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Poésie

Posts Tagged ‘ivoire’

Les deux chauves (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020




    
Les deux chauves

Un jour deux chauves dans un coin
Virent briller certain morceau d’ivoire.
Chacun d’eux veut l’avoir ; dispute et coups de poing.
Le vainqueur y perdit, comme vous pouvez croire,
Le peu de cheveux gris qui lui restaient encor.
Un peigne était le beau trésor
Qu’il eut pour prix de sa victoire.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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RONDEAU DE LA CHAIR TROP LOURDE (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2020



Illustration
    
RONDEAU DE LA CHAIR TROP LOURDE

Toujours ce poids qui t’attache à la terre,
Ce pied de plomb tirant sur le genou,
Et cette tête à ton tronc peu légère,
Mal emmanchée à ton douloureux cou;
Toujours le fiel dans cette bouche amère,
Des yeux piquants l’âcre larme qui sourd,
La cire épaisse au creux du tympan sourd;
Du gros cerveau que la tempe resserre
Toujours ce poids!

Toujours ces dents dont l’ivoire s’altère,
Ce crin hirsute en guerre avec le pou,
Toujours ce ventre enflant en demi-sphère
La pommaison de son grotesque chou.
A sa grinçante et peineuse charnière
Toujours ce bras qui pend débile et gourd,
Cette main moite où toute crasse accourt;
Du sang, de l’os, du muscle et du viscère
Toujours ce poids!

Nul réconfort au fond de ta misère
Que de presser un être encor plus mou,
Encor plus creux : tel lard en souricière,
Offrant l’appât de son funeste trou.
Lors sans bonnet sur ton occiput glabre,
Sans gant le carpe et le fémur sans bas,
En toute paix par les luneux sabbats
Tu branleras le tarse au bal macabre.
Courage encor!

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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UNE FEE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 juillet 2020




    
UNE FEE

Que ce soit Urgèle ou Morgane,
J’aime, en un rêve sans effroi,
Qu’une fée, au corps diaphane,
Ainsi qu’une fleur qui se fane,
Vienne pencher son front sur moi.

C’est elle dont le luth d’ivoire
Me redit, sur un mâle accord,
Vos contes, qu’on n’oserait croire,
Bons paladins, si votre histoire
N’était plus merveilleuse encor.

C’est elle, aux choses qu’on révère
Qui m’ordonne de m’allier,
Et qui veut que ma main sévère
Joigne la harpe du trouvère
Au gantelet du chevalier.

Dans le désert qui me réclame,
Cachée en tout ce que je vois,
C’est elle qui fait, pour mon âme,
De chaque rayon une flamme,
Et de chaque bruit une voix ;

Elle, – qui dans l’onde agitée
Murmure en sortant du rocher,
Et, de me plaire tourmentée,
Suspend la cigogne argentée
Au faîte aigu du noir clocher ;

Quand, l’hiver, mon foyer pétille,
C’est elle qui vient s’y tapir,
Et me montre, au ciel qui scintille,
L’étoile qui s’éteint et brille,
Comme un œil prêt a s’assoupir ;

Qui, lorsqu’en des manoirs sauvages
J’erre, cherchant nos vieux berceaux,
M’environnant de mille images,
Comme un bruit du torrent des âges,
Fait mugir l’air sous les arceaux ;

Elle, – qui, la nuit, quand je veille,
M’apporte de confus abois,
Et, pour endormir mon oreille,
Dans le calme du soir, éveille
Un cor lointain au fond des bois.

Que ce soit Urgèle ou Morgane,
J’aime, en un rêve sans effroi,
Qu’une fée, au corps diaphane,
Ainsi qu’une fleur qui se fane,
Vienne pencher son front sur moi !

(Victor Hugo)

 

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Dans la chambre du grand-père (Madeleine Ley)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Dans la chambre du grand-père
il y avait un coquillage
qui soupirait et chantait
comme le vent de la mer.

Dans la chambre du grand-père
il y avait un petit coffre
en bois luisant jaune clair,
qu’il rapporta de ses voyages
et que lui seul savait ouvrir.

Il y avait deux Japonais
en ivoire, sous un globe;
et tout au fond d’un tiroir,
dans son écrin de velours vert,
– bijou poli par les vagues –
la pipe en écume de mer!

(Madeleine Ley)

Illustration: Christian Lloveras

 

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Plus qu’à fermer les yeux (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2019




Toutes les tours d’ivoire seront démolies,
toutes les paroles seront sacrées
et l’homme s’étant enfin accordé
à la réalité qui est sienne
n’aura plus qu’à fermer les yeux
pour que s’ouvrent les portes du merveilleux.

(Paul Eluard)


Illustration: Odilon Redon

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Trop tard (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Trop tard

Ah! que n’ai-je vécu dans ces temps d’innocence,
Lendemains de l’An mil où l’on croyait encor,
Où Fiesole peignait loin des bruits de Florence
Ses anges délicats souriant sur fond d’or.

Ô cloîtres d’autrefois! jardins d’âmes pensives,
Corridors pleins d’échos, bruits de pas, longs murs blancs,
Où la lune le soir découpait des ogives,
Où les jours s’écoulaient monotones et lents!

