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Posts Tagged ‘invocation’

INVOCATION (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Auguste Clésinger
    
INVOCATION

Un poème s’approche,
un poème m’entoure,
le poème s’annonce,
le poème plane
au-dessus des brumes
et ondoie, esprit
que je veux voir s’incarner.
Que mon corps soit en sueur,
que des serpents mordent mon sein,
que mes yeux soient aveugles, sourdes mes oreilles,
tremblantes mes mains,
ma bouche asséchée, ma matrice arrachée,
mon ventre balafré, mon dos flagellé,
ma langue coupée en longes de cuir,
mes seins transpercés par la grêle,
ma tête tranchée,

si seulement les lèvres pouvaient parler,
et le dieu, venir.

***

INVOCATION

There is a poem on the way,
there is a poem all round me,
the poem is in the near future,
the poem is in the upper air
above the foggy atmosphere
it hovers, a spirit
that I would make incarnate.
Let my body sweat
let snakes torment my breast
my eyes be blind, ears deaf, bands distraught
mouth parched, uterus cul out,
belly slashed, back lashed,
tongue slivered into thongs of leather
rain stones inserted in my breasts,
head severed,

if only the lips may speak,
if only the god will corne.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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DEUX INVOCATIONS DE MORT (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018




DEUX INVOCATIONS DE MORT

I

Mort, je me repens
De ces mains, de ces pieds
Qui pendant quarante ans
Ont été les miens
Et je me repens
De la chair et de l’os,
Du coeur et du foie,
Des cheveux et de la peau
Délivre-moi, mort,
Du visage et de la forme,
De tout ce que je suis.

Et je me repens
Des formes de la pensée,
Des habitudes de l’esprit
Et du coeur perclus
Par l’ancienne douleur,
Des traces de mémoire
Flétries et usées
Des lieux évanouis
Et de ces visages
Qui n’ont pas été
Bien vus ni compris,
Délivre-moi, mort,
Des mots dont j’ai usé.

Non pas tel ou tel acte
Mais tout est mal
De ce que j’ai fait,
Et j’ai vu
Douleur et péché
Souiller le monde —
Délie-moi, mort,
Pardonne, efface
Des lieux et du temps
La trace de tout
Ce que j’ai été.

II

Je suis venue d’un lieu
En dehors du temps,
Née du battement d’un coeur
Ignorant la douleur.
Le soleil et la lune,
Le vent et le monde,
Le chant et l’oiseau
Ont traversé ma pensée
Dans un temps sans limite.
Connaîtrai-je enfin
Mon bonheur perdu ?

Dis-moi, mort,
Combien de temps dois-je pleurer
Ma propre douleur.
Alors que je demeure
Le monde finit,
Les forêts s’écroulent,
Les soleils s’effacent,
Alors que je suis là
L’aujourd’hui finit
Et dans mes bras
Les vivants meurent.
Arriverai-je enfin
Au commencement perdu ?

Des mots et des mots
Pleuvent dans mon esprit
Comme du sable dans la coquille
Du labyrinthe de l’oreille,
Le désert du cerveau
Fait de villes, de solitudes,
Rêves, rêveries
Et l’immense oubli.
Apprendrai-je enfin
Le sens perdu ?

Oh mon amour perdu
Je t’ai vu t’envoler
Au loin comme un oiseau,
Comme un poisson me fuir,
Comme une pierre m’ignorer,
Dans le dédale d’un arbre
Tu as fermé contre moi
Les espaces de la terre,
Prolongé la distance
Infinie des étoiles,
Et tes yeux étranges
Ne m’ont pas reconnue,
Epine tu m’as blessée,
Feu tu m’as brûlée,
Griffes tu m’as déchirée.
Combien de temps devrai-je endurer
Le moi et l’identité —
Trouverai-je enfin
Mon être perdu ?

***

TWO INVOCATIONS OF DEATH

I

Death, I repent
Of these hands and feet
That for forty years
Have been my own
And I repent
Of flesh and bone,
Of heart and liver,
Of hair and skin —
Rid me, death,
Of face and form,
Of all that I am.

And I repent
Of the forms of thought,
The habit of mind
And heart crippled
By long-spent pain,
The memory-traces
Faded and worn
Of vanished places
And human faces
Not rightly seen
Or understood
Rid me, death,
Of the words I have used.

Not this or that
But all is amiss,
That I have done,
And I have seen
Sin and sorrow
Befoul the world
Release me, death,
Forgive, remove
From place and time
The trace of all
That I have been.

From a place I came
That was never in time,
From the beat of a heart
That was never in pain.
The sun and the moon,
The wind and the world,
The song and the bird
Travelled my thought
Time out of mind.
Shall I know at last
My lost delight?

