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Le Diable Fait toujours bien tout ce qu’il fait! (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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Emblèmes nets, tableau parfait
D’une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu’il fait!

(Baudelaire)

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L’Irrémédiable (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


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Une Idée, une Forme, un Être
Parti de l’azur et tombé
Dans un Styx bourbeux et plombé
Où nul œil du Ciel ne pénètre;

Un Ange, imprudent voyageur
Qu’a tenté l’amour du difforme,
Au fond d’un cauchemar énorme
Se débattant comme un nageur,

Et luttant, angoisses funèbres!
Contre un gigantesque remous
Qui va chantant comme les fous
Et pirouettant dans les ténèbres;

Un malheureux ensorcelé
Dans ses tâtonnements futiles,
Pour fuir d’un lieu plein de reptiles,
Cherchant la lumière et la clé;

Un damné descendant sans lampe,
Au bord d’un gouffre dont l’odeur
Trahit l’humide profondeur,
D’éternels escaliers sans rampe,

Où veillent des monstres visqueux
Dont les larges yeux de phosphore
Font une nuit plus noire encore
Et ne rendent visibles qu’eux;

Un navire pris dans le pôle,
Comme en un piège de cristal,
Cherchant par quel détroit fatal
Il est tombé dans cette geôle;

– Emblèmes nets, tableau parfait
D’une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu’il fait!

Tête-à-tête sombre et limpide
Qu’un cœur devenu son miroir!
Puits de Vérité, clair et noir,
Où tremble une étoile livide,

Un phare ironique, infernal,
Flambeau des grâces sataniques,
Soulagement et gloire uniques,
– La conscience dans le Mal!

(Baudelaire)

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Jamais assez de la beauté du monde (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018




Riches de l’unique
Éternelle présence
De tout ce qui est,

Dans l’amour et dans la peine
Qui plongent dans le coeur,
Tout a été à moi

Qui dois bientôt
Quitter comme je suis venue
Tout ce que j’ai été.

Cette enfant était-ce
Moi, qui crie
« Jamais assez

« De la beauté du monde,
« Visages des amis
« Dans les chambres et les maisons

« Riches de bonté,
« Jamais assez,
« De cet inépuisable

« Ici et maintenant
« Sans fin ni commencement ? »
La Présence répond

« Qu’es-tu
« Sinon l’un des multiples
« Multiples-dans-l’un,

« Dans le flot du temps
« Tu as eu ta part
« De mal et de bien,

« Désir et désespoir,
« Blessure et guérison,
« De quête et de prière,

« Porté le fardeau
« Du savoir et de l’être,

« L’irrémédiable
« Inexpugnable
« Registre des jours.

« Mais l’enfant encore à naître
« Est déjà la fleur et la graine
« Du monde

« Des plaies et des larmes,
« De l’abandon et du désir,
« De la découverte et de la quête,

« Car chacun est le tout
« De l’être sans borne,

« Et il est impossible à la fin
« Du temps d’ôter à la vie
« Les jours par myriades de la vie,

« Heures sans nombre
« Des vivants innombrables,
« Musique céleste,

« Expression de la gloire,
« Le bruit et la fureur,
« Le fleuve de la félicité. »

J’écoute et je loue.

***

Rich in the alone
Ever-presence
Of all that is,

In love and sorrow
That sound the heart,
All has been mine

Who must soon
Leave as I came
All I have been.

Was that child
I, who cry
`Never enough

`Of world’s beauty,
`Faces of friends
`In rooms and houses

`Rich in kindness,
`Never enou
`Of the inexhaustible

`Here and now
` Without end or beginning?’
The Presence replies

` What are you
`But one of the many
` Many-in-one,

`In the flow of time
`You have borne your share
`Of evil and good,

`Desire and despair,
`Hurting and healing,
`Of seeking and praying,

`Have carried the burden
`Of knowing and being,

`The irretrievable
`Unexpugnable
`Record of days.

`But the child unborn
`Is already the world’s
`Flower and seed

`Of the wounding and weeping,
The loss and the longing,
The finding and seeking,

`For each is the all
`Of boundless being,

`Nor can the ending
`Of time unlive
`Life’s myriad days,

`Unnumbered hours
`Of the numberless living,
` Music of heaven,

`Utterance of glory,
The sound and the fury,
The river of bliss.’

I listen and praise.

