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Posts Tagged ‘irriter’

PEINES PERDUES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2018




    
PEINES PERDUES

Hélas! pourquoi ces pleurs dans mes yeux que j’essuie,
Et pourquoi ces soupirs dans ma gorge crevant?
Je ne puis rappeler le passé décevant,
Ni ranimer le feu dans l’âtre plein de suie.

L’amour s’est envolé, la flamme s’est enfuie.
A quoi bon soupirer, pleurer, en y rêvant,
Comme un hautbois plaintif qui se nourrit de vent,
Comme un vieux toit rompu qui se repaît de pluie?

Ah ! pauvre cœur troublé de regrets, de remords,
Tes soupirs rendront-ils le souffle aux oiseaux morts
Et tes pleurs feront-ils s’épanouir des roses?

Au fond de ta douleur tu peux les laisser choir;
Soupirs et pleurs, tout est stérile. Tu n’arroses
Qu’un linceul; et pas même, encore!… ton mouchoir.

« Homme aux yeux cruels, prends garde !
Tu nous écrases! Regarde
Nos cadavres sous tes pas.
Tu pleures et tu t’irrites.
Nous sommes les marguerites.
Pitié! Mais tu n’entends pas.

— Si, je vous entends, menteuses.
peuple d’entremetteuses,
Sois-tu donc anéanti!
Mourez sous mes mains brutales
C’est en comptant vos pétales
Que ma maîtresse a menti. »

(Jean Richepin)

 

 

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Quel dard irrite les volcans (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018



Quel dard irrite les volcans
qui crachent feu, froid et fureur ?

Et pourquoi Christophe Colomb
n’a-t-il pu découvrir l’Espagne ?

Combien de questions dans un chat ?

Les larmes qu’on ne verse pas
attendent-elles en petits lacs ?

Ou seraient-elles des rivières
coulant cachées vers la tristesse ?

(Pablo Neruda)


Illustration

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LES TROP HEUREUX (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2018



 

Margarita Sikorskaia - Tutt'Art@ (13)

LES TROP HEUREUX

Quand avec celle qu’on enlève,
Joyeux, on s’est enfui si loin,
Si haut, qu’au-dessus de son rêve
On n’a plus que Dieu, doux témoin ;

Quand, sous un dais de fleurs sans nombre,
On a fait tomber sa beauté
Dans quelque précipice d’ombre,
De silence et de volupté ;

Quand, au fond du hallier farouche,
Dans une nuit pleine de jour,
Une bouche sur une bouche
Baise ce mot divin : amour !

Quand l’homme contemple la femme,
Quand l’amante adore l’amant,
Quand, vaincus, ils n’ont plus dans l’âme
Qu’un muet éblouissement,

Ce profond bonheur solitaire,
C’est le ciel que nous essayons.
II irrite presque la terre
Résistante à trop de rayons.

(Victor Hugo)

Illustration: Margarita Sikorskaia

 

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LES BAISERS (M. Léonard)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2017



Illustration: François Boucher  
    
LES BAISERS

Jouissons, ô ma Bergère,
De la saison des amours !
Ce soleil qui nous éclaire
Demain reprendra son cours.
Mais quand la Parque ennemie
Tranche le fil de nos jours,
A tous les biens de la vie
On dit adieu pour toujours !

Donne à l’amour qui t’adore,
Mille baisers au matin,
Le long du jour mille encore,
Mille encore à son déclin !
La nuit, brouillons-les dans l’ombre;
Il faut tant les répéter
Qu’enfin, trompés par le nombre
Nous ne puissions les compter !

Contre l’amour qui nous lie.
Laissons crier les jaloux !
Il est beau de faire envie.
Le bonheur en est plus doux…
Que le nôtre ait tant de charmes
Qu’il irrite les désirs,
Et puisse en verser des larmes.
Le censeur de nos plaisirs !

(M. Léonard)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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A Venise (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



A Venise

TOUT s’élargit. Le soir qui tombe est magnifique
Et vaste. Comme un Doge amoureux de la mer,
Parmi l’effeuillement des roses, la musique
Des luths, l’or qui flamboie ainsi qu’un rouge éclair,
Moi, j’irai, dominant le cortège mystique,
Et, somptueusement, j’épouserai la mer.

J’épouserai la mer, la souveraine amante.
Le parfum et le sel de son royal baiser
Irriteront la soif de ma bouche brûlante,
Et, tel un souvenir qui ne peut s’apaiser,
S’élèvera le vent des espaces qui chante
Dans le ciel nuptial l’infini du baiser.

