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Poésie

Posts Tagged ‘jalouse’

Duperie volontaire (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2018


Le rideau est de ci de là
Flottant chez ma voisine.
Certes, elle épie en se penchant
Si je suis bien chez moi,

Et si la jalouse rancune
Qu’en plein jour j’ai couvée,
Comme elle le doit à jamais
Vibre au fond de mon coeur.

Mais, hélas! cette belle enfant
N’a rien senti de tel.
Je le vois, c’est le vent du soir
Qui joue dans son rideau.

***

Selbstbetrug

Der Vorhang scwebet hin und her
Bei meiner Nachbarin.
Gewiß, sie lauschet überquer,
Ob ich zu Hause bin.

Und ob der eifersüchtge Groll,
Den ich am Tag gehegt,
Sich, wie er nun auf immer soll,
Im tiefen Herzen regt.

Doch leider hat das schöne Kind
Dergleichen nicht gefühlt.
Ich seh, es ist der Abendwind,
Der mit dem Vorhang spielt.

(Goethe)

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La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse (Charles Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018




La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certe, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s’asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

(Charles Baudelaire)

Illustration: Jean-Baptiste Corot

 

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Du temps de nos rois (Gilbert Saint-Pré)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2018



Du temps de nos rois

Le roi de trèfle,
Le roi des nèfles,
S’offrit
A la dame de carreau.
Voyant cela
La dame de coeur, jalouse,
Donna une gifle
Au roi de pique
Qui la menait en bateau,
Et le château de cartes
S’écroula.

(Gilbert Saint-Pré)

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Inès (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



 

Jacques Damville (2)

Inès

Je ne dis rien de toi, toi, la plus enfermée,
Toi, la plus douloureuse, et non la moins aimée !
Toi, rentrée en mon sein ! je ne dis rien de toi
Qui soufres, qui te plains, et qui meurs avec moi !

Le sais-tu maintenant, ô jalouse adorée,
Ce que je te vouais de tendresse ignorée ?
Connais-tu maintenant, me l’ayant emporté,
Mon coeur qui bat si triste et pleure à ton côté ?

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jacques Damville

 

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Lassitude (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



 

Koh Sang Woo 1978 - Korean photographer -   (6)

Lassitude

De la douceur, de la douceur, de la douceur!
Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante.
Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l’amante
Doit avoir l’abandon paisible de la soeur.

Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,
Bien égaux les soupirs et ton regard berceur.
Va, l’étreinte jalouse et le spasme obsesseur
Ne valent pas un long baiser, même qui mente!

Mais dans ton cher coeur d’or, me dis-tu, mon enfant,
La fauve passion va sonnant l’oliphant.
Laisse-la trompetter à son aise, la gueuse!

Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,
Et fais-moi des serments que tu rompras demain,
Et pleurons jusqu’au jour, ô petite fougueuse!

(Paul Verlaine)

Illustration: Koh Sang Woo

 

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DANS LA CHAMBRE D’OR (Oscar Wilde)

Posted by arbrealettres sur 9 décembre 2016



 

DANS LA CHAMBRE D’OR

Mélodie

Ses mains d’ivoire sur les touches d’ivoire
S’amusent à des accords inattendus
Comme un peuplier dont la moire
Ondule avec ses feuilles ou l’écume du
Ressac quand l’océan mordu
Par les vents montre sa mâchoire.

Ses cheveux d’or flottent sur un mur d’or
Comme les filandres qui s’accrochent
A la corolle satinée d’un souci, ou comme alors
Qu’une nuit jalouse s’effiloche
Et qu’un lys brille à son approche
Le tournesol se tourne vers l’astre qui ressort.

Et ses douces lèvres rouges sur les miennes
Brûlent comme les éclats du rubis
D’une lampe sur un autel qui se promène,
Comme une grenade qui saigne, ou comme pris
De boisson le coeur d’un lotus qui
Baigne dans le sang d’une vigne trop amène.

***

IN THE GOLD ROOM

A Harmony

Her ivory hands on the ivory keys
Strayed in a fitful fantasy,
Like the silver gleam when the poplar trees
Rustle their pale leaves listlessly,
Or the drifting foam of a restless sea
When the waves show their teeth in the flying breeze.

Her gold hair fell on the wall of gold
Like the delicate gossamer tangles spun
On the burnished disk of the marigold,
Or the sunflower turning to meet the sun
When the gloom of jealous night is done,
And the spear of the lily is aureoled.

