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Poésie

Posts Tagged ‘jeux’

Jeux de lumière (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2020



Jeux de lumière

Quand la lumière varie dans son intensité
Qu’on exprime en ampères
Tantôt elle perd du terrain
Devant les ténèbres
Tantôt elle en gagne
Et fait de nouveau surgir
De vastes pans d’espace
Qui resplendissent de gloire

Les couleurs tournent autour des formes
Avant de s’y déposer
Attention ! une métaphore peut en cacher une autre

La matière se morcelle
Et s’éparpille
Et des œufs de feu
Où germent des étoiles
Parcourent l’univers

La nuit s’allonge
Et des lueurs rapides
Survolent la mer tiède
Au pied de jardins mystérieux
Où commencent des chemins de lumière

(Jean-Baptiste Besnard)

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AVEC un peu de soleil et du sable blond (Francis Vielé-Griffin)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2020


 


Cristina Pérez de Villar  Renacimiento1 [1024x768]

 

AVEC un peu de soleil et du sable blond
J’ai fait de l’or,
Dont le secret ardent n’est pas blotti
Au vain creuset des athanors :
Il tombait de mes doigts, avec le son
Que font
Les flûtes gaies;
Il coulait de mes doigts
Dans l’eau moirée
Des jeux venteux de messidor.

(Francis Vielé-Griffin)

Illustration: Cristina Pérez de Villar

 

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THE BILINGUALIST (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020



THE BILINGUALIST

To answer the question I’m always asked [voyons réfléchissons]
No I do not feel that there is a space between the two tongues that talk in me [oui peut-être un tout petit espace]
On the contrary [plus ou moins si on veut]
For me the one and the other seem to overlap [et même coucher ensemble]
To want to merge {oui se mettre l’une dans l’autre]
To want to come together [jouir ensemble]
To want to embrace one another [tendrement]
To want to mesh one into the other [n’être qu’une]
Or if you prefer [ça m’est égal]
They want to spoil and corrupt each other [autant cue possible]
I do not feel as some other bilingualists have affirmed that one tongue is vertical in me the other horizontal [pas du tout]
If anything my tongues seem to be standing or lying always in the same direction [toujours penchées l’une vers l’autre]
Sometimes vertically [ce haut en bas]
Other times horizontally [d’un côté à l’autre]
Depending on their moods or their desires [elles sont très passionnées vous savez]
Though these two tongues in me occasionally compete with one another in some vague region of my brain [normalement dans la partie supérieure de mon cerveau]
More often they play with one another [des jeux très étranges]
Especially when I am not looking [quand je dors]
I believe that my two tongues love each other [cela ne m’étonnerait pas]
And I have on occasion caught them having intercourse behind my back [je les ai vues une fois par hasard]
but I cannot tell which is feminine and which is masculine [personnellement on s’en fout]
Perhaps they are both androgynous [c’est très possible].

***

LE BILINGUISTE

Pour répondre à la question qu’on me pose tout le temps [let’s see – let me think]
non je ne sens pas qu’il y a un espace entre les deux langues qui parlent en moi [yes perhaps just a little space]
au contraire [more or less if you wish]
pour moi mes deux langues semblent plutôt se chevaucher [and even sleep together]
elles veulent tout le temps jouir ensemble [they want to come together]
s’embrasser [tenderly]
elles veulent être l’une dans l’autre [be only one]
ou si vous préférez [it’s all the same to me]
elles veulent se corrompre [as much as possible]
je ne sens pas comme certains bilinguistes ont affirmé [without proving it]
qu’une langue est verticale en eux tandis que l’autre est horizontale [not at all]
j’ai plutôt l’impression que mes deux langues sont ou droites ou allongées dans la même direction [always leaning towards each other]
parfois verticalement [from top to bottom]
parfois horizontalement [from side to side]
cela dépend de leur humeur et de leurs désirs [they are very passionate – you know]
bien que parfois mes deux langues se disputent ou se font concurrence dans une vague région de mon cerveau [normally in the upper part of my brain]
le plus souvent elles jouent ensemble [some very strange games]
surtout quand je fais pas attention [when l am alseep]
je crois que mes deux langues sont amoureuses l’une de l’autre [it wouldn’t surprise me – the way they act]
et je les ai attrapées une fois en train de faire l’amour derrière mon dos [yes I saw them by chance]
mais je ne peux pas vous dire laquelle est féminine et laquelle est masculine [personally I don’t give a damn]
Peut-être qu’elles sont androgynes [it’s quite possible] .

