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Poésie

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Vous m’oublierez (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2021



Vous m’oublierez: la neige sera de retour,
Le monde bleu dans la lumière tremblera.
Vous aimerez des villes au soleil marin.

Trace de pas, fumée des mots sur la terre,
L’amour jetait au milieu de la vie
Une étoile, une fête, une vaine étincelle.

Vous m’oublierez: les yeux resplendiront,
Les lèvres, les dents heureuses, les corps pareils
A l’herbe, au feu, à la rivière de juin.

Quelles étaient ces paroles dans l’ombre,
Les jours se constellaient de nos regards,
Dans la joie même la joie se consumait.

Vous m’oublierez: rien ne demeurera
De ce qui fut ce coeur tissé de songes.
Le sang, la peine, l’image et le désir
L’auront quitté sous la cendre et la nuit.
De nouveau que le ciel sera jeune
Et printanier l’hiver! Vous m’oublierez.

(Georges-Emmanuel Clancier)

Illustration

 

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Les beignets (André Frédérique)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021


 

A la porte va voir
Si l’on vient.

Je fais des beignets
Pour père.

Maman rien que
la pluie.

La pâte est d’or
et frit.

Ton père ton père
rentre-t-il de son cercle.

Les beignets cuisent
Sens voir.

La rue est déserte
et noire.

Ils vont être brûlés
et secs.

C’est un cimetière
cette nuit.

Tant pis s’ils sont froids
Mais entends…

La voix de Bertrand
est froide aussi

Ils sont quatre
qui marchent

Quatre qui portent
un lourd paquet

Quatre qui peinent
et pleurent

Quatre qui sont
vivants

Et un mort…
à ce qu’ils disent

Jette les beignets d’or
Maman
papa est mort
D’accident.

(André Frédérique)

 

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Sans clés et dans le noir (Fabián Casas)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2021




    
Sans clés et dans le noir

C’était un de ces jours où tout se passe bien.
J’avais fais le ménage et écrit
deux-trois poèmes qui me plaisaient.
Je ne demandais pas plus.
Alors je suis sorti dans le couloir pour jeter la poubelle
et derrière moi, à cause d’un courant d’air,
la porte s’est fermée.
Je suis resté sans clés et dans le noir
à entendre les voix de mes voisins
à travers les portes.
C’est passager, je me suis dit ;
mais la mort aussi pourrait être comme ça :
un couloir sombre,
une porte fermée avec les clés dans la serrure
la poubelle dans les mains.

***

Sin llaves y a oscuras

Era uno de esos días en que todo sale bien.
Había limpiado la casa y escrito
dos o tres poemas que me gustaban.
No pedía más.
Entonces salí al pasillo para tirar la basura
y detrás de mí, por una correntada
la puerta se cerró.
Quedé sin llaves y a oscuras
sintiendo las voces de mis vecinos
a través de sus puertas.
Es transitorio, me dije;
pero así también podría ser la muerte:
un pasillo oscuro,
una puerta cerrada con la llave adentro
la basura en la mano.

(Fabián Casas)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: El salmón (1996) – Le Voyage du saumon –
Traduction: Traduit de l’espagnol (Argentine) par Julia Azaretto
Editions:

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Vers où ? (Claude Vigée)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2021




    
Vers où ?

Esprits inquiets, jetés par un vent de folie
dans le noir tourbillon des jours indifférents,
vers qui va notre cri,
jusqu’où vaguent nos corps errants
promis depuis toujours aux feux de l’agonie,
papillons affolés voltigeant dans la nuit ?

(Claude Vigée)

Recueil:
Traduction:
Editions:

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DE TOI (Jacques Demarny)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2021



 

Pier Toffoletti 22

DE TOI

Si je chante encore cette chanson
C’est pour toi
Pour que tu reviennes un jour te blottir dans mes bras

Il me reste de toi
Le souvenir des jours heureux
Quand j’étais amoureux
Quand tu prenais ma main
Pour découvrir ensembl’
Des mondes incertains
L’ivresse des matins
Un peu de mon chagrin
Et puis des mots d’amour
Ne rimant plus à rien

Mais j’aurai su garder l’espoir
L’espoir secret de te revoir
La la la la la la la la la la…
Après tant de souvenirs
La la la la la la la la
Après tant de souvenirs
La la la la la la la …

(Jacques Demarny)

Illustration: Pier Toffoletti

 

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Près du rail (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2021



    

Près du rail, où souvent passe comme un éclair
Le convoi furieux et son cheval de fer,
Tranquille, l’aiguilleur vit dans sa maisonnette.
Par la fenêtre, on voit l’intérieur honnête,
Tel que le voyageur fiévreux doit l’envier.
C’est la femme parfois qui se tient au levier,
Portant sur un seul bras son enfant qui l’embrasse.
Jetant un sifflement atroce, le train passe
Devant l’humble logis qui tressaille au fracas.
Et le petit enfant ne se dérange pas.

(François Coppée)

 

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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NATURE MORTE AVEC DES CISAILLES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



Illustration: Edouard Manet
    
NATURE MORTE AVEC DES CISAILLES

Cet homme qui quitte la ville
au matin pluvieux
son cœur emballé sous un imperméable
cache une gomme dans la main.

Tour à tour il efface
la vision du chameau de Marrakech
agenouillé au bord du lit
où une lune toute mouillée
allaitait son impatience,
les sanglots des jarres le long du couloir
et l’avertissement de la machine à coudre
exilée sous l’escalier en bois.

Il descend la rue pavée
une clé brûlante dans sa poche
et il jette un dernier regard
vers la maison
où, dans leur ignorance,
dorment encore
côte à côte
la rose et les cisailles.

Mais la pluie a déjà retaillé les rideaux
des saisons et inondé la serrure.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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La guenon, le singe et la noix (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2020




    

La guenon, le singe et la noix

Une jeune guenon cueillit
Une noix dans sa coque verte ;
Elle y porte la dent, fait la grimace… ah ! Certes,
Dit-elle, ma mère mentit
Quand elle m’assura que les noix étaient bonnes.
Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes
Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit !
Elle jette la noix. Un singe la ramasse,
Vite entre deux cailloux la casse,
L’épluche, la mange, et lui dit :
Votre mère eut raison, ma mie :
Les noix ont fort bon goût, mais il faut les ouvrir.
Souvenez-vous que, dans la vie,
Sans un peu de travail on n’a point de plaisir.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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LES DERNIÈRES PIÈCES (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2020



Illustration: Erich Heckel
    
LES DERNIÈRES PIÈCES
à Jacques

Comme ceux qui crurent un jour dépasser l’horizon
et qui, le geste las, ne parlent plus qu’avec leur chien

tu répètes que le bonheur est plein de vide
et qu’on a beau crier contre les murs sournois,

l’herbe demeure le chemin le plus tendre
vers l’abattoir — et le boucher peut encore

caresser sa femme avec des mains de soie.
Et tu cries, oui tu cries, mais de plus en plus bas :

bonheur, bonheur, comme on jette,
couché sur la margelle du ciel,

ses dernières pièces dans le bleu qui bouge :
ces yeux que rien ne comble plus

sinon dans la nuit des amants outragés
la sourde et lente montée des larmes.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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La beauté est une rencontre (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2020


La beauté est une rencontre
Mais nous ramassons le caillou
Sur le chemin
Le tenant à peine dans la main
Puis sans y penser
le jetons plus loin

Pendant que le couchant
Effleurant le mont
S’attarde un bref instant
Puis sans se retourner
va son chemin

(François Cheng)

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