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Au-delà (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2020



Louise de Vilmorin

Au-delà

Eau-de-vie! Au-delà!
A l’heure du plaisir,
Choisir n’est pas trahir,
Je choisis celui-là.

Je choisis celui-là
Qui sait me faire rire,
D’un doigt de-ci, de-là,
Comme on fait pour écrire.

Comme on fait pour écrire,
Il va par-ci, par-là,
Sans que j’ose lui dire:
J’aime bien ce jeu-là.

J’aime bien ce jeu-là,
Qu’un souffle fait finir,
Jusqu’au dernier soupir
Je choisis ce jeu-là.

Eau-de-vie! Au-delà!
A l’heure du plaisir,
Choisir n’est pas trahir,
Je choisis celui-là.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

 

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RYTHMES (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2020




    
RYTHMES

Tout débuta
Dans l’arythmie
Le chaos

Des vents erratiques
S’emparaient de l’univers
L’intempérie régna

L’indéchiffrable détonation
Fut notre prologue

Tout fut
Débâcle et dispersion
Turbulences et gaspillage
Avant que le rythme
Ne prenne possession
De l’espace

Suivirent de vastes accords
D’indéfectibles liaisons
Des notes s’arrimèrent
Au tissu du rien
Des courroies invisibles
Liaient astres et planètes

Du fond des eaux
Surgissaient
Les remous de la vie

Dans la pavane
Des univers
Se prenant pour le noyau
La Vie
Se rythma
Se nuança

De leitmotiv
En parade
De reprise
En plain-chant

La Vie devint ritournelle
Fugue Impromptu
Refrain
Se fit dissonance
Mélodie Brisure
Se fit battement
Cadence Mesure

Et se mira
Dans le destin

Impie et sacrilège
L’oiseau s’affranchissait
Des liens de la terre

Libre d’allégeance
Il s’éleva
Au-dessus des créatures
Assujetties aux sols
Et à leurs tyrannies

S’unissant
Aux jeux fondateurs
Des nuages et du vent
L’oiseau s’allia à l’espace
S’accoupla à l’étendue
S’emboîta dans la distance
Se relia à l’immensité
Se noua à l’infini

Tandis que lié au temps
Et aux choses
Enfanté sur un sol
Aux racines multiples
L’homme naquit tributaire
D’un passé indélébile

Le lieu prit possession
De sa chair
De son souffle
Les stigmates de l’histoire
Tatouèrent sa mémoire
Et sa peau

Venu on ne sait d’où
Traversant les millénaires
L’homme se trouva captif
Des vestiges d’un monde
Aux masques étranges
Et menaçants

Il s’en arrachait parfois
Grâce aux sons et aux mots
Aux gestes et à l’image
À leurs pistes éloquentes
À leur sens continu

Pour mieux tenir debout
L’homme inventa la fable
Se vêtit de légendes
Peupla le ciel d’idoles
Multiplia ses panthéons
Cumula ses utopies

Se voulant éternel
Il fixa son oreille
Sur la coquille du monde
À l’écoute
D’une voix souterraine
Qui l’escorte le guide
Et l’agrandit

Alors
De nuits en nuits
Et d’aubes en aubes
Tantôt le jour s’éclaire
Tantôt le jour moisit

Faiseur d’images
Le souffle veille

De pesanteur
Le corps fléchit

Toute vie
Amorça
Le mystère
Tout mystère
Se voila
De ténèbres
Toute ténèbre
Se chargea
D’espérance
Toute espérance
Fut soumise
À la Vie

L’esprit cheminait
Sans se tarir
Le corps s’incarnait
Pour mûrir
L’esprit se libérait
Sans périr
Le corps se décharnait
Pour mourir

Parfois l’existence ravivait
L’aiguillon du désir
Ou bien l’enfouissait
Au creux des eaux stagnantes

Parfois elle rameutait
L’essor
D’autres fois elle piétinait
L’élan

Souvent l’existence patrouillait
Sur les chemins du vide
Ou bien se rachetait
Par l’embrasement du coeur

Face au rude
Mais salutaire
Affrontement
De la mort unanime
L’homme sacra
Son séjour éphémère
Pour y planter
Le blé d’avenir.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Rythmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le grand hiver libère ses chevaux de frise (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2020




    

Le grand hiver libère ses chevaux de frise
Au ciel craquant
Que des oiseaux traversent
Brandons
Que lancerait par jeu
On ne sait quel dieu
Amant de la rigueur

Marcheur impénitent
Tiens-toi droit et ferme
N’y a-t-il rien à voir par là-haut
Que ce bleu riverain qui se dilate
Et pèse aux branches
Comme un fruit

(Jean-Marie Barnaud)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Sous l’imperturbable clarté
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA MAISON DES ENFANTS (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2020



 

Chateau_Vilmorin-1 [800x600]

La maison des enfants
Est livrée au grand vent
Leurs chambres sont désertes.
Le grand vent du matin
Ne dénoue au jardin
Nul ruban de soie verte.

Plus de mots hésitants
Et plus de compliments
Au midi de ma fête
Et plus de petits pas,
Plus de secrets tout bas
Ni de cris à tue-tête.

Loin de moi grandissez
Enfants de mon passé
Qui vivez en voyage,
Puis venez à mon coeur
Fontaine de mes pleurs
Y puiser votre image.

Usez de mon amour.
Votre jour est toujours
L’objet de mon envie.
Revenez à mes bras,
Ne vous éloignez pas
Du sein de votre vie.

Êtes-vous nés trop tôt
Rires de mes berceaux
A l’âge du quadrille?
Êtes-vous nés trop tard
Enfants de mes hasards,
Enfants petites filles?

