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Poésie

Posts Tagged ‘irréel’

Regard (Gertrude Millaire)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2016



À force de voyager dans l’azur
l’oeil traverse l’infini
sans chercher à voir ce qui se cache derrière
sans apercevoir dans l’ombre
la passagère qui déshabille l’instant

elle file dans ma mémoire secrète
très loin
très loin du rêve incandescent
qui pénètre l’insoutenable mensonge
de très loin elle scrute
on ne sait quoi
elle cherche des lumières
des choses qui brillent
des trucs grands ouverts sur l’immensité
des objets perdus sur le terrain de l’irréel
peut-être enfouis
à tout jamais

(Gertrude Millaire)


Illustration

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NUIT (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2016



Anita Burnaz _dreamingklein

NUIT

LA nuit voudrait changer d’étoiles
Comme toi qui changes de ciel
A mesure que tu dévoiles
Dans l’ombre un visage irréel.

(Louis Emié)

Illustration: Anita Burnaz

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PRISON (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



PRISON

Ils jouent au football
soudaine confusion – la balle
a fait le mur.

*

Ils font souvent du bruit
pour effrayer le temps jusqu’à
ce qu’il trotte plus vite.

*

Des vies mal épelées –
la beauté subsiste sous forme
de tatouages.

*

Quand on reprit le fugitif
il avait les poches pleines
de chanterelles.

*

Le fracas des ateliers
et les pas lourds du mirador
déroutaient la forêt.

*

Le portail s’ouvre en glissant
nous voici dans la cour du pénitencier
dans une nouvelle saison.

Les lampes du mur s’allument –
le pilote du vol de nuit voit une tache
de lumière irréelle.

*

Nuit – un semi-remorque
passe tout près, les détenus
rêvent en tremblant.

*

Le garçon boit du lait
et s’endort tranquille dans sa cellule
une mère de pierre.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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VERS LA MER (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2016



VERS LA MER

Mon coeur sourd de la Mer et se résorbe en elle…

Rien dans le vent du large où rêver ta terrasse:
Pas un pétale, un papillon — pas même une aile; —
Ni senteur de verger parmi l’embrun qui chasse,
Ni même un bruissement de feuillage irréel
Dans le glas monotone et tenace
Qui hurle — es-tu donc morte? — au ressac de Frehel.

Près de la grande croix éperdue et tragique
Dont j’ai vêtu le nu gibet de notre amour,
J’ai pleuré vers la mer sanglotante en réplique,
Comme ta voix, peut-être, et comme ton coeur lourd;
Par delà l’océan qui geint son rêve sourd,
J’ai guetté ta réplique.

L’herbe est plus gaie au creux de nos ravins, sans doute;
Notre lac est plus bleu — car c’est le jeune été;
L’île à l’ancre dort telle encore qu’elle était,
Et le sentier du roc court rieur sous sa voûte,
Et son seuil est fleuri que tes pas ont fêté
Et son écho s’émeut que ta voix a fêté!…

— Mon âme dans la mer des larmes s’est dissoute,
Mon coeur, dans la mer je l’ai jeté!
Le jardin bruissait dès le seuil
Des oiseaux s’envolant du porche;
L’ombre d’un hêtre, dès le seuil,
Traînait en violet de deuil;
Autour d’un rosier, rose torche,
Vibraient en halo des abeilles;
C’était le Pays des Merveilles
Que nous contemplions du porche
— Un rêve de futures veilles. —

Au long des buissons fleuris d’ambre,
Près des rocs gris comme Décembre,
Sous le poids de tes cheveux tu te cambres,
De tes cheveux en nuée et si lourds
De leur or d’encensoir où brûleraient des ambres….
Qu’eût-il été de nos amours?
— Si vers mes désirs tu te cambres
Par delà l’océan qui geint ses rêves sourds
Rien ne sera de nos amours!…

Si j’avais pensé de te dire
« Que des bleuets sont dans tes yeux,
« Et des roses dans ton sourire
« Et des épis dans tes cheveux. »
Et pourtant j’ai pensé te dire:
« Que la vie est douce à qui le veut,
« Qu’en tout regard un regard se mire,
« Qu’en toute voix un écho s’émeut; »
Mais pouvais-je savoir — la folie! —
Pour quelle douleur je t’aimais
Et que la vie est triste et s’oublie,
Et que le temps meurt à jamais…

Nous dérivions, des heures, aux rives,
Où les branches nous tendaient leurs ombres,
Et parfois se joignaient en ogives
Comme en des cathédrales sombres;
Et quelque courant nous menait,
A sa guise lente, où dort la crique;
Et ce nénuphar à mon péril donné,
Et le rire en sourire qui fut ta réplique…
Quelle heure d’éternité sonnait?
Car voici que j’écoute toujours
Par delà l’océan qui geint ses rêves sourds
Et guettant ta réplique.