Tell me, death,
How long must I sorrow
My own sorrow?
While I remain
The world is ending,
Forests are falling,
Suns are fading,
While I am here
Now is ending
And in my arms
The living are dying.
Shall I come at last
To the lost beginning?

Words and words
Pour through my mind
Like sand in the shell
Of the ear’s labyrinth,
The desert of brain’s
Cities and solitudes,
Dreams, speculations
And vast forgetfulness.
Shall I learn at last
The lost meaning?

Oh my lost love
I have seen you fly
Away like a bird,
As a fish elude me,
A stone ignore me,
In a tree’s maze
You have closed against me
The spaces of earth,
Prolonged to the stars’
Infinite distances,
With strange eyes
You have not known me,
Thorn you have wounded,
Fire you have burned
And talons torn me.
How long must I bear
Self and identity —
Shall I find at last
My lost being?

(Kathleen Raine)

Illustration: Ibara

 

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INVOCATION (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



Illustration: Rafal Olbinski
    
INVOCATION

le ciel s’éteint
les yeux s’éclairent

ne nous pardonne rien

comme le couteau
de l’arc-en-ciel
qui tranche
le grand froid de la nuit

quand la mort
n’en finit pas
de chasser la vie

ne pardonne rien
aux hommes consumés
d’aube et de crépuscule

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Infiniment proche
Editions: Gallimard

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La vie est un bol de cerises (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
la vie est un bol de cerises juteuses
tu goûtes
la chair sucrée de la Voie lactée
autant d’âmes
qu’il existe d’étoiles
tu prêtes enfin
attention à la splendeur
les limites se déchirent
l’impossible vient se blottir
dans ta gorge
ta vision devient tactile
tu files
vers le bleu rubis
vers le rouge outremer
invocation
de celui qui
s’incline
au fond de lui-même
invocation
ininterrompue
laisse fredonner l’intensité
laisse
fredonner la
spirale nocturne
laisse-la monter
laisse
la nuit poreuse
chanter dans tes veines

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Invocation à la Lune (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



Invocation à la Lune

Ô Lune chasseresse aux flèches très légères,
Viens détruire d’un trait mes amours mensongères !
Viens détruire les faux baisers, les faux espoirs,
Toi dont les traits ont su percer les troupeaux noirs !

Toi qui fus autrefois l’Amie et la Maîtresse,
Incline-toi vers moi, dans ma grande détresse !…
Dis-moi que nul regard n’est divinement beau
Pour qui sait contempler le grand regard de l’eau !…

O Lune, toi qui sais disperser les mensonges,
Eloigne le troupeau serré des mauvais songes !
Et, daignant aiguiser l’arc d’argent bleu qui luit,
Accorde-moi l’espoir d’un rayon dans la nuit !

O Lune, toi qui sais rendre l’âme à soi-même
Dans sa vérité froide, indifférente et blême !
O toi, victorieuse adversaire du jour,
Accorde-moi le don d’échapper à l’amour !

(Renée Vivien)

Illustration: James Sant

 

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Invocation (Henri de Régnier)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2016



Invocation

Pour que la nuit soit douce, il faudra que les roses,
Du jardin parfumé jusques à la maison,
Par la fenêtre ouverte à leurs odeurs écloses,
Parfument mollement l’ombre où nous nous taisons.

Pour que la nuit soit belle, il faudra le silence
De la campagne obscure et du ciel étoilé,
Et que chacun de nous entende ce qu’il pense
Redit par une voix qui n’aura pas parlé.

Pour que la nuit soit belle et douce et soit divine
Le silence et les fleurs ne lui suffiront pas,
Ni le jardin nocturne et les roses voisines,
Ni la terre qui dort, sans rumeurs et sans pas ;

Car vous seul, bel Amour, vous pouvez, si vous êtes
Favorable à nos cœurs, qu’unit la volupté,
Ajouter en secret à ces heures parfaites
Une grave, profonde et suprême beauté.

***

Invocation

For the night to be tender the roses should,
From the perfumed garden right up to the house,
Through the open window with their blossoming fragrance,
Gently perfume the shadow where we keep silence.

For the night to be beautiful silence is needed
From the dark countryside and the starry sky,
And that each of us hears what he thinks
Spoken again by a voice that will not have spoken.

For the night to be beautiful and tender, to be divine,
Silence and flowers are not enough,
Neither the garden at night with the nearby roses,
Nor the sleeping earth, without a noise, without a step;

For you alone, beautiful Love, you can, if you are
Favourable to our hearts, united by ecstasy,
Add in secret to these perfect hours
A solemn, deep and supreme beauty

(Henri de Régnier)

 Illustration: Salvador Dali

 

 

 

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INVOCATIONS (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2015




INVOCATIONS

Insiste en ton étreinte,
redouble ta fureur,
crée un espace d’injures
entre moi et le miroir,
crée un chant de lépreuse
entre moi et celle que je me crois.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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