AMOUR (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Gérard de Lairesse
    
LE GOINFRE D’AMOUR

Non, non, l’amour vivant, quoi que toi-même en dises,
N’est pas un délicat épris de gourmandises
Qui grignote du bout des dents, plein de dégoûts,
Réglant son estomac, buvant à petits coups,

Craignant les larges plats et la grande rasade,
Et restant sur sa faim pour n’être pas malade.
C’est un goinfre attablé qui, plus que de raison
Enivré de vin pur, gavé de venaison,

Ote le ceinturon qui lui gêne la taille
Et, sans peur d’avoir mal au ventre, fait ripaille.
Il ne sait si demain sera jour de gala
Et veut manger de tout pendant que tout est là.

[…]

Affamés et grinçant des dents comme les loups.
Vous aurez des remords, et vous serez jaloux
De ceux qui se seront gaîment garni la panse.
Mais vous aurez beau faire et vous mettre en dépense,
Et chercher autre part un semblable repas ;
Ces beaux festins d’amour ne se retrouvent pas.

[…]

A la table divine où l’on doit manger vite
La jeunesse prodigue en passant vous invite.
Il faut mettre à profit cet hôte hasardeux,
Qui reçoit une fois les gens, mais jamais deux.

Maîtresse, c’est pourquoi je bois à perdre haleine,
Pourquoi je veux avoir toujours la bouche pleine,
Pourquoi mes appétits, sans paraître apaisés,
Font si large bombance au banquet des baisers.

(Jean Richepin)

 

 

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Pizza après la messe (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018



 

hostie

Pizza après la messe

Au sortir de la messe
du couvent
des Clarisses
le vieux prêtre
m’attendait :
«Ça te dit une pizza, je t’invite
il y a une pizzeria super au coin de la rue. »

Je faillis lui répondre
amen.
La pizza était bonne
ses quatre-vingt-quatre ans
me parlaient
d’une foi
qui s’est enfuie
avec
les prêtres ouvriers
et
leurs fidèles.

Hommes noirs de suie
qui chantaient
L’Internationale
après
la messe.
Il me dit quelques mots
en arabe
qu’il avait appris
au contact
des premiers exploités
tunisiens
à qui la France
donna la chance
d’engraisser
les usines
Renault.
Il me dit enfin
«Saint François d’Assise
finit nu
face contre terre.»
L’église Saint-Pierre de Rome
brille encore
des indulgences
et du sang

des fidèles.
Avec nous
à table
je sentais
une troisième personne
qui rompait le pain
face à cet homme
simple
comme
une pizza
un verre d’eau
et l’amour
du père.

(Balbino)

 

 

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