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Poésie

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Le même vain halo (Leonardo Sinisgalli)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Le même vain halo de la robe
Rouge dans la fumée des brumes de jadis,
Le même désarroi, si parmi les arbres mouillés de pluie
Décembre me ramène à ce tournant.
Tu ne viens pas. La peine, elle, ne tarde pas
Le long des murs, une voix
M’appelle, ou ta couleur qui brille
Sous la pluie fine.
(La marchande de fleurs
Crie ses églantines.)
Tu ne viens pas.
La peine, elle, ne tarde pas
Et rend plus doux le bonheur qui t’attend.
(Dans le crépitement de l’eau dans la gouttière,
Une voix bien-aimée…)

(Leonardo Sinisgalli)

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LA ROUE (Robert Guiette)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



LA ROUE

I
Chante, étranger sur le trottoir
Ta voix n’écarte aucun volet

Au soleil blanc reste en arrêt
Chante plus fort chante plus noir

Dos au mur aveuglant
Face au fronton des façades

La note frappera la seule vitre en flammes
Aux mille éclairs vois le sourire du temps

Comme
un grand visage
qui se nomme

II
O doux éclatement
Le livre s’est ouvert
et j’ai vu du coeur qui ne ment
déborder les souvenirs de mon enfance

Comment
dis-moi comment
ce passé s’est ouvert
que tu gardais si pieusement
pour habiter ce coeur d’abondance

La bouche de blessure
avait-elle mis son secret
dans la grenade mûre
Si longtemps
si longtemps après

C’est bien ma solitude
comme une ancienne fleur
qui plus tard a germé dans ce feu
Où donc
jadis perdue

III
La parole est morte
Et le monde est venu
Et les rues sont pleines de monde

Personne ne passe la porte
Tout se nomme refus
Et les ruines s’enivrent de monde

Au fond de la chaussée
une grande fleur d’encre
qui rature la joie

L’attente folle
couleur de fuite
un souvenir géant
qui efface tout

IV
Coeur dévasté pour rire
beauté usée par les sales regards

Le triste et le gai
comme des éventails
et la blessure comme un loup

L’histoire finit
lorsqu’il n’est plus temps

V
La rue suit sa pente
Les hommes leur chemin
ou suivent les passantes
Moi seul je me souviens
Le soleil las poursuit sa route
Les fenêtres s’entrouvrent
au silence à la fraîcheur

Une grande roue tourne
et tourne grande roue
où les hommes s’usent

La terre mâche la terre

(Robert Guiette)

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NOEL (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



 

 

NOEL

Les carillons de Noël
Dans le vent nocturne…
Qui sait où sont aujourd’hui
Les cloches
Et les sons de jadis ?

Les sons vivants
Des ans écoulés
Avec leur beauté enfantine
Et leurs cheveux parfumés
Leurs cheveux parfumés de l’odeur de résine
Avec des lèvres et des boucles
Alourdies par les rêves ?

Et d’où viennent les cloches
D’aujourd’hui

Les vagabondes cloches d’aujourd’hui ?
Les jours présents
Glissent dans un souffle.
Qui écoute seulement si c’est une plainte
Ou le rieur mois de Mai
Le rougissant fleurissant mois de Mai ?

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration

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L’URNE (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 26 septembre 2019



 

Guorun Wen   (27) [1280x768]

L’URNE

Sépulcre de silence et tombeau de beauté,
La Tristesse conserve en cendres dans son urne
Les grappes de l’automne et les fruits de l’été,
Et c’est ce cher fardeau qui la rend taciturne,

Car sa mémoire encore y retrouve sa vie
Et l’heure disparue avec la saison morte
Et tout ce dont jadis, enivrée et fleurie,
Elle a senti l’odeur féconde, saine et forte;

Et c’est pourquoi tu vas, en ta sombre jeunesse,
Portant en l’urne d’or les cendres de l’été
Et que je te salue, ô passante, Tristesse,
Sépulcre de silence et tombeau de beauté!

(Henri De Régnier)

Illustration: Guorun Wen

 

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CORPS, MON CORPS (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




Illustration: Ron Mueck
    
CORPS, MON CORPS

Corps, mon corps, combien de mains
de combien d’étrangers sont-elles venues sur toi

Jadis, la mort était une main moite de coiffeur.
Ensuite vint le froid glacial d’un stéthoscope.

Plus tard, tu te cassais dans le fauteuil d’un dentiste
ou un faux enseignant te tripotait la tête.

