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Poésie

Posts Tagged ‘isoler’

Nous allons par un défilé (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019




    
Nous allons par un défilé
qui se resserre peu à peu.
Nul ne sait s’il sortira.
Nul ne sait s’il avance ou recule
Nul ne sait si l’ombre est au bout ou la lumière.

Cette marche secrète nous confirme
Qu’entre l’oeil et son objet
s’interpose une pellicule obscure :
un filtre fait d’ombre
qui isole le regard pour toujours.

Regarder est un geste en dedans,
non en dehors.

***

Vamos por un desfiladero
que se estrecha poco a poco.
Nadie sabe si saldrá.
Nadie sabe si avanza o retrocede.
Nadie sabe si al final esta la sombra o la luz.

Esta marcha sigilosa nos confirma
que entre el ojo y su objeto
se interpone una oscura película,
un filtro hecho de sombra
que aisla para siempre la mirada.

Mirar es un gesto hacia adentro,
no hacia afuera.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Empédocle (Gérard Macé)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2018




    
Le vivace aujourd’hui,
le vorace autrefois ont laissé des traces de leur combat
au bord du vide, où pousse une fleur bleue
juste à côté des sandales d’Empédocle. Philosophe
au front brûlant, purificateur isolant l’amour
et le poison dont la haine a besoin
pour séparer les éléments,
je pense à toi quand j’ai la fièvre et des visions.

Icare au bord du gouffre, en proie
au vertige au-dessus du volcan, attiré
par un soleil bas qui brûle même en hiver,
ton envol à l’envers me donne encore des frissons.

(Gérard Macé)

 

Recueil: Homère au royaume des morts a les yeux ouverts
Traduction:
Editions: Le bruit du temps

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La Mer (René-François Sully Prudhomme)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018




La Mer

La mer pousse une vaste plainte,
Se tord et se roule avec bruit,
Ainsi qu’une géante enceinte
Qui des grandes douleurs atteinte,
Ne pourrait pas donner son fruit ;

Et sa pleine rondeur se lève
Et s’abaisse avec désespoir.
Mais elle a des heures de trêve :
Alors sous l’azur elle rêve,
Calme et lisse comme un miroir.

Ses pieds caressent les empires,
Ses mains soutiennent les vaisseaux,
Elle rit aux moindres zéphires,
Et les cordages sont des lyres,
Et les hunes sont des berceaux.

Elle dit au marin : « Pardonne
Si mon tourment te fait mourir ;
Hélas ! Je sens que je suis bonne,
Mais je souffre et ne vois personne
D’assez fort pour me secourir ! »

Puis elle s’enfle encor, se creuse
Et gémit dans sa profondeur ;
Telle, en sa force douloureuse,
Une grande âme malheureuse
Qu’isole sa propre grandeur !

(René-François Sully Prudhomme)

Illustration: Brigitte Perrault

 

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Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis (René Daumal)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



Je subis tout ceci, de l’Autre je pâtis,
moi dont ne NON évoqua tout ceci,
qui me reniant fit apparaître l’Autre;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de la liberté,
communément les actions désintéressées,
petit jeu articulaire.

L’ignorance me recouvre,
moi dont le NON contempla toute existence,
connut l’Autre, vit la sagesse;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’intuition,
communément cinq sens, fissures limitées.

Et je dis: Je!
et la haine m’isole,
torturant le NON dans la complexité de ma forme,
moi dont le NON évoqua tout ceci,
vit toutes choses une seule,
la Niée devant le NON s’affirmant,
et qui fit d’elle et de lui l’union;
il y a quelques joints à cette cuirasse,
pour le passage si rare de l’amour,
communément des gestes d’épouvante, de joie et de désespoir,
échangés avec l’Autre
par les joints d’une autre armure.

(René Daumal)

 

 

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Sagesse (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 20 décembre 2017



Illustration: Virginie Trabaud
    
Sagesse

Résonne la pluie obscure.
La campagne assoupie
Incline vers l’hiver
La cime dense des arbres.

Les vitres embrumées,
De leur reflet mouillé,
Réfléchissent les branches grises,
La fumée des foyers, les nuages.

Un sentiment profond
De joies perdues,
Oubliées et enfouies sous
Terre, emplit le soir.

Parfois, lorsque le ciel
S’éclaircit, la lumière
Dorée d’un éden perdu
Baigne la prairie.

Troublant le calme de l’air
De leur plainte rauque
Comme des ombres, les corbeaux
Acérés vont et tournent.

Il est des voix tranquilles
D’hommes dans le lointain
Qui travaillent le sol
Comme le firent leurs pères.

Leurs mains, s’ils les tendent
Trouvent des mains d’amis.
Leur foi est pareille. Ensemble
Ils vivent la même attente.

Là-bas, par delà les pluies,
Où nichent les étoiles,
Le Dieu des cieux cherche
Quelques douces caches grises.

Tout a été créé, comme
Moi-même, de l’ombre :
Cette terre qui m’est étrangère,
Ces corps qui me sont étrangers.

Un songe qu’en moi
Il plaça à jamais,
M’isole. Tel un peuplier
Parmi les chênes robustes.

