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Poésie

Posts Tagged ‘isolé’

Est-il seulement possible (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2019



 

Est-il seulement possible de concevoir quelque chose
qui ne communique avec rien ?
Absolument isolé,
un zéro n’existerait même pas.

(Roberto Juarroz)

 

 

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La Présence était bleu spectral (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Les murs ne tombent pas
[13]

La Présence était bleu spectral,
ultime rayon bleu,

rare comme le radium, aussi palliative ;
mon ancien ego, qui m’enveloppait,

était suaire (je parle de moi individuellement
mais j’étais entourée de compagnons

dans ce mystère) ;
êtes-vous surpris que nous soyons fiers,

distants,
indifférents à votre bien et mal ?

le péril, étrange rencontre, étrangement enduré,
nous marque ;

nous nous reconnaissons
par des symboles secrets,

mais, isolés, sans voix,
nous nous croisons sur le trottoir,

sur le palier dans l’escalier ;
bien qu’aucun mot ne soit échangé,

il y a une subtile appréciation ;
même après un bref salut hargneux

ou sans même parler,
nous connaissons notre Nom,

nous initiés sans nom,
nés d’une seule mère,

compagnons
de la flamme.

***

The Presence was spectrum-blue,
ultimate blue ray,

rare as radium, as healing;
my old self, wrapped round me,

was shroud (I speak of myself individually
but I was surrounded by companions

in this mystery) ;
do you wonder we are proud,

aloof,
indifferent to your good and evil?

peril, strangely encountered, strangely endured,
marks us;

we know each other
by secret symbols,

though, remote, speechless,
we pass each other on the pavement,

at the turn of the stair;
though no word pass between us,

there is subtle appraisement;
even if we snarl a brief greeting

or do not speak at all,
we know our Name,

we nameless initiates,
born of one mother,

companions
of the flame.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Odilon Redon

 

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Pourtant chaque jour plus seul (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration: Daniel Siguier
    
Pourtant chaque jour plus seul

Homme ouvre le seuil de ta demeure
femme ouvre ta chambre ouvre tes jambes
enfant ouvre la salle de tes jeux
parlez-moi embrassez-moi dites un peu
montrez-moi les photos les cicatrices les secrets
la solitude me maçonne
chaque jour elle jette sur moi d’un geste sec
sa truellée de ciment noir
elle me crépit elle vise mes yeux
elle monte son mur autour de moi
elle épaissit ma peau toujours sa trahison
quand l’envie de brûler me parle
quand l’envie de parler me brûle
quand l’océan des autres me lèche
quand cet homme qui passe je voudrais l’arrêter
et cette femme lui sourire poser ma main sur son épaule

pourtant chaque jour plus seul isolé contre moi
moi qui ai le goût des bonjours
des braises du coeur dans les yeux
des mots
des mains
du verre de vin sous les platanes.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Errance (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




Errance

Il existe des maux
Pour lesquels il n’y a pas de mots…
Indicibles et lourds
Ils nous poursuivent le jour
Sans répit
Et même lorsque que tombe la nuit…

Pauvre hère,
Tu n’as pas encore quitté la terre,
Mais déjà, ton âme s’est enfuie :
A mi-chemin entre somme et veille
Entre mort et vie…
Tu nous vois,
Du moins, je le crois,
Mais plus un signe,
Plus une ligne,
Plus de communication…
Où donc est passée ta raison ?
Un fil ténu te retient à nous,
Un rien ferait qu’il casse
– Tu es déjà si lasse –
Et tu t’envolerais…
Faudrait-il le renouer… ?

Souffres-tu
Dans ton silence absolu ?
Tu as les yeux ouverts,
Sur un éternel hiver
Mais tes horizons
Ne sont plus nos moissons…

Seul, un baiser
Sur ta joue posé,
Une pression sur ta main
Nous laissent entrevoir un lendemain…
Une maigre réaction,
Un bien pâle sourire,
Comme pour nous dire :
 » C’est tout ce que je ressens
Pour tout le reste, je suis absent,
Coupé du reste du monde,
Isolé dans ma prison
Pour moi, plus rien n’est bon. »

Et tes yeux demeurent éteints,
Aucune lueur ne les éclaire.
Tout ton être erre…
Dans des régions de nous non explorées,
A mi-lieue entre ciel et enfer,
Entre anges et démons…
C’est presque une damnation…
Pourquoi Dieu t’a-t-il abandonné ?

Pourquoi toi,
Quand d’autres vieillissent joyeusement,
Quand d’autres parlent savamment ?

Oui, ta maladie porte un nom bien amer :
 » Alzheimer « …

(Mireille Gaglio)

 

 

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Tout communique avec quelque chose (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2018




    
Tout communique avec quelque chose.
Mais avec quoi communiquent
les fleurs qui s’ouvrent la nuit ?

Avec quoi communique
la poitrine devenue mon dos ?

Avec quoi communique
la césure de la main amputée ?

Avec quoi communiqueront mes mots
au jour qui suivra ma mort ?