Mon âme dans la mer se noie
Mon coeur saigne aux vagues moroses…

Où vas-tu cueillir le jasmin?
Où fais-tu récolte de roses?
Sais-tu où refleurit la joie?
— Mon coeur ne sait plus le chemin,
Mon âme dans la mer se noie —

J’ai pleuré vers la mer qui surgit et déferle,
Et, fou, je te tendais la main,
Rêve qui te dissous en vapeurs au lointain,
Comme croule mourant un flot qui déferle;
Rêve d’aube que vint dissiper le matin,
Comme essoré, s’efface un chant de merle;
Rêve d’amour défunt, hantant tout lendemain,
Comme, doucement retirée, une main
Laisse l’empreinte d’une perle
Indélébile aux doigts qui la serraient en vain.

J’ai pleuré vers la mer qui sanglote et déferle.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: ArbreaPhotos  

 

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Le matin du monde (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 9 février 2016



Le matin du monde

Alentour naissaient mille bruits
Mais si pleins encor de silence
Que l’oreille croyait ouïr
Le chant de sa propre innocence.

Tout vivait en se regardant,
Miroir était le voisinage
Où chaque chose allait rêvant
À l’éclosion de son âge.

Les palmiers trouvant forme
Où balancer leur plaisir pur
Appelaient de loin les oiseaux
Pour leur montrer leurs dentelures.

Un cheval blanc découvrait l’homme
Qui s’avançait à petit bruit,
Avec la Terre autour de lui
Tournant pour son cœur astrologue.

Le cheval bougeait des naseaux
Puis hennissait comme en plein ciel
Et tout entouré d’irréel
S’abandonnait à son galop.

Dans la rue, des enfants, des femmes,
À de beaux nuages pareils,
S’assemblaient pour chercher leur âme
Et passaient de l’ombre au soleil.

Mille coqs traçaient de leurs chants
Les frontières de la campagne
Mais les vagues de l’océan
Hésitaient entre vingt rivages.

L’heure était si riche en rameurs,
En nageuses phosphorescentes
Que les étoiles oublièrent
Leurs reflets dans les eaux parlantes.

(Jules Supervielle)

Illustration: Ibara

 

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C’est parce que tu fuis (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2016



C’est parce que tu fuis la nuit que la nuit se dérobe à toi.

C’est parce que tu cherches refuge dans les clartés de l’irréel
que t’est devenue imperceptible la lumière secrète des choses.

Tu ne vois les corps que dans la clarté unique du soleil.
Dans la brûlure sacrificielle du dieu.

Accepte l’obscurité,
et toutes choses soudain s’illuminent comme de l’intérieur.

(Gérard Pfister)

 

 

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L’irréel (Jean-Claude Renard)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2016



L’irréel ne le serait-il point ou juste assez pour s’accomplir?
Une presque voix traverse les rocs.
Utile, même à quoi m’échappe, je veillerai.
Car là, dans le désert, Rien n’est pas le néant, Rien patiente,
annonçant aux soifs plus que tout : cette joie, par pur
abîme dédiée, qui dépasse déclin et destin!

(Jean-Claude Renard)

 

 

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Qui l’a éprouvé (Gunnar Ekelöf)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2015


Rafal_Olbinski

 

Qui l’a éprouvé
et qui ne l’a pas éprouvé?
Soudain
tout te devient étranger
Dans la ruelle les voix se font lointaines
ainsi que les pas
comme étouffés par des portes et des fenêtres verrouillées
qui pourtant sont ouvertes
Le toucher n’a plus de vigueur
et l’objet que tu tenais à la main
tombe sans bruit sur le sol
Les couleurs se confondent
et changent de forme, elles scintillent
comme de petits dés qui roulent
au fond d’une boîte obscure
On devine une présence
irréelle
qui est la cause de tout cela.

(Gunnar Ekelöf)

 

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L’EFFRAIE (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2015



 

L’EFFRAIE

Je sais maintenant que je ne possède rien,
pas même ce bel or qui est feuilles pourries,
encore moins ces jours volant d’hier à demain
à grands coups d’ailes vers une heureuse patrie.

Elle fut avec eux, l’émigrante fanée,
la beauté faible, avec ses secrets décevants,
vêtue de brume. On l’aura sans doute emmenée
ailleurs, par ces forêts pluvieuses. Comme avant,

je me retrouve au seuil d’un hiver irréel
où chante le bouvreuil obstiné, seul appel
qui ne cesse pas, comme le lierre. Mais qui peut dire

quel est son sens? Je vois ma santé se réduire,
pareille à ce feu bref au-devant du brouillard
qu’un vent glacial avive, efface… Il se fait tard.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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Pourquoi nous émouvoir d’un paysage d’oiseaux (Christian Bachelin)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2015



Pourquoi nous émouvoir d’un paysage d’oiseaux
D’une alouette sonnant les matines du soir
Simplement d’une abeille cognant sur la vitre
Si déjà la rumeur ne réveille l’écho
D’une autre nostalgie plus vaste que l’oubli
Et nous qui sommes fous d’irréel de mystère
Pourquoi nous éblouir seulement d’une pomme
Toute ronde vêtue de clarté coutumière
Comme si par le charme ultime d’un regard
L’intemporel devait s’enraciner ici
A l’ombre d’un seul jour au ciel d’un seul pays.

(Christian Bachelin)

Illustration: http://epire.fr/galerie3.html

 

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