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Le Visiteur qui jamais ne vient (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2021



J’attends,
je n’attends vraiment,
je n’attendrai jamais
que le Visiteur qui jamais ne vient, du Vishnu Purana.
Cette attente est ce que je dis ici.
Elle prend d’innombrables formes.
Car le Visiteur qui jamais ne vient
peut et doit être attendu en tout.

Il n’est réel qu’en cette attente,
mais Il est réel alors :
en elle, pour ainsi dire, Il vient.
Il est le sens qui se diffère,
l’espoir ou la vision qui s’offrent autant qu’ils se dérobent,
la sérénité, en un mot,
de l’attente qui n’est qu’attente,
mais s’illumine comme attente.

Le Visiteur qui jamais ne vient
est le tissu même de nos jours.

(Roger Munier)


Illustration: Odilon Redon

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Jamais (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2021



J’ai demandé : quand reviens-tu ?
Jamais, dit-elle
Ma montre s’arrêta

(Abbas Kiarostami)

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JAMAIS PLUS ! (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2021



JAMAIS PLUS !

Quand le printemps revient, sous l’ombre des saulaies,
Mirer son jeune front à la fraîcheur des eaux,
Et rendre au bois feuillu toutes les notes gaies
Qu’en bâtissant leur nid fredonnent les oiseaux,

Quand la fleur d’aubépin se courbe sous une aile,
Que le blé qui grandit estompe les sillons,
Que le muguet s’entr’ouvre, et que, sur sa dentelle,
A travers le soleil, volent les papillons,

L’esprit chargé de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je vais, comme l’on va vers une ensevelie,
Écarter un linceul et contempler l’amour.

Il est là, pâle et froid, la paupière fermée,
Le coeur ne battant plus, et, cependant, si beau!
Insensible à ma voix, jadis la voix aimée,
Endormi pour jamais dans la nuit du tombeau.

Je mets, les yeux en pleurs, ma lèvre sur sa bouche,
Je lui dis : « Viens, je t’aime!… Ecoute, tout renaît!
Viens! C’est moi qui te parle et c’est moi qui te touche!»
Mais il ne me répond ni ne me reconnaît.

« Mon amour, mon amour, éveille-toi, c’est fête!
La violette a mis son étoile au gazon,
C’est la saison d’aimer, pour aimer je suis prête,
C’est la délicieuse et divine saison!

« Viens !… nous irons encor, sous la lune attiédie,
Redire les serments que tu m’as répétés ! »
Mais sa main de ma main s’échappe, refroidie,
Et l’arc brisé d’Eros demeure à ses côtés.

Il n’est plus ! je maudis le sourire des choses,
Le velours de la mousse et la paix des étangs;
Je maudis la nature et ses métamorphoses,
Je maudis le soleil, je maudis le Printemps,

Et, l’esprit plein de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je laisse ma jeunesse, hélas! ensevelie,
S’endormir pour jamais au tombeau de l’Amour!

(Noël Bazan)

Illustration: Emile Vernon

 

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Chant de chœur (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2021




    Chant de chœur

Il est des peines que nul ne connait.
Il est des profondeurs que le soleil
jamais ne sonde. Des monts de silence entourent les lèvres.
Et tous les témoins se taisent. Les yeux ne disent pas.
Il n’est point d’escalier si profond
qui descende là où s’agite
l’être de l’homme. Si le silence parlait,
s’il soufflait, s’il éclatait – il déracinerait tous les arbres du monde.

(Nikiforos Vrettakos)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil:
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions:

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Tu creuses rampes (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2021




    

tu creuses
rampes
t’ouvres
un passage

mais tu n’es
jamais
prêt

jamais assez aguerri

jamais digne
d’affronter
la rencontre

alors tu lis
enquêtes sondes
questionnes

et sans relâche
tu progresses
puis te portes
d’un bond
au plus extrême

et là
doigts gourds
mains tuméfiées
au lieu de rafler
ce dont tu espérais
te saisir
dans un trouble
infini
tu palpes
le mystère

(Charles Juliet)

 

Recueil: Moisson
Traduction:
Editions: P.O.L.

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La nuit (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021



Illustration: Annie Predal
    
La nuit, on se connaît par la voix, par la respiration,
par une noire tendresse des bras ;
on se connaît lentement,
comme si on ne s’était jamais rencontré,
ni échangé les mots étranges d’un adieu;
on se connaît par le désespoir de l’ignorance,
qui aux uns et aux autres dérobe le sentiment,
les laissant livrés à la sécheresse d’un reflet.

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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AUX CHAMPS (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




Illustration: Mathieu Levis
    
AUX CHAMPS

Le soleil était un de ses problèmes personnels;
sa façon de naître
l’inquiétait; et il ne s’identifia jamais
aux plantes, quand elles tournaient
leurs feuilles vers le ciel.

Il évita le monde naturel (remarquons,
cependant, qu’il aimait certains animaux :
des oiseaux — et quelques reptiles très
petits), et il déplorait la clause de mort
qui le condamnait à la terre.

Il aurait préféré un espace vide,
un silence infini à l’intérieur
des chambres, une table sans fleurs
ni mélancolie. Mais l’ombre du soir
le poussa vers la lumière. Il ferma les yeux.

(L’impression du soleil l’incommoda encore quelque temps.)

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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N’atteindrons-nous jamais à la joie infinie? (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2021



Illustration: Marc Chagall
    
ELLE
N’atteindrons-nous jamais à la joie infinie?

LUI
Rien n’est plus doux pour moi que ta chair dans la nuit.

(Francis Jammes)

 

Recueil: Clairières dans le Ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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CHANSON DE L’ÉTRANGER (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2021



Illustration : Pierre Faure
    

CHANSON DE L’ÉTRANGER

Je suis à la recherche
d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.
A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps ?
Saison des mille naufrages,
la mer cesse d’être la mer

devenue l’eau glacée des tombes.
Mais, plus loin, qui sait plus loin ?
Une fillette chante à reculons
et règne la nuit sur les arbres,
bergère au milieu des moutons.
Arrachez la soif au grain de sel
qu’aucune boisson ne désaltère.
Avec les pierres, un monde se ronge
d’être, comme moi, de nulle part.

(Edmond Jabès)

 

Recueil: Je est un autre Anthologie des plus beaux poèmes sur l’étranger en soi
Traduction:
Editions: Seghers

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MES MEMBRES FOURMILLENT… (Thérèse Plantier)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2021




    
MES MEMBRES FOURMILLENT…

Mes membres fourmillent de reflets pétrifiés
je ne peux m’endormir sans devenir la terre
sans rabattre mon linceul
comme le vent rabat aux cerisiers
leurs jupons sur la tête
une fois devenue bloc
je porte en croupe les eaux
obsédantes
je ne sais jamais qui est moi

(Thérèse Plantier)

 

Recueil: Je est un autre Anthologie des plus beaux poèmes sur l’étranger en soi
Traduction:
Editions: Seghers

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