Avec quoi communique
l’absence si peu prolixe de dieu ?

Avec quoi communiquent
les images qui démantèlent les rêves ?

Avec quoi communique
celui qui joue seul avec concentration ?

Quelque chose peut-être communique avec tout.

Est-il seulement possible de concevoir
quelque chose qui ne communique avec rien ?

Absolument isolé,
un zéro n’existerait même pas.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 15
Traduction: Jacques Ancet
Editions: José Corti

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Imaginez plutôt quatre murs (Franck André Jamme)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Imaginez plutôt quatre murs
perdus dans un immense champ.

Quatre hauts murs, sans porte ni fenêtres.
Mais sans toit non plus au-dessus.

Une sorte de boîte isolée, singulière,
ouverte seulement sur le ciel.

Peut-être un piège pour l’azur.

(Franck André Jamme)

 

Recueil: La récitation de l’oubli
Traduction:
Editions: Flammarion

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La tristesse dans le parc (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018




    
La tristesse dans le parc

Entrons dans l’herbe florissante
Où le soleil fait des chemins
Que caressent, comme des mains,
Les ombres des feuilles dansantes.

Respirons les molles odeurs
Qui se soulèvent des calices,
Et goûtons les tristes délices
De la langueur et de l’ardeur.

Que nos deux âmes balancées
Se donnent leurs parfums secrets,
Et que le douloureux attrait
Joigne les corps et les pensées…

L’été, dans les feuillages frais,
S’ébat, se délasse et s’enivre.
Mais l’homme que rien ne délivre
Pleure de rêve insatisfait.

Le bonheur, la douceur, la joie,
Tiennent entre les bras mêlés ;
Pourtant les coeurs sont isolés
Et las comme un rameau qui ploie.

Pourquoi est-on si triste encor
Quand le destin est favorable,
Et pourquoi cette inéluctable
Inclination vers la mort ?…

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

Recueil: Le cœur innombrable
Traduction:
Editions:

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L’UN ET LE TOUT (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
L’UN ET LE TOUT

Afin de se trouver parmi l’Illimité
L’être isolé voudra fuir dans l’inexistence
Là où s’évanouit toute satiété ;
Ce n’est point toi, désir, ni toi, lourde exigence
Mais vous, profond Vouloir, dure Nécessité
Qui donnez notre joie à notre obéissance.

Âme du monde, viens Ah! Tu nous pénétreras !
Alors, contre toi-même engager le combat
C’est le suprême appel que notre force entend.
De bons esprits compatissants,
Maîtres très-hauts, gouverneurs indulgents
Conduisent à celui qui crée et qui créa.

Et pour créer la créature, afin
Qu’elle ne s’arme point pour l’engourdissement,
L’Acte éternel agit, vivant!
Et ce qui n’était pas, veut être, veut enfin
Au soleil, à la terre, aux couleurs se mêler ;
Nulle chose jamais ne se peut reposer.

Il faut que tout agisse et soit mouvant et crée
Et que la forme change aussitôt que formée.
Tu n’es qu’une apparence, ô repos du moment !
Partout au plus profond se meut l’éternité,
Car toute chose ira se dissoudre au Néant
Si dans l’Être immobile elle veut demeurer.

***

EINS UND ALLES

Im Grenzenlosen sich zu fin den,
Wird gern der einzelne verschwinden,
Da löst sich aller Überdruß ;
Statt heißem Wünschen, wildem Wollen,
Statt lästgem Fordern, strengem Sollen
Sich aufzugeben ist Genuß .

Weltseele, komm, uns zu durchdringen!
Dann mit dem Weltgeist selbst zu ringen,
Wird unsrer Kräfte Hochberuf.
Teilnehmend führen gute Geister,
Gelinde leitend höchste Meister
Zu dem, der alles schafft und schuf.

Und umzuschaffen das Geschaffne,
Damit sichs nicht zum Starren waffne,
Wirkt ewiges, lebendiges Tun.
Und was nicht war, nun will es werden
Zu reinen Sonnen, farbigen Erden;
In keinem Falle darf es ruhn.

Es soil sich regen, schaffend handeln,
Erst sich gestalten, dann verwandeln ;
Nur scheinbar stehts Momente still.
Das Ewige regt sich fort in alien :
Denn alles mug in Nichts zerfallen,
Wenn es im Sein-beharren will.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

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Et si tout était silence (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2018



 

Jeanie Tomanek chapel

Et si tout était silence,
rien ne serait isolé de rien.
Tout être serait silence,
toute chose serait silence.
Et tout langage.
Et toute musique.
Toute vie.
Toute mort.

(Michel Camus)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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GEL (Jacques Basse)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2017



    

GEL

elle s’est raidie
lorsque la gelée la nuit
est venue la saisir
si triste à en mourir

reste belle la rose
isolée sur sa tige
prisonnière du givre
morte d’une overdose

on sait déjà
que jamais plus elle ne vivra
un jour en rose
ici bas

(Jacques Basse)

 

Recueil: Le temps des Résonances
Editions: Rafaël de Surtis

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