(Kathleen Raine)

Illustration: Josephine Wall

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« Gardez la monnaie » (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

« Gardez la monnaie »
dit la poussière à l’or
et tout le monde dans la rue se retourna
comme s’il était arrivé quelque chose d’irrémédiable

(Georges Henein)

Découvert chez Lara ici

Illustration

 

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Passé ou futur ? (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



Illustration: Salvador Dali
    
Passé ou futur ? —
le désir connaît
son unique nature, sa
double source
dont l’une plus que l’autre
creusée dans le roc
de la séparation
et triste…
et toi maintenant rempli
d’un manque irrémédiable
vaincu par lui
tu délires : si tu pouvais
dans l’abject labyrinthe
retrouver
le chemin de notre maison —
mais quelle maison était la nôtre ?
ce n’était pas la demeure promise,
c’était comme les autres
une tente instable
plantée dans le désert
pendant l’exode
mais avec beaucoup d’amour
Ce ne peut être là,
beaucoup de larmes.
mon fils, le lieu
de la nouvelle rencontre,
ce n’est pas là
que le désir consomme
sa propre mort —
mort du désir par suprême exaucement,
et tu le sais depuis longtemps.
Et tu connais le « lieu ». C’est vrai,
tu ne le nommes pas, pourtant tu ne l’oublies pas.
Tu ne l’oublies pas.

***

Passato o futuro ? —
conosce il desiderio
la sua unica natura, la sua
doppia fonte,
ma una più dell’altra
incavata nella roccia
della separazione
e triste…
e tu ora ripieno
di una incolmabile mancanza
da essa vinto
farnetichi : potessi
nel turpe labirinto
ritrovare
la strada di casa nostra —
Non plu’) essere quello,
figlio, il luogo
ma che casa era la nostra ?
non era la promessa abitazione,
era come le altre
una tenda poco ferma
piantata nel deserto
durante l’esodo
se non che con moho aurore
con molte lacrime.
del nuovo incontro,
non è li.
che consuma il desiderio
la propria morte —
morte del desiderio per supremo esaudimento,
e lo sai da tempo.
E conosci il « dove ». È vero,
non lo nomini, pero non lo dimentichi.
Non lo dimentichi.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Dans un miroir brisé (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2017




Dans un miroir brisé

J’ai entendu dans ce soir plein d’étoiles
Des paroles irrémédiables,
J’ai senti ma tête tourner
Au-dessus de cet abîme en flammes;
La destruction hurlait à la porte,
Le jardin noir hurlait comme un hibou,
Et la ville, affaiblie jusqu’à mourir,
Était alors plus vieille que Troie.
Cette heure était insupportablement claire,
Et faisait un vacarme à en pleurer.
Le cadeau que tu m’as donné n’était pas
Celui que tu avais apporté de si loin,
Qui te paraissait un jouet absurde
Dans ce soir où tout était en feu.
Ce fut un très lent poison
Dans mon destin énigmatique.
Précurseur de tous mes malheurs,
Évitons de nous en souvenir!…
Cette rencontre qui n’a pas eu lieu
Continue à pleurer tout près d’ici.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Irina Kotova

 

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LA TERRE (Francisco Luis Bernardez)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2016



LA TERRE

Voici la terre où nous sommes nés pour souffrir, voici le berceau irrémédiable.
Voici la terre qui un jour nous donnera en quelque lieu l’oubli et la couche.
Nous vivons ici pour le temps, comme les feuilles pour le vent du soir.
Nous vivons ici prisonniers comme les fleurs et les fruits des arbres.
Comme la pierre qui ne souffre pas, comme les oiseaux qui souffrent et l’ignorent.
Comme la nuit, comme le jour; comme le bûcher, comme le fleuve, comme l’air.
Toutes choses languissent entre leurs murs et leurs grilles naturelles.
Le dur sceptre qui gouverne la terre douloureuse est une clé.
L’homme regarde doucement les créatures de ses yeux immortels.
Ses yeux sont ceux d’un roi vaincu qui regarde son royaume du fond d’une prison.
Mais malgré les chaînes, son cour est traîné vers le ciel.
L’homme monte de la terre comme les flammes, par la fumée de ses rêves.
Il traverse les jours et les nuits d’un vol semblable à celui des oiseaux altérés.
Il suit les traces des nuages parmi des châteaux enchantés et des guerriers.
Il sillonne un océan d’ombres, dont les astres vagabonds sont les voiliers.

