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Poésie

Posts Tagged ‘(Jean Pérol)’

Je parle (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration    
    
Je parle

Je parle
non je nage dans le sang
non je marche sur les toits
non je siffle dans la mer
non je joue de la raison
c’est la neige qui m’enroule
c’est la glace qui me griffe
des lueurs et des lumières
non je souffle sur mes manches
tant de craie qui nous salit
tant de bleu qui m’envahit
non je dors dans la prairie
non je branche des rêves
non je parle
devant des têtes qui s’alignent
devant du sable qui m’écoute
qui me file entre les doigts
des galets qui ont compris
des filets qui s’en balancent
devant la mer qui me regarde
oui je parle
je souffle du vent je siffle du chant
six étoiles qui sommeillent
j’ouvre ma cosse adieu les graines
c’est l’heure
rangez vos livres.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Pourtant chaque jour plus seul (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration: Daniel Siguier
    
Pourtant chaque jour plus seul

Homme ouvre le seuil de ta demeure
femme ouvre ta chambre ouvre tes jambes
enfant ouvre la salle de tes jeux
parlez-moi embrassez-moi dites un peu
montrez-moi les photos les cicatrices les secrets
la solitude me maçonne
chaque jour elle jette sur moi d’un geste sec
sa truellée de ciment noir
elle me crépit elle vise mes yeux
elle monte son mur autour de moi
elle épaissit ma peau toujours sa trahison
quand l’envie de brûler me parle
quand l’envie de parler me brûle
quand l’océan des autres me lèche
quand cet homme qui passe je voudrais l’arrêter
et cette femme lui sourire poser ma main sur son épaule

pourtant chaque jour plus seul isolé contre moi
moi qui ai le goût des bonjours
des braises du coeur dans les yeux
des mots
des mains
du verre de vin sous les platanes.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Entre force et fatigue (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018




    

Entre force et fatigue

La pierre cède les ongles cèdent
les forces meurent pour s’accrocher
ah lâcher tout et ricocher
de pierre en pierre vers la douceur

vers la douceur des grandes nuits
vers la toilette de la pluie
vers la candeur des lèvres closes
vers le repos sous les paupières

donner courage c’est fini
et le grand jeu du coeur d’ici
pas de ce monde je t’en prie
pas de ce roc de cette farce

je lâche.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Le couloir silencieux (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018



Illustration: Marie Alloy
    
Le couloir silencieux

Prunelle noire couloir patient
mon beau silence tu sens le gaz
ton sifflement me cerne un peu plus chaque soir
mon beau silence passe tes algues
sur mes mains engourdies qui s’enfoncent encore
tous les pas se sont tus dans ma nuit de village
et le dernier juron s’éteint contre l’église
mon beau silence d’algues
de sifflement de crosse froide
tu t’épaissis.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Coups et couleurs (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018




    
Coups et couleurs

Moi aussi je suis l’orange
pas le fruit mais la couleur
dans la flamme qu’on me range
dans la suie de la douleur

sous la trique qui me ploie
je me dresse en mon plus haut
uppercuts crochets au foie
les pieds lourds et le coeur gros

chaque fois un peu plus haut
chaque fois un peu plus bas
ça se tend dessous la peau
l’âme cède au prochain pas

dans la suie de la douleur
dans l’éclat de la blancheur
s’est rongé le coeur des heures.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Parmi de perfides poses (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018




    
Parmi de perfides poses

Visage de la vie essaie un peu tes poses
mets ton masque de Nô
dans le tunnel des paroles
dans l’imprécis dramatique des mains
file ma clarté j’ai déjà compris
le sang s’explique dit la santé
trois veines à gauche le coeur s’arrête
une bouche prouve dans l’air
l’indomptable étalon d’un splendide mystère
je n’ai qu’à tendre la main
je saisis aussitôt le mors et un baudet
ah j’ai honte on me lie de mes torts
je le sais je conviens de mon tort j’ai tort
d’attendre la musique d’attendre le miracle
la joie à sept étages qui m’enlèvera
un jour pour ne plus revenir.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Au tourne-temps (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2018




    

Au tourne-temps

Tourne-vis de mon silence
tourne-vie jusqu’à la mort
tourne-lance dans la vie
mon tourne-temps mon tourne-colle
tout le temps tourne à l’entresol
et tu le sais je t’obéis sous toi je tourne
vis sans fin qui ne se visse en rien
cherchant parfois à voir quelque part cette main
qui varie l’horizon de mes lentes saisons.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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L’attente (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
L’attente

Salut au matin même le plus pauvre
tout taché de neige et de forêts noires
changeant l’horizon en mur décrépi
où le plâtre bis des longs champs s’écaille

salut au matin posé sur ma table
à sa joue frottée sur le papier blanc
à la plaine creuse où peinent les hommes
aux collines fades pliant sous la brume

chaque aube rapproche l’homme que j’attends
la montée du jour au fond de mes paumes
les raisons tombées leurs faisceaux formés
et celui qui dit : voilà, c’est là, c’est là !

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Je te parle (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2018



Illustration: Martin Jarrie
    
Je te parle

Je te parle dans la colle
au milieu d’une méduse
dans la poche glauque et molle
où les jours m’engluent et m’usent

je te parle à bouche close
sous le sparadrap des mots
je te parle à douleur close
qu’une main maintient sous l’eau

je te parle ne sais d’où
d’un vieux rêve qui s’enkyste
de la cave qui résiste
quand tout croule sous les coups.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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Longue semaine (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 4 novembre 2018



 Illustration: Oreste Conti 
    
longue semaine longues heures
la nuit s’étire dans le ventre
longue semaine longues heures
chaque bateau dans son port rentre

je fais semblant de tout de rien
je tire un peu sur trop de liens
longue semaine longues heures
ce n’est pas là que je suis mien

longue semaine longues heures
je sais où tremble ta fraîcheur
et que mes mains ont des mains soeurs
longue semaine longues heures

ton bras mince qu’il me serre
dans la vraie nuit dans la vraie mer
que pour toujours ensemble on meure
longue semaine longues heures.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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