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Posts Tagged ‘invoquer’

DEVANT L’OMBRE VIERGE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Ernest Pignon-Ernest extases 211

DEVANT L’OMBRE VIERGE

Moi toujours te pénétrant,
mais toi toujours vierge,
ombre ; comme ce jour
où je vins d’abord,
invoquant ton secret,
lourd d’une libre ardeur !

Vierge obscure et pleine,
percée d’iris profonds
à peine visibles ; toute
noire, avec les sublimes
étoiles, qui, ne parviennent pas
de là-haut — à te découvrir !

***

ANTE LA SOMBRA VIRJEN

¡Siempre yo penetrándote,
pero tú siempre virjen,
sombra; como aquel día
en que primero vine
llamando a tu secreto,
cargado de afán libre!

¡Virjen oscura y plena,
pasada de hondos iris
que apenas se ven; negra
toda, con las sublimes
estrellas, que no llegan
—arriba— a descubrirte!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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La nature est un gaspillage (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



La nature est un gaspillage.
La pensée l’est aussi.

Mais il y a, entre elles deux, des ilots de solitude
où parfois se concentre l’oublié,
où l’homme de nouveau peut invoquer l’harmonie.

Bien qu’à l’évidence le gaspillage continue.

(Roberto Juarroz)

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Hermès (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



Saint-Michel

Hommage aux anges
[33]

Hermès emprunta son attribut
de guide-des-morts à Toth

et la croix-T devient caducée ;
l’ancienne église invoque

saint Michel et Notre Dame
sur le lit de mort ; Hermès Trismégiste

transperce, avec saint Michel,
les ténèbres de l’ignorance,

jette le Vieux Dragon
dans l’abîme.

[34]

Ainsi saint Michel
régent de la planète Mercure,

n’est pas absent
quand nous convoquons les autres Anges,

une autre bougie apparaît
sur le grand-autel,

elle brûle d’une flamme puissante
mais frémit

et s’avive et s’assombrit
et s’avive à nouveau ;

souviens-toi, c’était Thot
avec une plume

qui pesait les âmes
des morts.

***

Hermes took his attribute
of Leader-of-the-dead from Thoth

and the T-cross becomes caduceus ;
the old-church makes its invocation

to Saint Michael and Our Lady
at the death-bed; Hermes Trismegistus

spears, with Saint Michael,
the darkness of ignorance,

casts the Old Dragon
into the abyss.

So Saint Michael,
regent of the planet Mercury,

is not absent
when we summon the other Angels,

another candle appears
on the high-altar,

it burns with a potent flame
but quivers

and quickens and darkens
and quickens again;

remember, it was Thoth
with a feather

who weighed the souls
of the dead.

(Hilda Doolittle)

 Illustration

 

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N’aies d’autres dieux devant moi (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Nicolas Poussin veau d'or p

Les murs ne tombent pas
[37]

N’aies d’autres dieux devant moi ;
pas sur la mer

nous ne supplierons Triton ou Dauphin,
pas sur la terre

nous n’élèverons de visage ravi ni de mains jointes
devant le laurier ou le chêne,

pas dans le ciel
nous n’invoquerons séparément

Orion ou Sirius
ou les admirateurs de l’Ourse,

pas dans les hautes sphères de l’air
d’Algorab, Regulus ou Deneb

nous ne demanderons
de l’aide — ou alors, le ferons-nous ?

***

Thou shalt have none other gods but me;
not on the sea

shall we entreat Triton or Dolphin,
not on the land

shall we lift rapt face and clasp hands
before laurel or oak-tree,

not in the sky
shall we invoke separately

Orion or Sirius
or the followers of the Bear,

not in the higher air
of Algorab, Regulus or Deneb

shall we cry
for help—or shall we?

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Nicolas Poussin

 

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Tes murs ne tombent pas (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



jaspe_corail_01

Hommage aux anges
[2]

Tes murs ne tombent pas, dit-il,
parce que tes murs sont de jaspe ;

mais pas carrée, ai-je pensé,
une autre forme (octaèdre ?)

glissa à la place
réservée par règle et rite

pour les douze fondements,
pour le verre tréluisant,

car elle n’a que faire du soleil
ni de la lune pour luire ;

car la vision comme nous la voyons
ou l’avons vue ou l’avons imaginée

ou autrefois invoquée
ou conjurée ou l’avions conjurée

par un autre a été usurpée ;
j’ai vu la forme

qui aurait pu être de jaspe,
mais elle n’était pas carrée.

