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Poésie

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L’incommensurable (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2022




    
L’incommensurable

Pourquoi personne ne dit rien?
Pourquoi personne ne me dit rien?
Pourquoi alors que c’est cela
que je recherche
que tout le monde recherche
— non?

pas blanc
pas vide
pas néant

ni clairière
ni plage
ni au pied de l’arbre

peut-être une forme
peut-être un son
peut-être autre chose

d’éternel

quelque chose
que le temps
que l’oxydation

que l’oubli
n’attaquerait pas

jamais

impossible de le dire
impossible de te le dire

à moins d’une équation
d’un regard
d’une caresse sur tes seins

et toi qui réponds juste
que tout cela

peut-être

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: La désir Aux couleurs du poème Anthologie établie par Bruno Doucey et Thierry Renard
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Jardin d’été (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2022




    
Jardin d’été

Je veux aller dans ce jardin,
dans cette roseraie nonpareille
Où l’on voit des clôtures la plus belle,

Où les statues gardent mémoire
de la jeune fille que j’étais
Et moi, je les revois sous l’eau de la Neva.

Dans ce lieu caché, plein d’odeurs,
sous les tilleuls princiers,
Je crois entendre craquer
les mâts des vaisseaux.

Comme autrefois le cygne
traverse les siècles,
En extase devant la beauté de son double.

Par centaines de milliers, des pas
Dorment d’un sommeil de mort,
pas d’ennemis et d’amis,
Pas d’amis et d’ennemis.

Finira-t-il jamais, le cortège des ombres
Qui va du vase de granit
jusqu’à la porte du palais?

Mes nuits blanches là-bas
se parlent, dans un murmure,
De quelqu’un qui savait aimer
secrètement, superbement.

Partout on voit briller la perle et le jaspe,
Mais un mystère dérobe
la source de la lumière.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: L’HORIZON EST EN FEU Cinq poètes russes du XXè siècle
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUTOMNE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2022



automne [800x600]

AUTOMNE

Automne, automne, automne, oh,
La saison de l’ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie,

Saison du blaireau, du loir
Et des premiers doigts du froid,
Bords de la Loire ou du Loir
— Monte la fumée des rois —

Automne, automne, automne, oh,
Un maigre fagot de bois
Des paraphes infernaux
Sur le ciel glacé de droit,

Puis des brumes ravigotes,
Des écharpes de velours,
Des guivres, des matelotes
Des rumeurs et des tambours

Automne, automne, automne, oh.
C’est la rentrée des écoles,
C’est la rentrée des tonneaux
Des rouliers de Picrochole.

La poix des matins des soirs.
Jeux brutaux et têtes-bêches,
Le morne ennui des dortoirs.
Les souliers et les bobèches.

Automne, automne, oh, chenu
Mon coeur se fond d’amertume
Les bois, les taillis sont nus
Le givre aux lampes s’allume.

Mon enfance vous évoque
Tandis qu’un soleil léger
Pâle comme oeuf à la coque
S’élève sur les vergers.

Oh garde-moi ma présence
Là-bas près des figuiers bleus
J’y reconnais mon enfance
Mon petit sarrau de serge

Sous le regard des persiennes
Où dorment ceux que j’aimais
J’y entends des voix anciennes
Qui ne se tairont jamais.

(Maurice Fombeure)

Illustration

 

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Les métamorphoses (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2022



Illustration: Frédéric Rébéna
    
Les métamorphoses

Le ruisseau se dépêche pour arriver à temps
sans savoir où il va Il est très étourdi
(Crois-tu que le ruisseau ait tellement d’idées ?)