Dans un couvent perdu de la pieuse Ombrie,
Ayant aux vanités dit un suprême adieu,
Chaste et le front rasé j’aurais passé ma vie
Mort au monde, les yeux au ciel, ivre de Dieu!

J’aurais peint d’une main tremblante ces figures
Dont l’oeil pur n’a jamais réfléchi que les cieux!
Au vélin des missels fleuris d’enluminures
Et mon âme eût été pure comme leurs yeux.

J’aurais brodé la nef de quelque cathédrale,
Ses chapelles d’ivoire et ses roses à jour.
J’aurais donné mon âme à sa flèche finale
Qu’elle criât vers Dieu tous mes sanglots d’amour!

J’aurais percé ses murs pavoisés d’oriflammes,
De ces vitraux d’azur peuplés d’anges ravis
Qui semblent dans l’encens et les cantiques d’âmes
Des portails lumineux s’ouvrant au paradis.

J’aurais aux angélus si doux du crépuscule,
Senti fondre mon coeur vaguement consolé,
J’aurais poussé la nuit du fond de ma cellule
Vers les étoiles d’or un sanglot d’exilé.

J’aurais constellé d’or, de rubis et d’opales
La châsse où la madone en habits précieux
Joignant avec ferveur ses mains fines et pâles
Si douloureusement lève au ciel ses yeux bleus.

(Jules Laforgue)

Illustration: Fra Angelico

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Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal (Georges Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2019


 


 

Chasse gardée de l’imagination, en toute chose est le Bien et le Mal,
Les alchimistes sont poètes et le soufre à deux têtes le sait.
Cent fois le terril fut battu par l’éclair, mais les molettes sont debout
et tournent pacifiquement pour extraire l’ombre.
Ivoire lisse, ô mon désir, masque la peine d’un pauvre homme.
Serpent bleu : Poésie, love ton plain-chant sur la mer !
Frontière entre gens et bêtes, force magique des mamelles,
menhirs-miroirs du Seul, transmettez-nous les secrets du Monde.

(Georges Libbrecht)

Illustration

 

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Le temps de ma mort (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



Le temps de ma mort

Quand viendra le temps de ma mort
Petite fille que pourras-tu
Comme robe au vent
Sèchent les pleurs

Qu’est-ce que j’emporte
Même pas ton cri
Qui bondissait en moi
Comme un jeune chevreau

Petite fille éloigne-toi
Quand je serai de terre
Cette mère d’absence et d’ivoire
Fuis ce n’est plus moi.

(Andrée Chedid)

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Automne en ville (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 6 octobre 2018



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Automne en ville

Les quelques arbres de la ville,
Avec un ensemble émouvant,
Font pleuvoir leurs feuilles tranquilles
Sur les enfants.

Et l’on dirait que dans les rues
Et dans les cours où l’ombre dort,
Une main inconnue
Fait doucement pleuvoir de l’or.

Les tramways vont, les autos filent,
Les gens se pressent sans rien voir,
Un avion fait sur la ville
Une ombre de grand oiseau noir.

Un large soleil de nickel
Brille, glacé, aux devantures.
Plus un ange ne s’aventure
Sur les hauts trapèzes du ciel.

Et polie ainsi qu’un ivoire
Derrière un petit rideau blanc,
Une vieille sourit de voir
S’affairer sans fin les passants.

(Maurice Carême)

 Illustration

 

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UN MONDE EN CRISTAL (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2018



 

UN MONDE EN CRISTAL

Transparence, cristal devient
la feuille sur son arbre,
faïence brune et pourpre aussi,
ivoire par endroits.
Les arbres tiennent, minuscules,
leurs tasses japonaises.
Ils n’osent plus bouger, de peur
qu’une seule ne tombe.

Plein de lumière est le verger ;
tout y tremble : on eût dit
un magasin de bibelots
en cristal, et de lampes.
« Prends garde », proclame la voix
de mon coeur, « à ne pas
briser d’un geste maladroit
quelque objet qui scintille. »

Cependant, quelle volupté,
quelle joie de gamin :
secouer les arbres d’automne,
rester sous cette douche
au flot doré ; puis quelle mort
magnifique, là-bas,
la mort au sein de cette nappe,
lumières et couleurs.
Je marche silencieux, furtif,
parmi les griottiers
et leur service à thé, si rouge,
faïence du Japon.
Toute beauté qui se détache,
me fait souffrir. Je crains
à chaque fois pour les valeurs
fragiles de la terre.

Transparence, cristal se trouvent
ailleurs que chez les arbres ;
transparence est le monde entier :
coeurs aériens, visages
qui êtes toute transparence,
jusqu’à quand, dites-moi,
le vent d’automne voudra-t-il
encor vous épargner ?

Le vent tarde à souffler ; toujours
dans le soleil se tiennent
le jardin et la création.
La peine en est plus forte,
de voir, du haut des arbres calmes,
tomber en se berçant,
ça et là — quel mortel silence ! —
une feuille en cristal.

(Gyula Illyès)

Illustration

 

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