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Irrésolu (Pier Paolo Pasolini)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2018



Illustration: Edward Hopper
    
Irrésolu j’écoute en me levant
le son clair de mes pas; puis j’hésite
devant les sinistres volets clos.
(Dans quelle merveilleuse atmosphère se glisse
la lumière immaculée ? Et avec tant de tristesse ?).
Incertain j’ouvre le balcon : le ciel imprime
un silence sidéral sur les champs.

Et… si nos sens avaient raison, puis au loin
un chaste autocar déflore à peine
le silence, du côté des contreforts désolés.
Et le vrombissement enchanteur se dissipe.
Et moi je suis toujours là, penché sur mes feuilles ?
Ah images désespérantes, ah certitude
de n’être rien d’autre qu’une apparition
à la lumière…

***

Sospeso allora ascolto dei miei passi
il fresco suono, alzandomi; ma indugio
aile squallide imposte suggellate.
(In quell’aria meravigliosa il vergine
lume trapela? e con tale tristezza?).
Apro incerto il balcone: il cielo imprime
un silenzio sidereo sopra i campi.

Poi… se i sensi non errano, è un remoto
casto autocarro che disfiora appena,
ai desolati margini, il silenzio.
E il rombo incantevole dilegua.
Ed io mi trovo ancora chino sui miei fogli?
Ah disperante immagine, ah certezza
di non essere altri che un apparso
alla luce…

(Pier Paolo Pasolini)

 

Recueil: Je suis vivant
Traduction: Olivier Apert et Ivan Messac
Editions: NOUS

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Ma douce, entrons dans le jardin abandonné (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



Ma douce, entrons dans le jardin abandonné,
Dans le jardin sauvage, exquis et funéraire
Où l’autrefois se plaît à rôder, solitaire
Et farouche, tel un vieux roi découronné.

Entrons dans le jardin qu’un vent d’automne accable,
Où le silence est lent comme une femme en deuil,
Où les ronces d’hier font un mauvais accueil
A qui n’apporte point le regret adorable.

Dans le jardin où nul ne promène jamais
Son importun loisir et sa mélancolie,
Parmi les fleurs sans fraîche odeur et qu’on oublie,
Taisons-nous, comme au temps lointain où je t’aimais.

Assises toutes deux, amèrement lassées,
Sous les vieux murs que les brouillards lents font moisir,
Et n’ayant plus en nous l’espoir ni le désir,
Evoquons la douceur des tristesses passées.

Ici, les jeunes pas se font irrésolus,
Ici, l’on marche avec des fatigues d’esclave
En goûtant ce qu’il est de tristement suave
A sourire en passant à ce qu’on n’aime plus.

Puisque ici l’herbe seule est folle et vigoureuse,
Attardons-nous et rassemblons nos souvenirs.
Te souviens-tu des soirs dorés, des longs loisirs,
Et des contentements de ton cœur d’amoureuse ?

O mon amour ! quel beau passé nous fut donné
Cependant ! Respirons sa bonne odeur de rose
Dans ce jardin où le souvenir se repose,
Dans le calme du beau jardin abandonné…

(Renée Vivien)

Illustration: George Barbier

 

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