(Raymond Federman)

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La Veillée (Antoine de Bertin)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020



 

Domingo Moreno Otero  -fantasia-vespertina-pintores-latinoamericanos-juan-carlos-boveri

La Veillée

J’avais signalé ma tendresse ;
L’Amour applaudissait ; j’étais égal aux dieux.
Accablé de langueurs, de fatigue et d’ivresse :
Entre les bras de ma maîtresse
Le doux sommeil avait fermé mes yeux.
Elle qui n’est plus écolière
Dans l’art qu’elle a, sous moi, naguère commencé,
De sa bouche amoureuse entrouvrit ma paupière,
Et d’un son de voix doux à l’oreille adressé :
« Tu dors, paresseux, me dit-elle ?
Regarde, il n’est pas encor jour.
Tu dors à l’heure la plus belle
Que le cercle des nuits ramène pour l’amour.
Laissons, laissons la diligente aurore
S’arracher, sans pitié, du lit de son amant ;
Jouissons, nous mortels, profitons du moment :
Qui sait, hélas ! demain si nous serons encore !
Viens, je brûle, écartons ces voiles indiscrets !
prends-moi : contre ton sein que je meure enchaînée
Recommençons nos jeux ; invoquons Dionée :
Veillons, tu dormiras après,
Si tu veux, toute la journée.

(Antoine de Bertin)

Illustration: Domingo Moreno Otero

 

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Forêts sans muguet (Angèle Vannier)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



Au mois de mai
quand les forêts
sont frustrées de fleurs de muguet
elles ressemblent trait pour trait
aux églises désaffectées
Et les filles sont déroutées
par des fauves candeurs qui perlent à leur cou
Si l’un se met à genoux
l’autre pleure sous la feuillée

Les jeux sont faits
Sauve qui peut
Mais le mal n’a pas l’existence
Il n’est que le temps et le lieu
où il n’a pas pris conscience
de Dieu.

(Angèle Vannier)

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Plaine (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


Plaine telle un sanglot
Qui s’étrangle et se cache,
Champ de blé supportant
Les jeux de l’alouette,
Est-ce en vous cette attente
Ou dans celui qui vous regarde?

(Guillevic)

Illustration

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Je suis suivi par une ombre (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



Je suis suivi
Par une ombre qui, dans mon enfance,
Partageait mes jeux
Elle a grandi avec moi
Elle a vieilli avec moi
Elle me suit
Jusqu’à
La tombe

(Abbas Kiarostami)

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Chanson (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



Frank Bernard Dicksee   08

 

Chanson

Vous, avec vos yeux, avec tes yeux,
Dans la bastille que tu hantes !
Celui qui dormait s’est éveillé
Au tocsin des heures beuglantes.
Il prendra sans doute
Son bâton de route
Dans ses mains aux paumes sanglantes.

Il ira, du tournoi au combat,
À la défaite réciproque ;
Qu’il fende heaumes beaux et si clairs,
Son pennon, qu’il ventèle, est loque !
Le haubert qui lace
Sa poitrine lasse,
Si léger ! il fait qu’il suffoque.

Ah, que de tes jeux, que de tes pleurs
Aux rémissions tu l’exhortes,
Ah laisse ! tout l’orage a passé
Sur les lys, sur les roses fortes.
Comme un feu de flamme
Ton âme et son âme,
Toutes deux vos âmes sont mortes.

(Jean Moréas)

Illustration: Frank Bernard Dicksee 

 

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Du temps jadis revenu (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Du temps jadis revenu
Tu semblais mon moi perdu :
Quel besoin de jeux d’amants
Pour des enfants penchés sur le courant,
Tête claire contre tête dorée ?

***

From long ago returned,
As my lost self you seemed:
Of lover’s play what need
For children gazing in a stream
Bright head by golden head?

(Kathleen Raine)

Illustration: Jeffrey T. Larson

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Ah ! que je t’aime (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Gustave Courbet
    
Ah ! que je t’aime, Mnasidika, plus que le souvenir de ma vie.
Je t’aime parce que tu as une vulve brûlante, et une bouche infatigable pour le baiser que je veux.

Ouvre les genoux : Je te couvre. Donne-moi tes lèvres et ta langue.
Crispe tes dix doigts sur mes fesses. Foule tes seins contre mes seins.

M’y voici : Nos vulves s’appliquent et se froissent et se heurtent.
Étreins-moi comme je t’étreins ! Elles clapotent, entends-tu ? Mnasidika, nos jouissances se mêlent!

Je suis ton amant ! Je te possède ! Ah ! Si j’étais fille de Kypris,
sans doute elle me donnerait la virilité, et nos tentatives acharnées
ne seraient pas jeux de petits enfants .

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction: Gallimard
Editions: Gallimard

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