Il parcourt des lieux de silence, des lieux de paix, des lieux de lumière, des lieux de vent.
Après avoir parcouru des lieux et des lieux il atteint les plages illuminées d’une étoile.
Il met le pied sur le rivage après lequel il soupirait, et entre dans un monde dont le nom est mystère.
Il tourne les yeux et il demande si l’autre monde s’est fermé à jamais.
Mais la terre des hommes brille dans ce qui est maintenant le ciel.
La terre est dure comme le fer; la terre est noire comme la plainte de la nuit.
Mais tout n’est pas amertume, puisqu’entre tant d’obscurité il y a aussi des fleurs.
La douleur s’allège, et dans les ténèbres il y a de petites lueurs.
Le mystère même nous console, réduit en formes, en parfums, en couleurs.
La terre souffre un peu moins, car les fleurs équilibrent les douleurs.
Tout pour ces âmes fidèles, tout pour ces coeurs compréhensifs.
Avec ces bouches et ces yeux la terre vivante nous interroge et nous répond.
Avec ces mains incertaines elle nous caresse, nous conduit, nous secourt.
Avec ces faibles oreilles elle entend crier dans le vide nos noms.
Avec ces humbles larmes, la douce terre pleure pour l’homme.

Ici est né pour nous sauver un être plus pur que la lumière des étoiles.
Moitié de ciel véritable, l’autre moitié de terre véritable.
Il est venu pleurer pour ceux qui pleurent, il est venu souffrir pour que l’homme ne souffre pas.
Avec la monnaie de son corps il a voulu payer notre rachat aux ténèbres.
Il a fermé les plaies vives, il a ouvert les yeux éteints et les portes.
Pour briser nos chaînes il est venu chargé, corps et âme, de chaînes.
Il a fait monter vers les astres les bêtes féroces, et les vers aux sphères dernières.
Et pour nous tenir compagnie il a assis les anges du ciel à notre table.
Mais la terre n’a pas voulu le recevoir, parce que la terre était de terre.
Elle l’a reçu avec ses épines, ses cailloux, son fiel, son bois.

Voici la terre où nous sommes nés pour mourir, voici la terre de l’oubli.
Voici la terre où nous serons un jour poussière, sans mémoire et sans sentiment.
Un jour triste comme les autres la mort viendra avec son froid et sa nuit.
Nous la regarderons lentement, comme on regarde les étoiles et les enfants.
Les brèves années seront finies, et dans notre sommeil commenceront les longs siècles.
Un silencieux orage nous couvrira de sa peur définitive.
De notre passage au monde nous ne laisserons ni une image ni un vestige.
Nous ne laisserons même pas le souvenir que laisse le vent dans la mémoire du chemin.
Nous serons larme dans la pluie, étincelle dans la lumière, cri sur la mer, goutte dans le fleuve,
Nous serons ombre dans les ténèbres, fumée dans la brume, solitude dans le néant.

(Francisco Luis Bernardez)

Illustration: Jacques Barcat

 

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ANGOISSES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2015



ANGOISSES

Si métaphysicien qu’on soit par devers soi
On sait bien que la mort est chose irrémédiable
Qu’on aille vers Yaveh, Mahomet ou le Diable,
On ne remettra plus ses pantalons de soie.

On ne boira plus l’hydromel ou l’ambroisie
Ni même le vin bleu, tonique du sommeil.
Adieu les mets précieux et les sauces choisies,
Le ventre plein, la goutte au chevet de l’orteil.

Adieu le bel amour aux lèvres de cerise
L’oeil mouillé, les seins durs sous les cheveux épars,
Ces appels mélodieux que charriait la brise
Par les longs soirs d’été penchés sur les remparts.

Il faut poser la règle et le compas du sage,
Des livres chers quitter l’enchantement serein,
Serrer entre ses dents l’obole du passage
Et marcher vers le fleuve affreux couleur d’airain.

Mais je n’ai pas encor la colline gravie
Je suis loin du dernier reflet du dernier soir
— Nous métaphysiciens, espérons la survie ! —
En attendant je mords à pleins poings dans la vie
Fi de l’orbite creuse et foin du pourrissoir ! —

(Maurice Fombeure)

Illustration: Gao Xingjian

 

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Gardez la monnaie (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2015


 


 

Michael Page 1979 - American Pop Surrealism painter -   (3)

« Gardez la monnaie »
dit la poussière à l’or
et tout le monde dans la rue se retourna
comme s’il était arrivé quelque chose d’irrémédiable

(Georges Henein)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Michael Page

 

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