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Poésie

Posts Tagged ‘irréelle’

Absence (Paul Géraldy)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



Absence

Ce n’est pas dans le moment
où tu pars que tu me quittes.
Laisse-moi, va, ma petite,
il est tard, sauve-toi vite !
Plus encore que tes visites
j’aime leurs prolongements.
Tu m’es plus présente, absente.
Tu me parles. Je te vois.
Moins proche, plus attachante,
moins vivante, plus touchante,
tu me hantes, tu m’enchantes !
Je n’ai plus besoin de toi.
Mais déjà pâle, irréelle,
trouble, hésitante, infidèle,
tu te dissous dans le temps.
Insaisissable, rebelle,
tu m’échappes, je t’appelle.
Tu me manques, je t’attends !

(Paul Géraldy)


Illustration

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LES EAUX ET LES FORÊTS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 juin 2018



Nicholas Hely Hutchinson e488bb [1280x768]

 

LES EAUX ET LES FORÊTS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,
et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

III
Le dimanche peuple les bois d’enfants qui geignent,
de femmes vieillissantes; un garçon sur deux saigne
au genou, et l’on rentre avec des mouchoirs gris,
laissant de vieux papiers près de l’étang… Les cris
s’éloignent avec la lumière. Sous les charmes,
une fille retend sa jupe à chaque alarme,
l’air harassé. Toute douceur, celle de l’air
ou de l’amour, a la cruauté pour revers,
tout beau dimanche a sa rançon, comme les fêtes
ces taches sur la table où le jour nous inquiète.

IV
Toute autre inquiétude est encore futile,
je ne marcherai pas longtemps dans ces forêts,
et la parole n’est ni plus ni moins utile
que ces chatons de saule en terrain de marais :
peu importe qu’ils tombent en poussière s’ils brillent,
bien d’autres marcheront dans ces bois qui mourront,
peu importe que la beauté tombe pourrie,
puisqu’elle semble en la totale soumission.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Nicholas Hely Hutchinson

 

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LA ROSE DES MERS (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2017



Christian Broutin 264

LA ROSE DES MERS

Pour avoir déchiffré les signes que l’orage
Suspendait à ces branches folles de l’éclair,
Nous devons arracher nos corps à cette chair
Et la jeter, muette, aux remous du naufrage.

Dans l’exil absolu de ce double rivage
Qui fige entre nous deux et la vague et la mer,
Notre île a dispersé sa forme, et son désert
N’est plus que flamme éteinte et long souffle sans âge.

Cieux promis à l’amour, frères d’une contrée
Tremblante au fond des yeux qui l’avaient ignorée,
Surprendrez-vous ici l’irréelle parole

Qui révèle aux vivants la sentence des morts ?
Elle tourne, silence, autour de ta corolle
Et cherche avec ta bouche un baiser sans remords.

(Louis Emié)

Illustration: Christian Broutin

 

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Partager avec toi (Albert Strickler)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2017



Partager avec toi les étoiles
Comme les pommes avec les merles
Les noix avec les écureuils
Ou de façon plus irréelle
Les roses avec les renards
Dans l’ivresse des nuits de pleine lune

(Albert Strickler)


Illustration

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La route communale (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2015



La route communale

Le vieux cantonnier sur le bord de la route
Dont la moustache est grise
Et qui sait tant de choses
Il coupe son lard sur son pouce
Et mâche lentement son pain
En regardant rêveusement devant lui
Là-bas très loin la forêt
semble une bête qui dort
Et il vient dans le brouillard de l’été
Des visions qui ne sont pas
Tout à fait irréelles
Le vieux cantonnier referme son couteau
Dont la lame luit un moment
Et cela fait un bref éclair
Oui dure plus longtemps que son geste
Des oiseaux noirs s’envolent pesamment

(Robert Momeux)

Illustration: Paul Gavarni

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L’Amour au Luxembourg (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2015



L’Amour au Luxembourg

Le couchant violet tremble au fond du jour rouge.
Le Luxembourg exhale une odeur d’oranger.
Et Manon s’arrête à mon bras:
plus rien ne bouge,
les arbres, les passants, ce nuage éloigné.

Il n’est plus une fleur où l’air lourd ne se pose,
et qui ne sente en elle un coeur battre et mourir,
un coeur d’air étouffant sa corolle;
et les roses défaillent vers la terre,
sous le poids du zéphyr.

Il semble que le monde entier n’ait plus qu’une âme.
La poussière du jour retombe parfumée;
et le bassin respire un jet d’eau qui se pâme et,
sur sa propre image,
en mourant, vient chanter.

Tout meurt, et tout renaît
pour une vie chantante, aromatique,
éparse et mêlée aux nuances,
et comme dans la bouche un fruit délicieux,
les arbres veloutés me fondent dans les yeux.

Et le jet d’eau s’est tu:
c’est la rosée qui chante là-bas,
dans les gazons où rêvent les statues,
et pour rendre, ô sens-tu?
la nuit plus défaillante,
les orangers en fleurs ont enivré la nue.

Manon, près de mon coeur,
et devant tout l’espace que prennent les étoiles
pour graviter vers nous,
de vos beaux yeux voilés,
Manon regardez-vous flotter dans la nuit bleue
la blancheur des terrasses?

C’est aux lueurs dernières que l’ombre est embaumée,
et Manon sur mon bras couche son front pâmé,
et je luis crois une âme en cette heure irréelle,
lui faisant une part dans l’âme universelle.

(Paul Fort)

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