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Posts Tagged ‘(Jacques Chessex)’

Le regret de ses réseaux (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Le regret de ses réseaux

L’air et l’eau dans ton nuage
Si nuage est ce regard
Cette pensée qui disperse
Le regret de ses réseaux

L’air nocturne sur ta bouche
L’animal pur de ton souffle
Et l’hôte impur de ta couche
Où mourir dans ta dépouille

Quand la hanche et las ton ventre
Soudainement s’alourdissent
L’air est noir sur ta bouche lisse
L’eau de la nuit vient dans tes jambes

Langue soumise et volontaire
Dans la fraîcheur et le feu
Muscle frais dans la caverne
Où ne règne aucune parole

Je n’ai pas de raison plus juste
De clairière plus résolue
A m’instruire en impatience
À l’exemple de la mort

Pressé de vivre en ce lieu
Dans la maison de l’abîme
De chair et de peau sublime
À la trace enfin de Dieu

(Jacques Chessex)

 

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Sous la falaise (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2018




    
Sous la falaise

Quand tu marches sous la falaise
N’oublie pas de faire offrande
D’une pensée transparente au pèlerin
N’oublie rien de son vol de cendre
Plus rapide que la pierre qui tombe du roc
O meurtrier silencieux
Souviens-toi de son vol plus lointain
Que le vent qui se jette à l’amont du fleuve
De sa trace coupante au nuage
Imite cet oiseau serein et cruel
Envie sa justice de maître de la vie et de la mort
Passant songeur, envie son aire et la sagesse de sa retraite
Et quand vient l’heure de l’ombre
Jour après jour souviens-toi de plonger en elle
Comme l’oiseau se jette au vide
(Ainsi le cœur au mal, l’âme au vent sans mémoire)
Et regarde en toi blanchir le gouffre
Passant calme
En retard sur l’eau des rêves

(Jacques Chessex)

 

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J’ai soif de ta fraîcheur (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Etienne Adolphe Piot
    
J’ai soif de ta fraîcheur

Il faut que l’étang soit très pur
Pour que le Cerf vienne y boire
J’ai soif de ta fraîcheur Elvire
Fais le Cerf boire à ton eau

Ah vois un décor de forêt
Au feu frais des chênes matinaux
Écoute un souffle pour l’orée
Ou mouvement de vapeur après le ciel

Que me chasses-tu de ta pensée
Ou de ton corps ouvert comme vallée
Au Cerf donne rivière et pâturage
Toi qui cédas à d’autres sans nul gage

Le pin le chemin peuvent luire
Ils n’ont la moire de ta joue
Le rhododendron est moins rouge que ta bouche
Le sorbier moins rose au front que ton désir

J’ai soif de ta fraîcheur Elvire
Et de ton cœur d’avril sans nul partage
Fais-le brûler en moi contre le pire
Dans l’éblouissement de l’Idée à l’aube

(Jacques Chessex)

 

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L’aveugle (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
L’aveugle

J’ai vu tes filles,
Dieu des armées
Et tout de suite j’ai aimé leurs yeux de brume
J’ai aimé leur chevelure de fougère nocturne
Et l’odeur de la menthe des ruisseaux à leurs tempes

J’ai respiré tes filles, ô Éternel
J’ai bu les gouttes de sueur à leur aisselle
La poussière de l’été à leur cou
J’ai bu leurs larmes à leurs paupières

J’ai mangé tes filles, Dieu jaloux
J’ai tenu la pointe de leurs seins entre mes lèvres
J’ai tenu leur pulpe entre mes dents
J’ai pressé ma bouche sur leur bouche noire et sur leur bouche blanche
J’ai happé le serpent charnu de leur langue avec ma langue

Maintenant je suis vieux et je suis aveugle, Dieu vainqueur
Je n’ai plus ma force d’arbre et mes mains tremblent
Que me reste-t-il de tes filles innombrables ?
Que me reste-t-il de leur rire sous mes doigts morts?

Le calviniste

(Jacques Chessex)

 

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Votif (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




    
Votif

Quand j’irai à la vraie place

Au moins que ce soit un jour de cerisiers et de lilas
Et que ma tête ne ressemble pas encore à celle des morts
Avec cette mâchoire qu’ils ont
Avant qu’elle se détache et tombe seule dans l’ossuaire

Ce matin je pense à toi,
Mozart
Dans ta fosse de tibias et de crânes
Ô glorieux, et ce jour-là qui était ton jour ton ange pleurait
Parce que Dieu avait voulu pour toi
Ce Golgotha inversé dans la pluie du vieux novembre

À ma mort qu’il n’y ait pas d’ange mais qu’il me soit donné
D’entendre encore une fois la mésange de l’âme
Et le rossignol qui a égrené si souvent
ses trilles autour de mon cœur
Que je sois seul moi aussi

Mais que s’ouvre l’air à ma bouche
Que vienne une dernière fois le vent que j’ai bu
Avec l’avidité d’un enfant qui tète
Et que mes os commencent à descendre avec lenteur
Dans la terre printanière

