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Posts Tagged ‘jaillir’

NE croyez pas (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020



 

Anne-François-Louis Janmot (11) [1280x768]

NE croyez pas,
—Pour ce qu’avril rit rose
Dans les vergers,
Ou pâlit de l’excès voluptueux des fleurs —,
Que toutes choses
Sont selon nos gais coeurs,
Et qu’il n’est plus une soif à étancher.

Ne croyez pas,
— Glorieux des gloires automnales,
Ivres des vins jaillis que boit l’épi qu’on foule —,
Qu’il n’est plus une faim que rien ne soûle :
Car Décembre est en marche dans la nuit pâle.

Oui, mais ne croyez pas
—Parce qu’autour de vous toute âme est vile,
Et que la foule adore son vice servile,
Parce que, sur la plaine où le Mystère halète
Courbant l’épi, froissant la feuille, d’ailes inquiètes,
Grandit la ville —,
Ne croyez pas,
—Bien que tout coeur soit bas —,
Que le vieil Angelus sonne à jamais le glas,
Croyez, sachez, criez à pleine voix
Que l’Amour est vainqueur et que l’Espoir est roi!

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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Ils m’ont précipité dans la vie (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2020




    
Ils m’ont précipité dans la vie, avec des milliers d’autres,
Comme, dans les crématoires d’Auschwitz,
Les nazis jetaient les cadavres.
Mais nous, le feu nous a rendus incandescents
Comme des barres de métal,
Comme de rouges lianes
Jaillies des laminoirs,
Comme des gerbes de flammes
Giclant hors du volcan,
Embrassant l’azur avec quelle ardeur !
Nous avons lapidé de mots déflagrants notre époque,
Abattant le bois desséché, vermoulu,
Et nous avons comblé plus d’un marais nauséabond.
Souvent aussi nous avons fait naufrage
Dans de bien tristes solitudes,
Enserrés dans les frontières du Cosmos,
Mais la vie de nouveau et toujours nous accueille
A bras ouverts :
« Vous, les miens, venez à moi ! »

(Mihai Beniuc)

 

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DANS MON AME IL Y A… (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2020




    
DANS MON AME IL Y A…

Dans mon âme il y a des rires et des pleurs
Et des diables aussi, sans doute, et puis des anges.
Et si le paradis ne fut jamais qu’un songe,
Il est sûr que l’enfer est inscrit dans mon sang
Comme au fond de la terre attendent les volcans,
Eux que n’ont pas éteints les glaciers des années.
Bouillonnant de passion, la lave, en jaillissant,
De sa bouche de feu, mord les hauteurs du vent.

(Mihai Beniuc)

 

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VIENS (Mihai Beniuc)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2020




    
VIENS

Tu t’es cachée dans mon coeur
Comme un trésor au fond de la montagne.
Souvent de mes yeux jaillissent des flammes
Pour que tu rappelles à ma nuit
Que tu es là, même en étant au loin,
Dans les cavernes de ton âme
Errant comme un fantôme je te cherche,
Et je t’appelle, mais quand tu réponds
Ce n’est qu’un écho de ma propre voix,
D’ici, de nulle part,
De là-bas, de partout,
Pour me brouiller le chemin vers toi.

Dis-moi : dans ton sommeil fais-tu parfois le rêve
Qu’un autre homme t’embrasse
Et tu t’approches
De sa poitrine ?

Réveille-toi !
Du fond de ma nuit
Deux yeux de tigre,
Deux phares affolés,
Deux vitres éclairées,
Deux étoiles noyées de larmes
Te regardent, t’appellent :
Viens !

(Mihai Beniuc)

 

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Mars (Marie-France Subra-Soutchkov)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Au jour de Mars
Muguets de gel tes paroles jaillissent
Fleurissant le brouillard.

(Marie-France Subra-Soutchkov)

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Tout pareil à cet arbre (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



Te voilà plus humain pour être devenu
Tout pareil à cet arbre, et pris son attente,
Comme lui: seul, pris dans sa solitude, nu,
Sans espérance que ce désir où vous hantent
Une sève et le sang jaillis du temps fidèle.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

 

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LES RUINES DE MEXICO (ÉLÉGIE DU RETOUR) (José Emilio Pacheco)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

LES RUINES DE MEXICO
(ÉLÉGIE DU RETOUR)

1
Absurde est la matière qui s’écroule,
la matière pénétrée de vide, la creuse.
Non : la matière ne se détruit pas,
la forme que nous lui donnons se désagrège,
nos oeuvres se réduisent en miettes.