Je verrai tressaillir l’ombre des hippocampes.
Les algues s’ouvriront comme s’ouvrent les fleurs,
Et le phosphore, aux bleus rayonnements de lampes,
Allumera pour moi de vivantes pâleurs :
Afin de couronner mes cheveux et mes tempes,
Les algues flotteront, plus belles que les fleurs.

Ainsi, laissant flotter mon corps à la dérive,
Je mêlerai mon âme à l’âme de la mer,
Je mêlerai mon souffle à la brise furtive.
Se dissolvant, légère et fluide, ma chair
Ne sera plus qu’un peu d’écume fugitive.
Dans la pourpre du soir j’épouserai la mer.

(Renée Vivien)

Illustration: Roger Suraud

 

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Eh ! oui, c’est toi la plus forte ! (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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Eh ! oui, c’est toi la plus forte !
Entre tes mains je serai
La plume ou la feuille morte
Que le vent roule à son gré.

Avec un simple sourire.
Même un tradéridéra,
Tu me feras faire et dire
Tout ainsi qu’il te plaira.

Je conviens que ta magie
Fait de moi ce que tu veux.
Tu mates mon énergie
Sous le fouet de tes cheveux.

Tu peux avec une amorce
M’irriter ou m’apaiser.
Tu peux engluer ma force
Dans le miel de ton baiser.

Un mot de ta lèvre rose,
Voilà ma bible et ma foi.
Je suis ton bien et ta chose.
Mais aussi, je sais pourquoi !

Et quand je courbe la tête,
Je me dis, tout en rampant :
« Patience ! le poète
Est un charmeur de serpent. »

(Jean Richepin)

 Illustration

 

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URGENCE (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2016



 

URGENCE

Du temps a passé sur les braises et les cendres.
On a remis les dieux aux calendes
sans penser qu’ils n’étaient
que flambeaux pour irriter le vide.

Mortelle éternité on dirait
qu’il manque des statues et des temples
où jeter les fleurs coupées,
on dirait qu’il manque une peur.

Où aller?
Désir violent et douloureux
de déserter,
d’atteindre une mémoire blanche.

Comme suis saturé d’urgence
je me tue à tuer le temps
à cramer cartes ou gants
dans le cendrier de la chance.

Je voudrais vivre à l’heure du feu
sans secret ni attente —
être tout entier dans l’éphémère qui brûle
son linceul de mystère…

(André Velter)

Illustration: Didier Traulle

 

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Conte d’amour IV (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2015



Conte d’amour IV

Dans les jardins mouillés, parmi les vertes branches,
Scintille la splendeur des belles roses blanches.
La chenille striée et les noirs moucherons
Insultent vainement la neige de leurs fronts :
Car, lorsque vient la nuit traînant de larges voiles,
Que s’allument au ciel les premières étoiles,
Dans les berceaux fleuris, les larmes des lutins
Lavent toute souillure, et l’éclat des matins
Fait miroiter encor parmi les vertes branches
Le peplum virginal des belles roses blanches.

Ainsi, ma belle, bien qu’entre tes bras mutins
Je sente s’éveiller des désirs clandestins,
Bien que vienne parfois la sorcière hystérie
Me verser les poisons de sa bouche flétrie,
Quand j’ai lavé mes sens en tes yeux obsesseurs,
J’aime mieux de tes yeux les mystiques douceurs
Que l’irritant contour de tes fringantes hanches,
Et mon amour, absous de ses désirs pervers,
En moi s’épanouit comme les roses blanches
Qui s’ouvrent au matin parmi les arbres verts.

(Jean Moréas)

 

 

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Le petit cheval bleu (Dom Helder Camara)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2015


petit-cheval

Aie pitié, Seigneur,
et ménage une affection toute spéciale
pour ces gens tellement logiques,
pratiques,
réalistes,
qui s’irritent
que l’on puisse croire
au petit cheval bleu.

(Dom Helder Camara)

Illustration

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SOUS LE PONT (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2015




SOUS LE PONT

Quoique la Grande Loterie
vous habitue à la soumission,
il doit en convenir : il espérait mieux.
I1 espérait toucher un corps
plus ambitieux, aux bras capables
de joindre l’utile à l’agréable,
aux lèvres non bégayantes.
I1 espérait au moins bénéficier
d’un minimum de chaleur autour de l’os !
Or il habite une carcasse
de Christ rompu, avec des gestes de grabataire,
des poumons qu’irritent les gaz
d’embouteillage,
6 heures, au sortir du carton.

(Gérard Noiret)

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