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Poésie

Posts Tagged ‘jeter’

J’ai envie (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2019




    
J’ai envie

De tout faire
À l’envers

Manger des épinards
Au petit déjeuner

Offrir mes potions
Au poisson

Jeter l’argent à la porte

Siffler les femmes
Dans la rue

Enfourcher une hirondelle
En hiver

Et quoi d’autre

Croire que je suis belle
Quand même

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Jusqu’à l’aube (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Jeanie Tomanek -escapevelocity

Jusqu’à l’aube j’irai pour mordre chaque atome de mes minutes.
Chaque mot que je jette sur le papier, c’est un mot en moins dans mon crâne.
Nous et toi. Moi et nous.
On a beau tourner les boutons… Il y a moi, toi — toi, moi…
Si on mélangeait, mais bien au chaud — toi et moi — moi en toi.
Mais les mots s’insinueront dans ton crâne et tout ce qu’ils feront
c’est de lutter avec tes mots sédentaires ou de coucher avec.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Je crie (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Illustration: France Mondello
    
Je crie
J’écris

Mes mots n’y sont pour personne

Envolés
Bouquet fugace

Durs et affilés
Jetés comme des pierres
Dans les jardins stériles

Ils s’accrochent
Les uns derrière les autres
Wagons dépareillés

Ni en train
Ni en phrase

Comment écrire les cris

(Josée Tripodi)

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Ô insensé (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2019



Illustration: Laurent Fièvre
    
Ô insensé, qui essaies de te porter sur tes propres épaules!
Ô mendiant, qui viens mendier à ta propre porte!
Dépose tes fardeaux entre les mains de celui qui peut tout porter,
et jamais ne jette un regard de regret en arrière.
Ton désir éteint la flamme de la lampe aussitôt que l’atteint son souffle.
Il est profane et ses mains sont souillées; n’accepte aucun don qu’il te tende.
Mais cela seulement que t’offrira l’amour sacré.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: L’offrande lyrique
Traduction: André Gide
Editions: Gallimard

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LA FIN DU POÈME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019



Illustration
    
LA FIN DU POÈME

C’est la fin du poème.
Épaisseur et transparence, lumière et misère — les jeux sont faits.

On avait commencé par la rime pour enfants.
On avait cherché des ondes de choc dans d’autres rythmes.
On avait gardé le silence, ensuite murmuré :
on cherchait a se rapprocher du bruit que fait le coeur
quand on s’endort ou du battement des portes quand le vent souffle.

On croyait dire et on voulait se taire.
Ou faire semblant de rire.
On voulait surtout sortir de son corps, se répandre partout,
grandir comme une ombre sur la montagne, sans se perdre, sans rien perdre.

Mais on avait compté sans la dispersion souveraine.
Comment feindre et même oublier, quand nos débris sont jetés aux bêtes de l’espace,
— qui sont, comme chacun sait, plus petites encore que tout ce qu’il est possible de concevoir.
Le vertige secoue les miettes après le banquet.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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HIER FUT LA FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
HIER FUT LA FIN

Hier fut la fin le chaos
l’indiscernable. Mais
de l’horreur naquit le passage entre
les blocs.
Vint le frisson
secouant les rafales
soubresauts de l’obscur.
S’avança le silence
ordonnateur inventeur
de pauses, d’oublis souverains.
Il fut permis de voir d’entendre
d’accéder aux cimes froides
où clame la clarté
où tout commence
avec la pointe et l’éclair
le rythme et la faux le secret
la fuite joyeuse des temps, le cruel
message à déchiffrer
puis à déchirer à jeter,
le peu à peu le bientôt
le jamais encore
l’ombre aux abois le peut-être
les lueurs
futures
le feu qui grandit
le souffle

porteur de la parole.

