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Poésie

Posts Tagged ‘(Jean-Pierre Lemaire)’

Le matin (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018




    
Le matin, les maisons semblent un peu plus hautes,
debout sur leurs pierres,
ainsi que les arbres étrangement verts
sur leurs vieilles racines
et la mer sombre, rafraîchie,
sur ses abîmes de mémoire.
On dirait qu’ils regardent venir le soleil
promis depuis des siècles
comme une foule ayant passé
la nuit dehors pour l’apercevoir.
Ensuite, au fil des heures,
chacun se rassoit imperceptiblement,
ne voit plus que sa rue,
les galets sur le rivage.
Qu’arriverait-il
si tout le monde osait suivre aujourd’hui
le soleil levant ?
La ville deviendrait comme un camp de toile
et nous marcherions du matin au soir
sur la pointe des pieds.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Faire place
Traduction:
Editions: Gallimard

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Hautes heures de la nuit (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



    

Hautes heures de la nuit.
Je me tais sous les mots
comme le Gave coule
silencieux sous le bruit
qui reste au ras de l’eau.
La poésie dépose
ses bateaux en papier
sur le courant obscur.
Elle joue à l’écart
sans troubler l’attente
du Verbe en nos vies.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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EN MARGE (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
EN MARGE

Cet été, les montagnes sont restées lointaines.
Autour de ta chaise,
tu ramasses au hasard
pommes tombées, brindilles, feuilles rousses.
Tu regardes sur le mur
les pas perdus de l’ombre qui s’agite
et s’évapore au crépuscule.
L’espérance
est en dehors du spectre,
dans l’infrarouge ou l’ultraviolet,
sensible seulement
à l’instinct muet, aux animaux de l’âme.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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AUSCHWITZ (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



 

    

AUSCHWITZ

Au pays de la mort, nous déambulons,
voyant se succéder derrière les vitres
collines de valises, buissons de lunettes,
plaines de cheveux gris : un aquarium
sec. Nous ne pouvons pas descendre si bas,
plongeurs vite asphyxiés. Nous flottons sur la terre
en levant les yeux vers Celui qui garde
les noms effacés, l’étoile de chacun.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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BIRKENAU (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018




    
BIRKENAU

Pissenlits entre les baraques
de brique sombre.
Les mêmes fleurs dehors,
dans la campagne polonaise,
et ici, le long des rails
qui s’arrêtent plus loin
face au ciel, aux ruines,
au rideau de peupliers,
sur le sol de cendre humaine.
Chacun marche courbé,
cherchant en lui-même
la fleur qui manque,
ici et dehors,
celle que le printemps
attend de lui seul.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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MATIN (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



 


    
MATIN

Les maisons regardent le soleil levant
mais ne bougent pas, attendent qu’il vienne.
Un seul bateau blanc posé sur l’horizon
avance vers lui, tiré par un fil.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Faire place
Traduction:
Editions: Gallimard

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MAGRITTE (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



Illustration: René Magritte
    
MAGRITTE
(La Victoire)

Timidement, par la porte entrouverte,
un nuage passe.
Le plafond, les murs
sont devenus ciel pâle,
rivage inconnu
où poussent quelques herbes.
La mer brille au loin.
Les deux moitiés de l’horizon
se rejoindront bientôt
derrière la porte
couleur de ciel, de sable.
Elle seule est debout
dans la maison dissoute
pour t’accueillir,
doux messager,
agneau vainqueur.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Assis au pied des choses (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018



    

Assis au pied des choses,
tu reprends doucement ton ancien métier
de musicien des rues :
tu notes les gouttes
capricieuses de mars
tombant du toit sur les jacinthes,
les oiseaux revenus,
la conversation des filles qui passent
avec leurs secrets.
Toutes les voix se posent
sur les balcons, les branches, les fils parallèles
qui traversent ton coeur.
Toutes sont accordées.
Tu cherches des yeux au sommet des arbres,
entre les nuages,
l’ange silencieux qui t’a rapporté
la mesure et la clef.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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MAISON DE RETRAITE (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




    
MAISON DE RETRAITE

La fin du monde a déjà commencé
pour les pensionnaires entourés de roses.
Les jours passent plus vite,
deviennent un seul jour aux couleurs mêlées,
coupé de bandes noires.
La vie oublie de leur répondre,
parfois s’arrête en face d’eux :
voici qu’on leur présente
un nouveau-né dont la petite main,
si douce à baiser,
dépasse à peine de la manche.
Il n’a pas encore appris à sourire
et ses yeux gris-bleu posent
les questions les plus profondes.

(Jean-Pierre Lemaire)

 

Recueil: Figure humaine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Debout, tu as longtemps éclipsé le monde (Jean-Pierre Lemaire)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



Debout, tu as longtemps éclipsé le monde,
dieu volcanique des commencements,
et tu l’as entraîné avec toi sous terre.
Il n’y a plus que des fantômes d’arbres,
le décor de ta ville au bord de la mer,
des flocons de couleur. Les enfants seuls
croient encore assez au monde pour jouer.
Parmi les racines, ton masque de sang
est devenu un masque de cristal
où je te revois faible, endormi, suivant de loin
le lent travail, dans la lumière sépulcrale,
de ton visage qui se recompose

(Jean-Pierre Lemaire)

 

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