2
La terre tourne, entretenue par le feu.
Elle dort sur une poudrière.
Elle porte en son sein un bûcher
un enfer solide
qui soudain se transforme en abîme.

3
La pierre profonde bat dans son gouffre.
En se dépétrifiant, elle rompt son pacte
avec l’immobilité et se transforme
en bélier de la mort.

4
De l’intérieur vient le coup,
la morne cavalcade,
l’éclatement de l’invisible, l’explosion
de ce que nous supposons immobile
et qui pourtant bouillonne sans cesse.

5
L’enfer se dresse pour noyer la terre.
Le Vésuve éclate de l’intérieur.
La bombe monte au lieu de descendre.
L’éclair jaillit d’un puits de ténèbres.

6
Il monte du fond, le vent de la mort.
Le monde tressaille en fracas de mort.
La terre sort de ses gonds de mort.
Comme une fumée secrète avance la mort.
De sa prison profonde s’échappe la mort.
Du plus profond et du plus trouble jaillit la mort.

7
Le jour devient nuit,
la poussière est soleil
et le fracas remplit tout.

8
Ainsi soudain se casse ce qui est ferme,
béton et fer deviennent mouvants,
l’asphalte se déchire, la ville et la vie
s’écroulent. La planète triomphe
contre les projets de ses envahisseurs.

9
La maison qui protégeait contre la nuit et le froid,
la violence et l’intempérie,
le désamour, la faim et la soif
se transforme en gibet et en cercueil.
Le survivant reste emprisonné
dans le sable et les filets de la profonde asphyxie.

10
C’est seulement quand il nous manque, qu’on apprécie l’air.
Seulement quand nous sommes attrapés comme le poisson
dans les filets de l’asphyxie. Il n’y a pas de trous
pour retourner à la mer d’oxygène
où nous nous déplacions en liberté.
Le double poids de l’horreur et de la terreur
nous a sortis
de l’eau de la vie.

Seulement dans le confinement nous comprenons
que vivre c’est avoir de l’espace.
Il fut un temps
heureux où nous pouvions bouger,
sortir, entrer, nous lever, nous asseoir.

Maintenant tout s’est écroulé. Le monde
a fermé ses accès, ses fenêtres.
Aujourd’hui nous comprenons ce que signifie
cette terrible expression : enterrés vivants.

11
Le séisme arrive et devant lui plus rien
ne valent les prières et les supplications.
Il naît de son sein pour détruire
tout ce que nous avons mis à sa portée.
Il jaillit et se fait reconnaître à son oeuvre atroce.
La destruction est son unique langage.
Il veut être vénéré parmi les ruines.

12
Cosmos est chaos, mais nous ne le savions pas
ou nous n’arrivions pas à le comprendre.
La planète descend-elle en tournant
dans les abîmes de feu glacé ?
Tourne-t-elle ou tombe-t-elle cette terre ?
Le destin de la matière est-il dans cette chute infinie ?

Nous sommes nature et rêve. C’est pourquoi
nous sommes ce qui descend toujours :
poussière dans les airs.

(José Emilio Pacheco)

Illustration

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Transmutation (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



Transmutation

Au creuset de ma tête
où kilos et kilos de souvenirs
font un bruit de feuilles sèches,
dès que ta forme jaillit
je sens couler de l’or.

(Michel Leiris)

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Transmutation (Michel Leiris)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



 

Transmutation

Au creuset de ma tête
où kilos et kilos de souvenirs
font un bruit de feuilles sèches,
dès que ta forme jaillit
je sens couler de l’or.

(Michel Leiris)

Découvert ici chez Dessin Rencontre

Illustration

 

 

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CONSEILS AU POÈTE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration: Josh Fancher
    
CONSEILS AU POÈTE

Sois comme l’eau
celle de la source et celle des nuages
tu peux être irisé ou même incolore
mais que rien ne t’arrête
pas même le temps
Il n’y a pas de chemins trop longs
ni de mers trop lointaines
Ne crains ni le vent
ni encore moins le chaud ou le froid
Apprends à chanter
sans jamais te lasser
murmure et glisse-toi
ou arrache et bouscule
Bondis ou jaillis

Sois l’eau qui dort
qui court qui joue
l’eau qui purifie
l’eau douce et pure
puisqu’elle est la purification
puisqu’elle est la vie pour les vivants
et la mort pour les naufragés

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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