Qu’il est dur d’être seul
Parmi tous les corps.
Mais l’amour qui l’incarne
Est un crucifix sans corps.

Par cet amours espère,
Éveillé en son sein,
Atteindre la blanche et pure
Communion humaine.

Mais la lumière délaisse la campagne.
Il est tard et le froid vient de naître
La porte est close
Et la lampe allumée.

Sur les sentes sombres
Le vent maintenant se plaint
Comme une âme seule et pugnace.
La nuit sera brève.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Les nuages
Traduction: Anthony Bellanger
Editions: Fata Morgana

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Sans relâche (Aïcha Arnaout)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2017



 


Illustration: ArbreaPhotos
    

sans relâche
le circuit
qui m’isole
s’apprête
à l’ultime
tour
que je parte
au pays le plus
lointain

(Aïcha Arnaout)

 

Recueil: L’inventaire des choses (Anthologie)
Traduction: Aïcha Arnaout
Editions: Action Poétique

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L’isolement (Pe-Lo-Yé)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



L’isolement

C’est en isolant son corps du monde
qu’on se prépare à en isoler son esprit.
Je vais seul.
Je m’enivre de la contemplation du ciel bleu,
de la lune brillante et des étoiles sans nombre.

Mes oreilles se sont fermées.
J’ai perdu la notion de la distance et du temps.

J’ai oublié que je portais dans ma manche
plusieurs onces d’or,
et je les ai laissées tomber sur le chemin.

Voyant que j’étais devenu indifférent
à la possession de l’or jaune,
des courtisanes sont accourues
et ont déployé autour de moi leurs séductions ;
Mais mon esprit avait franchi
les pics neigeux et les nuages froids ;
il était déjà perdu dans les régions élevées.

Voyant que je demeurais immobile,
des insectes cruels ont attaqué ma peau
et déchiré ma chair ;
Mais mon esprit était si loin
que mon corps était devenu insensible
à la douleur comme à la volupté.

Que n’ai-je atteint à la perfection
et à la pureté des sages !
mon esprit se serait détaché de mon corps
comme la flamme se détache du flambeau
quand le vent l’emporte ;
Et, laissant ce corps inerte,
il ne serait plus revenu.

(Pe-Lo-Yé)

 

 

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PRELUDE (Louis Avenniez-Defeux)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



PRELUDE

Les choses à ma chair causent un profond trouble ;
Je sens qu’obscurément le ténébreux destin,
Ainsi qu’à nous, leur donne une substance double
Et jette à leur matière un atome divin.

Je crois que le ciel fit nos natures pareilles ;
Je les regarde avec mon âme dans mes yeux ;
Elles parlent sans mots perçus par les oreilles,
Sans mots disciplinés, mais je les comprends mieux.

Leur langage distrait bégaye en leur silence
Ce qu’en elles les lois de l’univers ont mis,
Et leur esprit, au mien proclamant sa présence,
Mêle son rêve vierge à mes rêves amis.

Leur silence épanché flotte, glisse, ruisselle,
Cueille un autre silence auprès d’autres conduit,
Et cette union vague en soupirs s’amoncelle,
Assemble des frissons pour engendrer le bruit.

Le bruit se fait rumeur, la rumeur se fait ample,
Impérissable encens qui s’élève vers Dieu,
Et c’est pourquoi, toujours, comme la voix d’un temple,
Un immense concert palpite dans l’air bleu.

Que de fois une haleine, une caresse errante,
Un sanglot d’élégie exhalé par le vent,
Le tintement mouillé d’une source courante
M’ont trahi leur secret et m’ont laissé rêvant!

Dans l’antique nature, où rien ne peut se taire,
Que de fois j’ai trouvé quelque chose d’humain,
Et que de fois aussi j’ai senti, sur la terre,
Un battement furtif en y posant la main !

Les choses, qu’un pouvoir irrésistible isole,
Comme nous avons l’être, ont sans doute le leur;
Je comprends leurs leçons, leur muette parole :
Leurs voix, qui vont au coeur, doivent sortir d’un coeur.

(Louis Avenniez-Defeux)

 

 

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Transparents (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2016



Transparents

Transparents compacts
l’arbre mêlé de ciel
le romarin dans l’ombre bleue
ce mont
obscur à force de silence
l’éclat des oliviers
que le matin isole
et les îles tirées là-bas
de la substance de la mer

impossible de passer

seul celui qui dort
tel un mendiant
dehors
au pied des murailles de diamant
voit de toutes parts les portes
s’ouvrir
les failles les défilés les passages
qui mènent
de l’autre côté
où l’on débouche sur les mêmes collines
les mêmes arbres
la même mer

mais d’où vient alors
l’imperceptible différence ?

(Jean Mambrino)

 

 

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Comme la marée montante (Heather Dohollau)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2016



comme la marée montante
diminue l’île
la peur isole
tout est dehors
même le dedans
mais de ces gués frileux
il en vient
une longue lumière

***

as the rising tide diminishes the island
fear isolates
everything is outside
even the inside
but from these shivering crossings
there comes
a long light

(Heather Dohollau)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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