And her sweet red lips on these lips of mine
Burned like the ruby fire set
In the swinging lamp of a crimson shrine,
Or the bleeding wounds of the pomegranate,
Or the heart of the lotus drenched and wet
With the spilt-out blood of the rose-red wine.

(Oscar Wilde)

Illustration: Stefan Blondal

 

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SCHERZO (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2016




SCHERZO

Sourires, fleurs, baisers, essences,
Après de si fades ennuis,
Après de si ternes absences,
Parfumez le vent de mes nuits !

Illuminez ma fantaisie,
Jonchez mon chemin idéal,
Versez-moi votre ambroisie,
Longs regards, lys, lèvres, santal !

*

Car j’ignore l’amour caduque
Et le dessillement des yeux,
Puisqu’encor sur ta blanche nuque
L’or flamboie en flocons soyeux.

Et cependant, ma fière amie,
Il y a longtemps, n’est-ce-pas ?
Qu’un matin tu t’es endormie,
Lasse d’amour, entre mes bras.

*

Ce ne sont pas choses charnelles
Qui font ton attrait non pareil,
Qui conservent à tes prunelles
Ces mêmes rayons de soleil.

Car les choses charnelles meurent,
Ou se fanent à l’air réel,
Mais toujours tes beautés demeurent
Dans leur nimbe immatériel.

*

Ce n’est plus l’heure des tendresses
Jalouses, ni des faux serments.
Ne me dis rien de mes maîtresses,
Je ne compte pas tes amants.

À toi, comète vagabonde
Souvent attardée en chemin,
Laissant ta chevelure blonde
Flotter dans l’éther surhumain,

Qu’importent quelques astres pâles
Au ciel troublé de ma raison,
Quand tu viens à longs intervalles
Envelopper mon horizon ?

*

Je ne veux pas savoir quels pôles
Ta folle orbite a dépassés,
Tends-moi tes seins et tes épaules ;
Que je les baise, c’est assez.

(Charles Cros)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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Les fruits sauvages (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2016



Les fruits sauvages

Si dans les bois vous rencontrez Prunelle,
Dites-lui donc que je veux la revoir.
Je lécherai le sang bleu de ses lèvres
Et de ses yeux je prendrai tout l’or noir.

Je la savais jalouse de Myrtille,
Mais à ce point, je ne l’aurais pas cru.
J’aime les fruits quand les fruits sont des filles
Pour les manger comme un ogre tout crus.

Ne dites pas à la tendre Noisette
Que mon espoir en elle est sauvageon.
Pour mieux l’aimer j’inventerai des fêtes
Car écureuil suis plus que de raison.

Je sais l’orée où se cache la Fraise
Sous une feuille ouverte par pudeur,
Mais en amour la fraise c’est la braise,
Elle a gardé la forme de mon coeur.

Si pour le charme il n’est que d’Aubépine,
En rougissant je me pique à son jeu.
Je ronsardise et la fais masculine
Pour être trois tout en n’étant que deux.

J’entends déjà cet orchestre de mûres
Sous le mistral donner d’autres concerts
Et moi j’écoute en battant démesure
La bouche rouge au sein du monde vert.

En ce temps-là, Prunelle aimait Myrtille
Et la Noisette à la Fraise rêvait.
Si l’Aubépine et la Mûre chantaient,
Je ne connus de filles si gentilles,
Tendres amours en de tendres forêts.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

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La gazelle (Sulayman ibn Hammûd)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2015




La gazelle

Sur votre vie, amis, il fallait voir
un bel objet comme celui-là !

Hafsa était le visage même de l’aurore
qui peu à peu dépouille
de ses fleurs ardentes le grenadier.
De sang bédouin, rouge vermeil comme le vin
et le feu tendre qui se cache
à la racine du palmier,
elle savait compter les vertèbres du chameau
et décrire avec ardeur les courbes des dunes,
traire la chèvre de la main secrète et pure
de qui connaît la sainte faim de chaque jour.

D’elle, plus d’une fois, la gazelle fut jalouse.

Elle ne connaissait d’autre musique que l’arpège
et le silence du désert.

A présent elle joue du luth mélodieux
derrière la grille du harem.

(Sulayman ibn Hammûd)

Illustration

 

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Retouche au chagrin (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 27 septembre 2015



 

Retouche au chagrin

la mémoire s’étrangle
entre de fausses fenêtres

jalouse d’herbe

(Daniel Boulanger)

Illustration

 

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