Je bois la mort, maintenant
L’eau de la mort
J’ai les seins du vide aux dents
Et le regret du corps aimé
en creux dans l’ombre sonore

Ah Mozart, chante encore à mon cœur sans forme
Ce chant céleste où toi et moi
N’avons part dans nos espaces

(Jacques Chessex)

 

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J’aime le brouillard (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Caroline Duvivier

    

J’aime le brouillard, tu le sais

Ses épaisseurs lumineuses
Ses taches de mort calme dans l’antre du jour

Et tu sais aussi que j’aime le brouillard
parce qu’il ressemble À ce regret qui est en moi
Entre l’heure et la mémoire
Quand j’ai la vertu de regarder ma mort
Les claires ruines et tout l’après
Où je n’aurai plus de structure
Où il n’y aura plus de langage, plus de formes

même ombreuses
Plus d’arête

aucune catégorie dans le vide
Aucun vide du vide

J’aime le brouillard de m’y faire réfléchir
S’il ressemble tant soit peu à ce destin

défaisant mon heure
Dans le vœu de l’instant et du rien

(Jacques Chessex)

 

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La fente (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration:  Gustave Courbet
    
La fente

Si je regarde en toi fente

dans tes pentes dans tes plis sondant
Descendant par l’ombre et la moire à ton noir
Si je rôde et respire à tes alentours
Glissant du relief par la zone rose
Au secret gorgé de ce noir À la faille à la gorge, fente dans sa plissure avisant

Maintenant scrutant la buée belle à voir
Ce glissement à ta chaleur déjà liquide
Madame la fente où règne l’Odeur

O regardant par l’entaille le délice

de sueur, de fétide miel
Dans le val ce silence noir
De sombre suc musicien
Si descendant rôdant encore à cette orée
Je me tue à percer un chemin autre À la caverne visiteur épuisé de zèle
Quand la tonne parfumée exhale
Et coule en pluie à ta paroi

ruisselante robe définitive À ma bouche bien avant le drap des morts

O fente si je viens en toi

Par la langue et l’œil ouvrant ta nuit sacrée

Descendant par les haltes un songe noir comme un fleuve

Enfoui l’oubli muet dans tes pentes
Si j’allume au fond de la chambre
Cette lampe, fente, tes alentours sur la strie
Noire à l’ombre offrant la glu à me tuer
Visiteur encore rêvant mangeant la lumineuse suie

(Jacques Chessex)

 

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Sur maigre touffe d’herbe (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration
    
Sur maigre touffe d’herbe

Un jour j’étais couché sur maigre touffe d’herbe
Naturellement j’imaginais ma mort dans cette posture
Un autre jour j’étais à l’écoute du ciel
Et je riais de ses hôtes et de leurs trompettes pour rien

Sur maigre touffe d’herbe

Parle un fantôme

Tu m’avais dit que je verrais les anges

Au fond du ciel !

Je n’aperçois que d’autres touffes de buée

Puis plus rien

Que peut faire un mortel de sa voix mortelle

Si le gouffre est plein d’ailes que je ne vois pas

O sainte guerre!

Dormir sur l’herbe comme un mort

Voyager dans chaque heure avec l’idée de mon

fantôme
Braver le concert des témoins d’en haut
Manger de l’os sous la pulpe
De la cendre humide sous l’herbe humide de la seule
Rosée!

(Jacques Chessex)

 

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Que la lune brouillardeuse éclaire (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration: Caroline Duvivier
    
Que la lune brouillardeuse éclaire

Cette nuit que je voulais sereine et solitaire à ma table

Voici la mémoire pauvre, l’idée enfuie
Tellement je suis perméable à cet air blanc
Dans la boule de la terrestre chambre
Blanche et peu bénéfique à mon projet

Terre lunaire, brouillard d’une table
Appauvrissement du souvenir et de la volonté
Quel bénéfice ouvrirait l’air
Au cahier de
Diane et de l’orage
Entre boule blanche et vierge enfouie
Quand la seule mémoire de l’Instant
Tue la lumière du songe Ô paradoxe à vivre dans cette claire ombre et son refus énigmatique

Que la lune à cette fin me laisse

A ma paresse dans mon aire

La pauvreté larvaire de notre calendrier

Me faisant incapable d’affronter l’heure

le passage des astres divins
De lire à la volée le dedans et le dehors
Au-dessus de ma peau les nuées
En moi le rire et le regret de
Ton regret

(Jacques Chessex)

 

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Devant la forêt des hêtres (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018




Illustration: Gustav Klimt
    
Devant la forêt des hêtres

La première fois que je le rencontrai

devant la forêt des hêtres
Ton visage me dit qu’amour n’était
Ni impatience ni force
Mais je ne te crus pas et je m’en allai

par toutes sortes de routes
Dans les nuées

Puis vint le jour où mon fantôme

Avec plaisir te reconnut à l’orée de la même forêt

Toi aussi tu le retrouvas et la voix parla dans l’air

«Amour, dis-tu, n’est ni impatience ni hâte!»

Alors seulement je te crus

Maintenant la neige put s’étendre

Sur toute parole inutile et silencieuse

(Jacques Chessex)

 

 

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