Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘ironique’

PLATRE (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2018



statue brisée 3f

PLATRE

Cette petite statue de plâtre, quand elle était neuve
— Le plâtre très blanc, les lignes très pures, —
Suggérait imparfaitement l’image de la vie
(Quoique la figure pleurât).
Depuis de longues années je l’ai chez moi.
Le temps l’a vieillie, l’a rongée,
l’a barbouillée d’une patine jaune sale.
Mes yeux, de tant la regarder,
L’ont imprégnée de mon humanité ironique de phtisique.

Un jour une main maladroite
Par inadvertance la fit choir et la brisa.
Alors je m’agenouillai plein de rage,
recueillis ces tristes fragments et reconstituai la statuette qui pleurait.
Et le temps passa sur les blessures et obscurcit encore davantage
la souillure mordante de la patine…

Aujourd’hui ce petit plâtre commercial
Est touchant. Il vit, et me fait maintenant songer
Que seul est vraiment vivant ce qui a déjà souffert.

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ténèbres (Mathieu Bénézet)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2017



Illustration: Alfred Kubin
    
Ténèbres Un train a déraillé sur les doigts de notre amour La
sueur humide est cette aurore qu’une main voudrait griffer déchirer
briser comme une vitre Ténèbres Un arbre écartèle ses branches
dans l’air lourd comme un ascenseur bondé aux heures d’affluence
L’égout ironique
Je te désirais

(Mathieu Bénézet)

 

Recueil: … Et nous apprîmes
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

FAIT DIVERS (Jean-Michel Robert)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2016



FAIT DIVERS

il était seul
dans son salon et ses pantoufles
quand l’écrasa
un énorme bloc de silence
qui se voulait ironique

(Jean-Michel Robert)

Tiré de « LA MEILLEURE CACHETTE C’ÉTAIT NOUS » Editions Grostextes

Illustration: Boris Taslitzky

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

DANS L’ESPACE (José Ángel Valente)

Posted by arbrealettres sur 8 décembre 2015



DANS L’ESPACE
entre lui et son ombre dédoublée,
l’ange est, pensa-t-il,
ironique et oblique.

***

EN EL ESPACIO
entre él y su sombra desdoblada,
el ángel es, pensó,
irónico y oblicuo.

(José Ángel Valente)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | 3 Comments »

Je voudrais te connaître jusqu’à l’enfance (Jean-Pierre Faye)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2015



Edvard Munch23

Je voudrais te connaître jusqu’à l’enfance
Comme en remontant un fleuve tranquille
Jusqu’au village ancien mûri au creux de l’eau
Tailladé de contre-jour
Par delà l’arche blanche et le gué à fleur de glace
— Remontée jusqu’à l’hiver
Et la chambre à l’odeur de bois qui rit toute seule
Parmi les jouets d’autrefois gauches ensommeillés
Devant l’armoire entr’ouverte la glace ironique et vide
Le rire au goût de robe
Et l’avalanche dans la grange au fil du foin
Je descends le fleuve qui monte
Je le descends vers sa naissance dans ses plis miroitants et lourds
Au long des méandres pesants portant un poids profond et cher
Tu seras là
Femme prise à la source

(Jean-Pierre Faye)

Illustration: Edvard Munch

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il est des moments dans la vie (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2015



 

Il est des moments dans la vie où l’on a presque l’impression d’entendre
l’ironique froufrou du temps qui se dévide,
Et la mort marque des points sur nous.
On s’ennuie un peu, et on accepte de se détourner provisoirement de l’essentiel
pour consacrer quelques minutes à l’accomplissement d’une besogne ennuyeuse et sans joie
mais que l’on croyait rapide,
Et puis on se retourne, et l’on s’aperçoit avec écoeurement
que deux heures de plus ont glissé dans le vide,

Le temps n’a pas pitié de nous.

À la fin de certaines journées on a l’impression d’avoir vécu un quart d’heure
et naturellement on se met à penser à son âge,
Alors on essaie d’imaginer une ruse une sorte de coup de poker
qui nous ferait gagner six mois et le meilleur moyen est encore de noircir une page,
Car sauf à certains moments historiques précis
et pour certains individus dont les noms sont écrits dans nos livres,
Le meilleur moyen de gagner la partie contre le temps
est encore de renoncer dans une certaine mesure à y vivre.

Le lieu où nos gestes se déroulent et s’inscrivent harmonieusement dans l’espace
et suscitent leur propre chronologie,
Le lieu où tous nos êtres dispersés marchent de front et où tout décalage est aboli,
Le lieu magique de l’absolu et de la transcendance
Où la parole est chant, où la démarche est danse
N’existe pas sur Terre,

Mais nous marchons vers lui.

(Michel Houellebecq)

Illustration: Edward Hopper

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

La chanson des ingénues (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 29 mai 2015



 

Alexander Sulimov (12) [1280x768]

La chanson des ingénues

Nous sommes les Ingénues
Aux bandeaux plats, à l’oeil bleu,
Qui vivons, presque inconnues,
Dans les romans qu’on lit peu.

Nous allons entrelacées,
Et le jour n’est pas plus pur
Que le fond de nos pensées,
Et nos rêves sont d’azur ;

Et nous courons par les prés
Et rions et babillons
Des aubes jusqu’aux vesprées,
Et chassons aux papillons ;

Et des chapeaux de bergères
Défendent notre fraîcheur
Et nos robes – si légères –
Sont d’une extrême blancheur ;

Les Richelieux, les Caussades
Et les chevaliers Faublas
Nous prodiguent les oeillades,
Les saluts et les « hélas ! »

Mais en vain, et leurs mimiques
Se viennent casser le nez
Devant les plis ironiques
De nos jupons détournés ;

Et notre candeur se raille
Des imaginations
De ces raseurs de muraille,
Bien que parfois nous sentions

Battre nos coeurs sous nos mantes
À des pensers clandestins,
En nous sachant les amantes
Futures des libertins.

(Paul Verlaine)

Illustration: Alexander Sulimov

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Là (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2015



Là.

Chercher. Chercher encore,
un chien enroué, un requin ironique, un héron,
une corne, un rire inouï.
Chercher une noce
inconnue, une couronne,
un cœur, un écrin.
Ne rien nier. Énoncer.
Écrire ce rune unique,
ce cri noir noué, ce couru rêche.

(Georges Perec)

Découvert ici chez Pur Rien ici

Illustration: Evgeni Gordiets

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :