Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘jalousie’

La Carte Du Tendre (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017




    
La Carte Du Tendre

Le long du fleuve qui remonte
Par les rives de la rencontre
Aux sources d’émerveillement
On voit dans le jour qui se lève
S’ouvrir tout un pays de rêve
Le tendre pays des amants
On part avec le coeœur qui tremble
Du bonheur de partir ensemble
Sans savoir ce qui nous attend
Ainsi commence le voyage
Semé d’écueils et de mirages
De l’amour et de ses tourments

Quelques torrents de médisance
Viennent déchirer le silence
Essayant de tout emporter
Et puis on risque le naufrage
Lorsque le vent vous mène au large
Des îles d’infidélité
Plus loin le courant vous emporte
Vers les rochers de la discorde
Et du mal à se supporter
Enfin la terre se dénude
C’est le désert de l’habitude
L’ennui y a tout dévasté

Quand la route paraît trop longue
Il y a l’escale du mensonge
L’auberge de la jalousie
On y déjeune de rancune
Et l’on s’enivre d’amertume
L’orgueil vous y tient compagnie
Mais quand tout semble à la dérive
Le fleuve roule son eau vive
Et l’on repart à l’infini
Où l’on découvre au bord du Tendre
Le jardin où l’on peut s’étendre
La terre promise de l’oubli

(Georges Moustaki)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jalousie (Louise Colet)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



Illustration: Anne-François-Louis Janmot
    
Jalousie

Jeunes femmes, parfois, quand je vais me mêler
A vos jeux… si je sens mon âme se troubler,
Si soudain sur mon front une ride se creuse,
Si ma pensée empreint sa trace douloureuse
Sur mes traits, que l’on voit se couvrir de pâleur,
Ce n’est point jalousie, ô femmes ! c’est douleur !

Du bonheur passager de la nouvelle épouse,
De ses illusions je ne suis pas jalouse.
Quand elle apparaît, j’aime à l’entendre applaudir,
A voir sous l’oranger son front pur resplendir,
Sa parure éblouir la foule qui l’entoure,
J’aime à la croire heureuse alors qu’elle savoure
Cet encens que le monde aux femmes jette un jour,
Encens de vanité parfumé par l’amour !…

Mais ce qui me torture et fait fléchir mon âme,
C’est de voir auprès d’elle assise une autre femme,
Jeune de son bonheur dont elle prend sa part,
Fière de ses succès, l’adorant du regard,
Et la nommant tout haut sa fille, ô peine amère !
Je suis jalouse alors, car je n’ai plus de mère !

(Louise Colet)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Petite lyre romantique (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2017



Petite lyre romantique

Pourquoi me refuser
tes yeux et ton souris
et venir m’arracher
ainsi au paradis?

Pourquoi ne veux-tu pas
laissant là les alarmes
(ah, Dieu : ce que sont femmes !)
me prendre dans tes bras ?

Pourquoi as-tu choisi
la fleur sans odeur
l’agressive fleur
de la jalousie?

Est-ce que tu ne saurais
que je t’aime à un tel point
à toute heure que Dieu fait
que je ne sais plus combien ?

Attendu qu’à la fin
tout entier il est tien
nulle autre ne le tient
ce cœur qui est le mien ?

Ange sans foi
en mes serments,
mais pourquoi, pourquoi
me causer tourment?

Mon âme pleut
du froid, tout blême.
Et il ne t’émeut
ce petit poème.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Alexander Sulimov

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Au Bois Lacté (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2017



Au Bois Lacté

Le temps passe. Écoute.
Le temps passe. Rapproche-toi.

Tu es le seul à pouvoir entendre le sommeil des maisons, dans les rues,
dans la nuit lente profonde salée et noire de silence, la nuit en bandelettes.

Toi seul peux voir, dans les chambres aveuglées de jalousies,
les combinaisons culottes et les jupons sur les chaises,
les brocs et les cuvettes, les verres à dentiers, le Nième Commandant au mur
et les portraits jaunissants des morts attendant le petit oiseau qui va sortir.

Toi seul peux entendre et voir, derrière les yeux des dormeurs,
les mouvements et les pays et les labyrinthes
et les couleurs et les constellations et les arcs-en-ciel
et les airs de chansons et les désirs et les envolées
et les chutes et les désespoirs et les mers immenses de leurs songes…

***

Under Milk Wood

Time passes. Listen. Time passes.

Come closer now.
Only you can hear the houses sleeping in the streets
in the slow deep salt and silent black, bandaged night.

Only you can see in the blinded bedrooms,
the combs and petticoats over the chairs,
the jugs and basins, the glasses of teeth, Thou Shalt Not on the wall,
and the yellowing, dickybird-watching pictures of the dead.

Only you can hear and see, behind the eyes of the sleepers,
the movements and countries and mazes
and colours and dismays and rainbows
and tunes and wishes and flight
and fall and despairs and big seas of their dreams.

(Dylan Thomas)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La rose écarlate déchire sa robe (Mawlana Rûmî)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2017




    
La rose écarlate déchire sa robe,
et je suis le seul à savoir pourquoi.

Le saule laisse pendre ses branches en rangées rectilignes,
Afin de rattraper toutes les prières qu’il a omises.

Le lys avec son épée, et le jasmin avec son bouclier
se préparent pour la Guerre Sainte.

Le pauvre rossignol anéanti par la souffrance
soupire devant la rose qui parade.

Toutes les beautés du jardin disent:
«La rose me regarde».

Le rossignol répond:
«C’est pour moi, l’infortuné, qu’elle fait tout ce charme».

Le platane a levé ses mains en signe de lamentation,
te dirai-je ses supplications?

Qui a coiffé le bourgeon d’un chapeau?
Qui a courbé en deux la violette?

Bien que l’automne ait été très cruel,
vois la loyauté du printemps.

Ce que l’automne a pillé,
le printemps l’a rapporté.

Je parle de roses, de rossignols et des splendeurs du jardin
pour ne pas nommer autre chose. Pourquoi cela?

À cause de la jalousie de l’Amour,
mais en fait je décris les bienfaits de Dieu.

(Mawlana Rûmî)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Aveu dans le Silence (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Illustration: Charles-Amable Lenoir
    
Aveu dans le Silence

Dans l’orage secret, dans le désordre extrême
Je n’ose m’avouer à moi-même que j’aime !
Cela m’est trop cruel, trop terrible… Mais j’aime !

— Pourquoi je l’aime ainsi ? L’éclat de ses cheveux…
Sa bouche… Son regard !…. Ce qu’elle veut, je veux.
Je ne vis que de la clarté de ses cheveux…

Et je ne vis que du rayon de ce sourire
Qui m’attendrit, et que j’appelle et je désire…
O miracle de ce miraculeux sourire !….

Sa robe a des plis doux qui chantent… Et ses yeux
Gris-verts ont un regard presque… miraculeux…
J’adore ses cheveux et son front et ses yeux…

Elle ne saura point, jamais, combien je l’aime
Cependant ! — Car jamais ma jalousie extrême
Ne lui laissera voir, jamais, combien je l’aime !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jaloux des gouttes de pluie (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Jaloux des gouttes de pluie
Qui trop semblent des baisers
Les yeux de tout ce qui luit
Sont raison de jalouser

Jaloux jaloux des miroirs
Des morsures de l’abeille
De l’oubli de la mémoire
De l’abandon du sommeil

Du trottoir qu’elle a choisi
Des mains frôleuses du vent
Ma vivante jalousie
Qui me réveille en rêvant

Jaloux d’un chant d’une plainte
D’un souffle à peine un soupir
Jaloux jaloux des jacinthes
D’un parfum d’un souvenir

Jaloux jaloux des statues
Au regard vide et troublant
Jaloux quand elle s’est tue
Jaloux de son papier blanc

D’un rire ou d’une louange
D’un frisson quand c’est l’hiver
De la robe qu’elle change
Au printemps des arbres verts

De la voir aimer le feu
D’une branche qui la suit
D’un peigne dans ses cheveux
A l’aurore de minuit

De qui donc est-elle éprise
Qu’elle porte ses turquoises
Ah la nuit me martyrise
Avec ses ombres narquoises

Jaloux en toute saison
Traversé de mille clous
A perdre toute raison
Jaloux comme un chien jaloux

Jaloux de toute la terre
Quand elle arrive un peu tard
Tous ses gestes sont mystère

Jaloux jaloux des guitares

(Louis Aragon)

Illustration: Gérard Segear

 

Cf article ici

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

RIVAGE (Rafael Alberti)

Posted by arbrealettres sur 25 avril 2017



RIVAGE

Mes yeux, mais qui peut s’abriter
derrière cette jalousie?

Une fille brodant peut-être
quelques amours de contrebande
pour les garçons de la marine?

Ô petits yeux qui regardez ,
ouvrez-moi votre jalousie
car je suis en peine d’amours !

Mes yeux, mais qui peut s’abriter
derrière cette jalousie?

(Rafael Alberti)

 Illustration: Henri Lebasque

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les vrais amis sont comme les arbres (Julos Beaucarne)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2017



Les vrais amis
Sont comme les
arbres

Plantés très loin ou bien tout près
sans jalousie et sans alarme, ils croissent c’est leur métier

Les vrais amis sont comme les arbres
Ils tendent leurs bras
ne plient pas

Ils grimpent vers
la lumière
C’est ce qui les met en joie

Les vrais amis sont comme les arbres
L’univers est dans leur peau
Qu’il fasse pluie, glace ou bourrasque ils parfument et tiennent chaud

Les vrais amis quand ils trépassent n’en finissent pas de fleurir
dans nos mémoires opiniâtres même coupés les arbres prient

(Julos Beaucarne)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Je ne peux ni te garder ni te quitter (Sor Juana Inés de la Cruz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Je ne peux ni te garder ni te quitter,
pourquoi je ne sais, en te quittant ou en te gardant,
il y a toujours un je ne sais quoi pour t’aimer
et bien des si pour t’oublier.

Donc si tu ne peux ni me quitter ni t’amender,
je vais régler mon coeur de sorte
qu’une moitié penche à t’abhorrer
tandis que l’autre penche à t’aimer.

Notre amour ainsi peut y grandir,
car on meurt à se quereller sans cesse :
que de nos discours jalousie et soupçon disparaissent,

et que qui donne la moitié ne veuille pas le tout ;
et sache que lorsque tu dissimules
je dissimule aussi de mon côté.

***

Que da medio para amar sin mucha pena

Yo no puedo tenerte ni dejarte,
ni sé por qué, al dejarte o al tenerte,
se encuentra un no sé qué para quererte
y muchos sí sé qué para olvidarte.

Pues ni quieres dejarme ni enmendarte,
yo templaré mi corazón de suerte
que la mitad se incline a aborrecerte
aunque la otra mitad se incline a amarte.

Si ello es fuerza querernos, haya modo,
que es morir el estar siempre riñendo:
no se hable más en celo y en sospecha,

y quien da la mitad, no quiera el todo;
y cuando me la estás allá haciendo,
sabe que estoy haciendo la deshecha.

(Sor Juana Inés de la Cruz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »