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Sept ans dans les bois (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2016



ermite

Sept ans dans les bois

Suis-je aussi vieux que je le suis ?
Peut-être pas. Le temps est un mystère
qui peut nous mettre sens dessus dessous.
Hier j’avais sept ans dans les bois,
un bandage recouvrant mon oeil aveugle,
dans un sac de couchage que ma mère me fabriqua
afin que je puisse dormir dans les bois
loin des gens. Une couleuvre se glissa près de moi
sans me remarquer. Une mésange
se posa sur mon orteil nu, si légère
qu’elle était à peine croyable. La nuit
avait été longue et la cime des arbres
chargée d’un trillion d’étoiles. Qui
étais-je, à moitié aveugle sur le sol de la forêt,
qui étais-je à sept ans ? Soixante-huit ans
plus tard je peux toujours habiter le corps
de ce garçon sans penser au temps qui s’est écoulé depuis.
C’est le fardeau de la vie d’avoir plusieurs âges
sans voir la fin des temps.

***

Seven in the Woods

Am I as old as I am?
Maybe not. Time is a mystery
that can tip us upside down.
Yesterday I was seven in the woods,
a bandage covering my blind eye,
in a bedroll Mother made me
so I could sleep out in the woods
far from people. A garter snake glided by
without noticing me. A chickadee
landed on my bare toe, so light
she wasn’t believable. The night
had been long and the treetops
thick with a trillion stars. Who
was I, half-blind on the forest floor
who was I at age seven? Sixty-eight
years later I can still inhabit that boy’s
body without thinking of the time between.
It is the burden of life to be many ages
without seeing the end of time.

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

(Jim Harrison)

 

 

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Berceuse pour une petite fille (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2016



Berceuse pour une petite fille

Dors. La nuit est une houillère
noyée d’eau noire –
la nuit est un nuage sombre
gorgé de pluie tiède.

Dors. La nuit est une fleur
lasse des abeilles –
la nuit est une mer verte
grosse de poissons.

Dors. La nuit est une lune blanche
montant sa jument –
la nuit est un soleil éclatant
noir et calciné.

Dors,
la nuit est là,
jour du chat,
jour de la chouette,
festin de l’étoile,
la lune règne sur
son doux sujet, obscure.

***

Go to sleep. Night is a coal pit
full of black water –
night’s a dark cloud
full of warm rain.

Go to sleep. Night is a flower
resting from bees –
night’s a green sea
swollen with fish.

Go to sleep. Night is a white moon
riding her mare –
night’s a bright sun
burned to black cinder.

Go to sleep,
night’s come,
cat’s day,
owl’s day,
star’s feast of praise,
moon to reign over
her sweet subject, dark.

(Jim Harrison)
Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

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J’ai gâché trop de clairs de lune (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2016



J’ai gâché trop de clairs de lune.
Coeur battant. Je n’en gâcherai plus,
La lune harcelée de nuages file vers l’ouest
En son arc impondérable, piégée une demi-
Heure parmi les feuilles mouillées de la vasque
Aux oiseaux.

***

I’ve wasted too much moonlight.
Breast beating. I’ll waste no more moonlight,
the moon bullied by clouds drifts west
in her imponderable arc, snared for a half
hour among the wet leaves in the birdbath.

(Jim Harrison)

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Nanti d’un seul oeil (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2016



Nanti d’un seul oeil j’ai appris
à fêter la vision, cet oeil un peintre,
cet oeil une monstrueuse caméra charnue
incapable de s’arrêter de tourner dans l’obscurité
où il voit son imagination privée.
L’oeil minuscule voit le cosmos supérieur.

***

With only one eye I’ve learned
to celebrate vision, the eye a painter,
the eye a monstrous fleshy camera
which can’t stop itself in the dark
where it sees its private imagination.
The tiny eye that sees the cosmos overhead.

(Jim Harrison)

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La vie (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Espagne  [800x600]

La vie

Je ne suis plus aussi doué pour la vie désormais.
Parfois je me réveille et ne la reconnais pas.
Les maisons, les voitures, les meubles, les livres sont flous
tandis que les arbres, les oiseaux et les chevaux sont beaux
et distincts. Je comprends aussi la musique
d’une ancienne variété d’avant le dix-neuvième siècle.
Où ai-je été ?
J’ai recompté les fleurs depuis la fenêtre du train
entre Séville et Grenade, ainsi que les taureaux et les oliviers.
Je n’ai pas pu dormir dans la chambre de Lorca parce qu’elle était hantée.
Même le vin que j’ai emporté était hanté.
L’Espagne ne s’est jamais remise de ce meurtre.
Ses nuits sont pleines des dents rouges de la mort.
Il y en a beaucoup qui l’ont rejoint. On ne peut compter,
de haut en bas, les oiseaux et les fleurs en même temps.

***

Life

I’m not so good at life anymore.
Sometimes I wake up and don’t recognize it.
Houses, cars, furniture, books are a blur
while trees, birds, and horses are fine
and clear. I also understand music
of an ancient variety—pre-ninteenth century.
Where have I been?
Recounting flowers from the train window
between Seville and Granada, also bulls and olive trees.
I couldn’t sleep in Lorca’s room because it was haunted.
Even the wine I carried was haunted.
Spain has never recovered from this murder.
Her nights are full of the red teeth of death.
There were many who joined him. You can’t count,
up and down, birds and flowers at the same time.

(Jim Harrison)

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Pivoines (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2016



Pivoines

Les pivoines, accablées de beauté,
s’inclinent vers le sol. J’avais espéré
qu’elles vivraient toujours mais très lentement
de jour en jour elles deviennent le terreau de leur naissance
et dégagent une faible puanteur déliquescente.
En juin prochain elles se souviendront de renaître,
un petit truc que nous avons appris, ou pas.

***

Peonies

The peonies, too heavy with their beauty,
slump to the ground. I had hoped
they would live forever but ever so slowly
day by day they´re becoming the soil of their birth
with a faint tang of deliquescence about them.
Next June they´ll somehow remember to come alive again,
a little trick we have or have not learned.

(Jim Harrison)

 

 

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Le temps nous dévore crus (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2016



Paramecie

Le temps nous dévore crus.
Pour mon anniversaire, hier,
je n’étais que d’un jour plus vieux
bien que j’aie commencé unicellulaire
il y a dix millions d’éternités dans le bourbier de la
vieille ferme.

***

Time eats us alive.
On my birthday yesterday
I was only one day older
though I began 10 million eons ago
as a single cell in the old mud homestead.

(Jim Harrison)

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Les oiseaux tournoient frénétiquement (Jim Harrison)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2016



Les oiseaux tournoient frénétiquement
dans l’orage qui vient de commencer, le
premier depuis des semaines. Ils prennent
leur pied. Je crois que je vais les rejoindre.

***

The birds are flying around frantically
in the thunderstorm that just began, the
first in weeks and weeks. They are enjoying
themselves. I think I’ll join them.

(Jim Harrison)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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