L’hirondelle a un rendez-vous important
un rendez-vous d’affaires qu’elle ne veut pas manquer
(Ses petits simplement l’attendent dans son nid)

La chatte noire en se débarbouillant
a l’air d’une demoiselle métamorphosée en chatte
(Ce n’est qu’un animal aimant la propreté)

On se trompe en croyant que les choses
les oiseaux les bêtes et nous
c’est du pareil au même
Mais ce qui est raisonnable et plaisant
c’est pour un humain de se faire (un moment)
ruisseau qui court oiseau qui vole
chatte coquette lézard grenouille ou perdriole

Changer de peau et d’élément c’est reposant
et se faire un peu bête est très intelligent

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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Jamais jamais je ne pourrai (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 24 août 2022



Illustration: Frédéric Rébéna
    
Jamais jamais je ne pourrai

Jamais jamais je ne pourrai dormir tranquille aussi longtemps
que d’autres n’auront pas le sommeil et l’abri
ni jamais vivre de bon coeur tant qu’il faudra que d’autres
meurent qui ne savent pas pourquoi
J’ai mal au coeur mal à la terre mal au présent
Le poète n’est pas celui qui dit Je n’y suis pour personne
Le poète dit J’y suis pour tout le monde
Ne frappez pas avant d’entrer
Vous êtes déjà là
Qui vous frappe me frappe
J’en vois de toutes les couleurs
J’y suis pour tout le monde

[…]

(Claude Roy)

 

Recueil: Poèmes de Claude Roy
Traduction:
Editions : Bayard Jeunesse

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SEL (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2022



Illustration: Aron Mizrahi
    
SEL

Les choses étaient-elles bonnes alors ?
Oui. Elles étaient bonnes.
Le savais-tu qu’elles étaient bonnes ?
À l’époque ? À ton époque ?

Non, parce que je m’inquiétais
ou peut-être j’avais faim
ou j’étais endormie, la moitié du temps.
Parfois, il y avait une poire ou une prune
ou une tasse avec quelque chose dedans,
ou un rideau blanc, ondulant.
C’était joyeux.
Ou alors une main.
Imaginez : lumière tamisée,
tente orientale,
canopée, beauté, plénitude,
corps lovés et chéris,
effervescences, puis plus rien.

Mirages, à vous de décider.
Tout, jamais.
Bien que par-dessus ton épaule, le voici,
ton propre temps disposé comme un pique-nique
au soleil, toujours rayonnant
bien que ce soit la nuit.
Ne regardez pas derrière vous, disent-ils :
Vous transformerez tout en sel.
Mais pourquoi pas ? Pourquoi ne pas regarder ?
N’est-ce pas scintillant ?
N’est-ce pas joli, là derrière soi ?

(Margaret Atwood)

Recueil:Poèmes tardifs
Traduction: Christine Évain & Bruno Doucey
Editions: Pavillons

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Tu dois me désirer plus (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2022


yeux

Leurs yeux ne disent jamais:
Je ne veux pas, mais:
Tu dois me désirer plus.

(Henri-Frédéric Blanc)

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Le lent attelage des jours (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
le lent attelage des jours
quand nous rêvons d’une légèreté de troïka
d’un bateau aux voiles blanches
caravelle pour traverser nos songes

nous voulons un feu pour nous réchauffer des
arbres pour se glisser sous les branches et
grimacer aux éclats du soleil

nous cherchons une innocence une lueur qui
jamais ne nous
abandonne

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions: NOTAB/LIA

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La véritable liqueur de la vie (Hugo von Hofmannsthal)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022



 

Andrei Protsouk   -ImpressioniArtistiche-7-Fever [1280x768]

Je n’ai jamais, sur aucune lèvre aimée
Su goûter la véritable liqueur de la vie

(Hugo von Hofmannsthal)

Illustration: Andrei Protsouk

 

 

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Je me souviens (Paul Henri Lezac)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022



>cabane-cahute-arbreJe me souviens

De ces vacances heureuses
De la langueur insidieuse
Des si longs après-midi d’été
Du goût du chocolat au goûter
J’avais 5 ans, 7 ans, un peu plus peut-être
Ni leçons, ni devoirs, ni maître
Nous étions des enfants
Bercés de rires et de chants
Nous vivions des aventures
ZORRO, Tintin, le Roi Arthur
Nous faisions des cabanes
Des arcs, des flèches, des sarbacanes,
Des maquettes et des châteaux ,
Nous avions nos cachettes et nos courses au trésor
Et grimpions dans les arbres
En attendant Septembre
Qui ne viendrait jamais,
C’est ce que l’on croyait …

Dédié à Bertrand, Thibaud, Arthur
et à tous ceux qui ont fait des cabanes

(Paul Henri Lezac)

Textes de Prisonniers: lecercledespoetesdetenus

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