Et puis ces métros avec cette chair affairée,
ce restant, poissons qui glissent le long de toi

dans les magasins, ascenseurs, ruelles et trains,
corps, mon corps, remémore-toi donc l’odeur

des premières chambres et des draps amoureux,
le printemps qui naissait en nous. Car nous

avons peur. Et l’angoisse parfois dure le temps d’un corps.
Bientôt, je reposerai là et ils me peigneront encore.

***

LICHAAM, MIJN LICHAAM

Lichaam, mijn lichaam, hoeveel handen
van hoeveel vreemden kreeg je op je af?

Ooit was de dood een klamme kappershand.
Toen kwam de vrieskou van een stethoscoop.

Weer later brak je in een tandartsstoel
of zat een valse leerkracht aan je hoofd.

En dan die metro’s met dat drukke vlees,
dat restvolk dat als vissen langs je gleed

in winkels, liften, stegen en coupés,
lichaam, mijn lichaam, denk toch aan de geur

van eerste kamers en verliefde lakens,
de lente die het in ons werd. Wou- wij

zijn bang. En angst duurt soms een lichaam lang.
Straks lig ik daar en wordt mijn haar gekamd.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Ô paix de ce pays d’ici (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



 

Graham Gercken 1960 -  Australian Impressionist Landscape painter -  (27) [1280x768]

Ô paix de ce pays d’ici
Où jadis nous nous aimâmes
Par nos corps et par nos âmes,
Ô paix de ce pays d’ici !

Le crépuscule dans les arbres
Dont tous les oiseaux sont fous
De s’être aimés comme nous,
Le crépuscule dans les arbres !

Et ce fleuve sous la forêt
Où, soeur folle des automnes,
Tu cueillais les anémones,
Et ce fleuve sous la forêt !

Sais-tu ce que nous dit le fleuve
Qui pleurait dans les roseaux
– Soupirs des vents et des eaux –
Sais-tu ce que nous dit le fleuve ?

Il nous dit : Craignez la forêt
Dont au carrefour des doutes
On ne connaît plus les routes.
Il nous dit : « Craignez la forêt ! »

Mais nous n’avons pas peur des arbres
Lourds du tumulte des vols
Et des chants des rossignols ;
Mais nous n’avons pas peur des arbres.

O paix de ce pays d’ici,
La voix des eaux est mensonge,
Et tu ne peux être un songe,
O paix de ce pays d’ici.

(Stuart Merrill)

Illustration: Graham Gercken

 

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Dans le silencieux automne (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2019



Illustration
    
Dans le silencieux automne
D’un jour mol et soyeux,
Je t’écoute en fermant les yeux,
Voisine monotone.

Ces gammes de tes doigts hardis,
C’était déjà des gammes
Quand n’étaient pas encor des dames
Mes cousines, jadis;

Et qu’aux toits noirs de la Rafette,
Où grince un fer changeant,
Les abeilles d’or et d’argent
Mettaient l’aurore en fête.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Jadis c’était la couleur du dire (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2019



Illustration: Margaret Brohan
    
Jadis c’était la couleur du dire
Qui inondait ma table sur le versant le plus laid d’une colline
Avec un champ chaviré où une école se tenait, tranquille
Et un carré noir et blanc de filles s’y répandait en jeux ;
Les doux glissoires du dire je les dois détruire
Pour que les noyés enchanteurs se relèvent pour chanter comme coq et tuer.
Quand je sifflais avec des gamins joueurs à travers le parc du réservoir
Où la nuit nous lapidions les froids, les niais
Amants dans la boue de leur lit de feuilles,
L’ombre de leurs arbres était mot à plusieurs obscurités
Et lampe d’un éclair pour les pauvres dans la nuit ;
Maintenant mon dire doit me détruire,
Et je déviderai chaque pierre comme un moulinet.

(Dylan Thomas)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vision et Prière (et autres poèmes)
Traduction: Alain Suied
Editions: Gallimard

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Vénus hait le soleil (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2019



Illustration: Théodore Chassériau
    
Vénus hait le soleil. Sous le couvert éclose,
jadis à son cœur noir m’enivrait une rose.

(Paul-Jean Toulet)

 

Recueil: Les contrerimes
Traduction:
Editions: Gallimard

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MELANCOLIE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



MELANCOLIE

C’est l’aube et c’est l’automne
Et loin devant les yeux
La vapeur tourbillonne
Sur les vergers brumeux.

De mornes voix résonnent
Par les grands champs déserts, —
Et des clameurs sillonnent
Là-haut les coteaux verts.

Un cerf-volant bourdonne,
Jadis, c’était ton jeu.
Tu pleures… c’est l’automne
Sur les vergers brumeux.

(George Bacovia)

Illustration

 

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