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Et peut-être que tout était écrit dans le livre (Claude Esteban)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2018



 

livre

Et peut-être que tout était écrit dans le livre
mais le livre s’est perdu

ou quelqu’un l’a jeté dans les ronces
sans le lire

n’importe, ce qui fut écrit
demeure, même

obscur, un autre qui n’a pas vécu
tout cela

et sans connaître la langue du livre, comprendra
chaque mot

et quand il aura lu, quelque chose
de nous se lèvera

un souffle, une sorte de sourire entre les pierres.

(Claude Esteban)

 

 

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Plus jamais maintenant (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 28 octobre 2017



Plus jamais maintenant

Pas maintenant
plus jamais maintenant

L’heure est passée

Maintenant j’ai fermé toutes les portes
et jeté les clés à la mer
Maintenant j’ai réservé mon billet pour partir à l’aube
Maintenant je suis en chemin

Il fut un temps
où tous les chemins de mon corps
auraient eu le nom que tu leur aurais donné
Pas maintenant
Tu les as rendus au néant
au non-sens de choses
juste là

L’heure est passée

équilibre s’est refait du vide
des aubes sans rien
L’équilibre s’est refait
sans toi

Il était une fois
un printemps tout entier
suspendu
à tes gestes

Maintenant il est trop tard
Les arbres ont de nouveau abrité
les pousses
dans leur écorce dure
et ils ont su qu’ils ne pouvaient compter
que sur leurs bras ligneux et
nus

Pas maintenant
j’ai renoncé à toi
je t’ai expulsé de l’acier des miroirs

Tu m’as rendu le profil net et dur
des choses
la pure découpe du silence

***

Agora nunca mais

Agora nâo
agora nunca mais

Passou a hora

Agora jà fechei as portas todas
e atirei as chaves ao mar
Agora marquei bilhete para partir de madrugada
Agora jâ you a caminho

Houve um tempo
em que todos os caminhos do meu corpo
teriam tido os nomes que lhes desses
Agora nâo
Devolveste-os ao nada
ao sem sentido de coisas
existindo

Passou a hora

O equilibrio refez-se do vazio
das madrugadas sem nada
O equilibrio refez-se
sem ti

Houve um tempo
em que uma primavera inteira
esteve suspensa
dos teus gestos

Agora é tarde
As ârvores reabrigaram
os rebentos
na casca dura
e souberam que so podiam contar
com seus lenhosos braços
nus

Agora nâo
desisti de ti
expulsei-te do aço dos espelhos

Devolveste-me o nitido e duro perfil
das coisas
o puro recorte do silêncio

(Teresa Rita Lopes)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Mots jetés au vent (Ise)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2017



Mots jetés au vent
comme feuilles dispersées
ont glacé mon cœur :
pour le noyer de froidure
se pressent les pluies d’automne.

(Ise)

découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Audrey Kawasaki

 

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Je reste tout entier dans la pierre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2017



je reste tout entier dans la pierre que le silence a jetée du haut du monde,
retenu seulement par le fil que mon cœur tend à mon poignet.

(Lucien Becker)

 

 

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Le coquillage (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 8 juillet 2017



Le coquillage

Peut-être te suis-je inutile,
Nuit; de l’abîme universel
Je suis sur ta rive jeté
Comme un coquillage sans perle.

Ta vague indifférente bat,
Et tu chantes, inconciliable;
Mais tu aimeras, tu apprécieras
Le mensonge de l’inutile coquillage.

Tu vas revêtir ta chasuble,
T’étendre sur le sable auprès de lui,
Y nouer avec des liens indissolubles
La cloche énorme des roulis.

Et le coquillage fragile
Tu vas l’emplir d’un murmure d’écume,
Comme la maison d’un coeur inhabité,
Et de vent, et de pluie, et de brume…

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Sabin Balasa

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La gloire des mortels (Pindare)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2017



Hans Thoma Self-portrait_with_Love_and_Death_by_Hans_Thoma

 

La gloire des mortels en un jour a grandi,
Mais un jour suffit au contraire
Pour qu’elle soit jetée à terre,
Frappée par le destin qui n’a jamais fléchi.
Être borné par un seul jour.
Qui est-il ? et qui n’est-il pas ?
L’homme est le songe que fait l’ombre…
Mais quand un rayon dieudonné
Est venu sur lui et le touche,
Une lumière claire en naît,
Et soudain, la vie lui est douce.

***

Ἐν δ’ ὀλίγῳ βροτῶν
Τὸ τερπνὸν αὔξεται· οὕτω δὲ καὶ πίτνει χαμαί,
Ἀποτρόπῳ γνώμᾳ σεσεισμένον.
Ἐπάμεροι· τί δέ τις ; τί δ’ οὔ τις ; σκιᾶς ὄναρ
Ἄνθρωπος. ἀλλ’ ὅταν αἴγλα διόσδοτος ἔλθῃ,
Λαμπρὸν φέγγος ἔπεστιν ἀνδρῶν καὶ μείλιχος αἰών.

(Pindare)

Illustration: Hans Thoma

 

 

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INVENTAIRE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



INVENTAIRE

Dans un réduit
Très clair et nu
On a ouvert son cœur
En toute pitié :

Fruit crevé
Fraîche entaille
Lame vive et ciselée
Fin couteau pour suicidés.

Le sang (qui n’étonne personne)
Rutile
Goutte à goutte
(Quand il brunira
Nous serons loin
Et bien à couvert.)

Des deux mains plongées
Nous avons tout saisi
Tout sorti :

Livres chiffons cigarettes
Colliers de verre
Beau désordre
Lit défait
Et vous chevelure abandonnée.

Joies bannies
Désespoirs troués
Nul insolent trésor
En ostensoir

La châsse d’or
Que nous avions faite au mystère
Se dresse pillée
Spacieux désert.

Sur une table sans pieds
Son propre visage rongé
Qu’on a aussitôt jeté.

(Anne Hébert)

Illustration

 

 

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La balançoire grince à deux temps (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2017



Illustration: Danielle Blatrier 

    
La balançoire grince à deux temps
Blanc
Que fait-on des jours qui sont passés
Quel gaspillage que ces jours jetés chaque soir
Il y a peut-être quelques pauvres qui seraient heureux de les avoir

(Pierre Albert-Birot)

 

Recueil: Poèmes à l’autre moi précédé de La Joie des sept couleurs et suivi de Ma morte et de La Panthère noire
Editions: Gallimard

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Je parle bas tout juste au-dessus du silence (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Je parle bas tout juste au-dessus du silence
Pour que même l’autre oreille n’entende pas
La terre dort à ciel ouvert et dans ma tête
se prolonge avec des rigueurs d’asphodèles
J’ai repeuplé quelques déserts beaucoup marché
Alors je gis dans ma fatigue et dans ma joie
Ces varechs jetés par les lames des étés

(Anna Gréki)

 

 

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Mauvais rêve (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Mauvais rêve

– Qu’ont-ils fait, papa
Qu’ont-ils fait de leurs mains
De plumes ?
– Envolées, mon garçon
Envolées dans le vent !

– Qu’ont-ils fait, papa
Qu’ont-ils fait de leurs yeux si doux ?
– Perdus, mon garçon,
perdus dans la nuit !

– Qu’ont-ils, papa
Qu’ont-ils fait du ruisseau de leur joie ?
– oublié, mon garçon, jeté dans le fossé !

– qu’ont-ils fait, papa
qu’ont-ils fait des mots
de leurs poèmes ?
– J’ai bien peur, mon garçon,
qu’ils ne les aiment plus.

(Jean-Pierre Siméon)

 

 

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