Mais c’est le souffle aussi
qui saura seul
éteindre tout
pour rendre à la Nuit
son empire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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FRONTISPICE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
FRONTISPICE
(Pourquoi sinon)

Pourquoi
sinon
pourquoi chercher
sinon dans le vol indécis des nuages
non pas la métaphore seule
ou l’enfantin symbole mais
le sens même et le non-sens
et que faut-il craindre en vivant sinon
la foudre affreusement imitée
par la guerre et par
le conflit incessant des choses
et que faut-il enfin révérer
sinon la récompense indue
de voir d’entendre de toucher
à profusion le jour et l’ombre
ou le plaisir d’être debout
et de fouler le sol
du sable à l’herbe et de la feuille
au pavement et si parfois
nous vient la faiblesse mortelle
d’imaginer des personnes immenses
d’abord à notre image façonnées
puis s’effaçant dans l’improbable
alors c’est nous c’est nous-mêmes
orgueil et délire
c’est nous c’est nos propres reflets
qu’il nous faut dérisoire prière invoquer
car rien n’est plus sacré que
notre énigme pas à pas
et marche après marche obstinée
à gravir les
degrés de ce temple en mouvement
qui n’est autre
que l’aurore
à l’absolu calcul obéissante’
et la nuit
à nos veux de voyants aveugles révélée
hors des saisons de notre vie
et bien au-delà des
tourbillons du système des mondes
et plus loin confondant
tout l’effort de notre esprit
et tous les termes du
langage et la mesure
et la limite par la vitesse
à tous les vents de l’espace jetés
pour que règne
le temps révolu
et que la conscience
à son retour dans
l’être sans figure s’accoutume
puisque notre faiblesse démente
est pareille au passage des jours pareille
aux troupeaux affolés par l’orage pareille
à la parole trébuchante et
renversée et que dirai-je
encore de plus
sinon pourquoi ?

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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PARTICIPES (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019




    
PARTICIPES

Enfui
transmis
jeté
perdu.

Noyé
sauvé
surgi
promis.

Flétri
caché
nié
repris.

Tombé
frappé
brisé
brûlé.

Décomposé.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Solitude (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



Solitude

On m’a jeté tant de pierres,
Que plus aucune ne m’effraie,
Le piège s’est fait haute tour,
Haute parmi les hautes tours.
Je remercie ceux qui l’ont construite,
Qu’ils cessent de s’inquiéter, de s’attrister.
De tous les côtés je vois l’aube plus tôt.
Et le dernier rayon du soleil triomphe ici.
Souvent dans les fenêtres de mes chambres
Entrent les vents des mers du nord,
Et le pigeon mange dans mes mains du grain…
Cette page que je n’ai pas finie,
La main brune de la Muse,
Divinement calme et légère,
Y inscrira le dernier mot.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Pierre Puvis de Chavannes

 

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AU PRINTEMPS (Kôichi lijima)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



 

EMIL NOLDE  couple 5a

AU PRINTEMPS
HARU NO TAME NI

Réveillant en creusant le printemps endormi sur la plage
Tu le mets dans tes cheveux et tu ries
Ton rire fait des ronds dans le ciel, éclate comme l’écume
Et la mer doucement réchauffe un soleil vert

Ah! Ta main dans la mienne!
Ton caillou jeté dans mon ciel!
Aujourd’hui, pétales filant au fond du ciel

Entre nos bras poussent des bourgeons
Au centre de nos regards
Un soleil d’or tourne et laisse ses embruns
Oui, nous sommes un lac les arbres
La lumière filtrant sur l’herbe
Les collines de tes cheveux où danse la lumière
Nous, nous!

Dans le vent nouveau une porte s’ouvre
D’innombrables mains nous appellent avec les ombres de la verdure
Un chemin vient de s’ouvrir sur la peau douce de la terre
Au milieu de la source resplendissent tes bras
Et sous nos cils, baignant dans le soleil
Commencent silencieusement à mûrir
La mer, les fruits

(Kôichi lijima)

Illustration: Emil Nolde

 

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