Le jardin est pareil,
L’abeille et le soleil
Y font leur course à l’aise,
Mais sous les hauts sapins
Plus de jeux anciens
Plus de chansons françaises.

Plus de baisers le soir
Ni de peur dans le noir
Où vient rôder le diable,
Plus de jouets cassés,
Plus de genoux blessés
Ni de châteaux de sable.

Enfants, c’est mon passé
Passé que vous bercez
Au jardin de Verrières,
Car je riais aussi
Sous l’arbre que voici
Et que planta mon père.

Les jours sont abîmés.
Aurais-je trop aimé
Le pas qui déconcerte ?
Je suis seule à présent
Mes lointaines enfants
Devant la porte ouverte.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

 

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L’Amour (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2020



L’Amour

dans son jeu de glaces
et pour lui seul
il déshabille l’ombre

(Daniel Boulanger)


Illustration: Paul Delvaux

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CHANT DU DÉSESPÉRÉ (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020



Charles Vildrac
    
CHANT DU DÉSESPÉRÉ

Au long des jours et des ans,
Je chante, je chante.
La chanson que je me chante
Elle est triste et gaie :
La vieille peine y sourit
Et la joie y pleure.
C’est la joie ivre et navrée
Des rameaux coupés,
Des rameaux en feuilles neuves
Qui ont chu dans l’eau ;
C’est la danse du flocon
Qui tournoie et tombe,
Remonte, rêve et s’abîme
Au désert de neige ;
C’est, dans un jardin d’été,
Le rire en pleurs d’un aveugle
Qui titube dans les fleurs ;
C’est une rumeur de fête
Ou des jeux d’enfants
Qu’on entend du cimetière.
C’est la chanson pour toujours,
Poignante et légère,
Qu’étreint mais n’étrangle pas
L’âpre loi du monde ;
C’est la détresse éternelle,
C’est la volupté
D’aller comme un pèlerin
Plein de mort et plein d’amour !
Plein de mort et plein d’amour,
Je chante, je chante !
C’est ma chance et ma richesse
D’avoir dans mon cœur
Toujours brûlant et fidèle
Et prêt à jaillir,
Ce blanc rayon qui poudroie
Sur toute souffrance ;
Ce cri de miséricorde
Sur chaque bonheur.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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RELÈVE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2020




    
RELÈVE

À notre place
On a posé
Des soldats frais
Pour amorcer
La mort d’en face.
Il a fallu toute la nuit pour s’évader.
Toute la nuit et ses ténèbres
Pour traverser, suant, glacé,
Le bois martyr et son bourbier
Cinglé d’obus.
Toute la nuit à se tapir,
À s’élancer éperdument,
Chacun choisissant le moment,
Selon ses nerfs et son instinct
Et son étoile.
Mais passé le dernier barrage,
Mais hors du jeu, sur la route solide,
Mais aussitôt le ralliement
Aux lueurs des pipes premières,
Dites, les copains, les heureux gagnants,
Quelle joie titubante et volubile !
Ce fut la joie des naufragés
Paumes et genoux sur la berge
Riant d’un douloureux bonheur
En recouvrant tout le trésor ;
Tout le trésor fait du vaste monde
Et de la mémoire insondable
Et de la soif qu’on peut éteindre
Et même du mal aux épaules
Qu’on sent depuis qu’on est sauvé.
Et l’avenir ! Ah ! l’avenir,
Il sourit maintenant dans l’aube :
Un avenir de deux longues semaines
À Neuvilly dans une étable…

*

Ah ! les pommiers qui sont en fleurs !
Je mettrai des fleurs dans mes lettres.
J’irai lire au milieu d’un pré.
J’irai laver à la rivière.
Celui qui marche devant moi
Siffle un air que son voisin chante ;
Un air qui est loin de la guerre :
Je le murmure et le savoure.
Et pourtant ! les tués d’hier !
Mais l’homme qui a trébuché
Entre les jambes de la Mort
Puis qui se relève et respire
Ne peut que rire ou sangloter :
Il n’a pas d’âme pour le deuil.
La lumière est trop enivrante
Pour le vivant de ce matin ;
Il est faible et tout au miracle
D’aller sans hâte sur la route.
Et s’il rêve, c’est au délice
D’ôter ses souliers pour dormir,
À Neuvilly, dans une étable.

(Charles Vildrac)

 

Recueil: Chants du désespéré (1914-1920) –
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’appelle vie aujourd’hui (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2020



Illustration
    
J’appelle vie aujourd’hui cet étrange jeu d’équilibriste,
cet acte qui consiste à tenir les contraires en équilibre,
tout en restant debout sur le fil, mieux en y dansant.

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: Le livre de poche

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Pour ma part, j’ai traversé trois grandes étapes (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2020



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Pour ma part, j’ai traversé trois grandes étapes.
Tout d’abord, jeune femme,
la vita activa,
j’étais toute puissante et je me passais de toute transcendance.

Puis, la vita contemplativa
m’offrit les clés de la révélation que tout était Dieu.

Et puis maintenant, troisième étape,
voilà que ces deux univers interfèrent
dans un étrange jeu ondulatoire.

(Christiane Singer)

 

Recueil: Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?
Traduction:
Editions: Le livre de poche

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Skuiz maro (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2020



Skuiz maro

Jouer à mourir et que ce jeu dure
Encore un été
Vivoter d’ennui et puis en voiture
Pour l’éternité

La mort que j’attends, la mort que j’espère
C’est ma mort à moi
Au long de mon corps enfin terre à terre
Dormir comme un Roi

Chez nous on meurt pour changer d’air
Chez nous on meurt pour se distraire.

Assommez-le ! Faites-le taire !

(Antony Lhéritier)

Illustration: Guillaume Bodinier

 

 

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