***

Your walls do not fall, he said,
because your walls are made of jasper;

but not four-square, I thought,
another shape (octahedron?)

slipped into the place
reserved by rule and rite

for the twelve foundations,
for the transparent glass,

for no need of the sun
nor moon to shine;

for the vision as we see
or have seen or imagined it

or in the past invoked
or conjured up or had conjured

by another, was usurped;
I saw the shape

which might have been of jasper,
but it was not four-square.

(Hilda Doolittle)

Illustration

 

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AU DÉSESPOIR (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



    

AU DÉSESPOIR

C’est toi que j’invoque ce soir,
Ô consolant, rassurant Désespoir,
De la douleur extrémité certaine,
Fin de la crainte au sommet de la peine!
Dans mes malheurs que tu viens à propos,
Combien me plaît ton austère figure,
Bon Désespoir, de la mort doux augure,
Désespoir, fourrier du repos.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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Chant (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2018



Chant

Où vas-tu, toi qui dans le vent aride cours
par une de ces rues sans saisons
derrière des murs lumineux de laquelle
un pas qui vient à retentir excite les chiens
et éveille l’écho ? Vus de la maison
d’où je te regarde, où le corps est vivant,
mouvement et quiétude se défont.

Je t’invoque pour la nuit
qui vient et pour le sommeil ;
toi qui souffres, toi seule peut me secourir
dans ce passage aveugle du temps
vers le temps, dans cet âpre voyage
de celui que je suis à celui que je serai,
vivant une vie dans la vie,
dormant un sommeil dans le sommeil.
Toi, adorée, qui souffres comme moi,
toi dont cela me donne le vertige de penser
que le temps, ce froid
parmi les astres et sur les tempes et autre chose encore, contient
la naissance, la maladie, la mort,
la présence de mon ciel et la perte.

***

Dove vai che nel vento arido corri
una di quelle vie senza stagioni
dietro i cui muri luminosi
un passo che rintroni aizza i cani
e sveglia l’eco ? Visti dalla casa
da cui ti guardo, dove il corpo vive,
movimento e quietudine si sfanno.

T’invoco per la notte
che viene e per il sonno ;
tu che soffri, tu sola puoi soccorrermi
in questo cieco transito dal tempo
al tempo, in questo aspro viaggio
da quel che sono a quello che saro
vivendo una vita nella vita,
dormendo un sonno nel sonno.
Tu, adorata, che soffri comme me,
di cui mi dà vertigine pensare
che il tempo, questo freddo
tra gli astri e sulle tempie e altro, contiene
la nascita, la malattia, la morte,
la presenza nel mio cielo e la perdita.

(Mario Luzi)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Cesar Santos

 

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Chant du feu (Léopold Sedar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2018



Feu que les hommes regardent dans la nuit, dans la nuit profonde,
Feu qui brûles et ne chauffes pas, qui brilles et ne brûles pas,
Feu qui voles sans corps, sans cœur, qui ne connais case ni foyer,
Feu transparent des palmes, un homme sans peur t’invoque.
Feu des sorciers, ton père est où? Ta mère est où? Qui t’a nourri?
Tu es ton père, tu es ta mère, tu passes et ne laisses traces.
Le bois sec ne t’engendre, tu n’as pas les cendres pour filles, tu meurs et ne meurs pas.
L’âme errante se transforme en toi, et nul ne le sait.
Feu des sorciers, Esprit des eaux inférieures, Esprit des airs supérieurs,
Fulgore qui brilles, luciole qui illumines le marais,
Oiseau sans aile, chose sans corps,
Esprit de la Force du Feu,
Écoute ma voix: un homme sans peur t’invoque.

(Léopold Sedar Senghor)

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VOLUPTUEUSE (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2018



VOLUPTUEUSE

Comment la peindre ? Absente, tu l’invoques
— Elle est tantôt dessus, tantôt dessous —
Et tu la vois venir avec ses roues
D’or éveilleuses d’orgues.

La mer, la mer : faut-il qu’elle te charme
Par cette nappe au loin, de vif argent —
Ou qu’elle soit la grande aile qui rame
À perte d’horizon ?

Voluptueuse au clair du soir, tu sais
Qu’elle est encor la brusque, la sauvage :
Irradiée au feu de tes pensées,
La mer, braise et langage !

(Jules Tordjman)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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L’absence de dieu (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’absence de dieu me fortifie,
je puis invoquer mieux son absence
que si j’invoquais sa présence.

Le silence de dieu

me laisse parler.
Sans son mutisme
je n’aurais rien appris à dire.

Ainsi par contre
je dépose chaque parole
en un point du silence de dieu,
en un fragment de son absence.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 12
Traduction:
Editions:

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